Nicolas Raskin : "Le monde du foot est parfois vieux jeu"

Les statistiques sont formelles : sans lui, le Standard n’a pas gagné cette saison. Propulsé cador par Philippe Montanier, il confirme sous Mbaye Leye son statut d’ex-promesse maturée à grande vitesse. Avant de convoiter la Coupe ce dimanche, il évoque sa jeunesse en T3, Axel Witsel, les jeunes bankables, Andres Iniesta, son amour pour Chelsea, Hein Vanhaezebrouck, la Super League, Antoine Colassin et les pitas de Mamie. Mais aussi Mehdi Carcela, son âme de leader, Jonathan David, sa prétendue arrogance, les Powerpoint de Mbaye Leye, Radja Nainggolan et les passes magiques de Kevin De Bruyne. Et bien sûr… Papy Jean. Nicolas Raskin passe " Sur Le Gril ".

Un sourire de bambin sous sa courte brosse oxygénée, couvrant une tête bien faite… et solidement posée sur des épaules déjà adultes : Nicolas Raskin n’a fêté ses 20 ans que depuis deux mois, mais le ton est direct et les paroles assurées. Car le Liégeois a déjà quatre ans de professionnalisme derrière lui.

J’ai toujours été comme ça " rembobine le médian rouche, qui se remet à peine d’une mononucléose. " A 16 ans, je vivais seul à Gand, j’ai appris très vite à être autonome et à me débrouiller. C’est dans mon caractère : je suis très sociable, mais j’ai aussi un côté solitaire, j’aime bien mes moments seul. Je n’ai jamais eu peur de dire ce que je pense, mais avec politesse et humilité. J’ai toujours bien aimé parler : quand il faut replacer quelqu’un sur le terrain, je le fais mais toujours avec respect, ce n’est jamais mal intentionné. Certains, du coup, m’ont décrit comme arrogant… ce que je ne suis pas du tout : quand je leur demande de justifier leurs propos, ils ne disent plus rien… "

Surprise du chef Philippe Montanier en début de saison, Nicolas Raskin a commencé de justifier sa réputation de surdoué du cuir belge. Crochet court, style rageur, gros volume de jeu, il a vécu de l’intérieur les soubresauts de la saison rouche.

Chaque fois que le Standard a gagné cette saison, j’étais dans l’équipe… Oui, j’ai vu cette statistique… Comment j’explique cela ? (Il hésite) C’est difficile à dire… (Il sourit… puis marque une longue pause) Je n’ai vraiment aucune idée… Je me suis beaucoup amélioré tactiquement cette année, mais je veux garder mon style et continuer à jouer avec mes qualités : je n’essaie pas de ressembler à un autre. On m’a comparé à Steven Defour, mas je me calque plutôt sur Radja Nainggolan, pour son côté accrocheur et son don pour jouer vers l’avant. Sauf que je dois encore beaucoup bosser pour l’approcher. (sourire) Je dois aussi améliorer mes statistiques, car je marque peu… mais pour l’instant, je me braque plus sur les assists. Noé Dussenne et Samuel Bastien sont toujours derrière moi : encore face au Beerschot dimanche, ils me criaient ‘Pourquoi t’as pas tiré au but, tu nous énerves !’ Peut-être que je ne suis pas assez égoïste… (Il rigole) Certains ont dit aussi que je suis plus travailleur qu’avant... Mais je n’ai jamais été fainéant ! Au contraire j’ai mis à profit le dernier confinement pour travailler d’autres filières physiques : on a bossé, avec Antoine Colassin, Arthur Theate et Hugo Siquet... Les jeunes nonchalants, c’est un cliché ! "

" Je joue mieux sous pression "

Priorité de Bruno Venanzi, Nicolas Raskin a retrouvé Sclessin l’an dernier quand son trajet à Gand (sous Vanderhaeghe, puis Thorup) s’est bouché. Un club rouche si cher à son cœur.

Quand j’étais petit, je m’identifiais à fond à Axel Witsel, et après, il y a eu la génération avec Michy Batshuayi. Mon délégué de l’époque m’avait permis de rencontrer Axel : j’étais un peu timide pour poser des questions, mais je buvais ses paroles. De mes 6-7 ans jusqu’à mes 14 ans, j’allais en T3 avec mon père et je chantais avec les supporters. Tous les chants, je les connaissais : tous, hein ! Cette ambiance est inscrite en moi. L’adrénaline du public me fait encore mieux jouer, on ressent leur force : la pression, j’en ai besoin, ça me booste ! Vivement la fin des huis clos ! Et mes problèmes, quand j’en ai, je les laisse hors du terrain : je mets une barrière entre ma vie et le match. Lors de mon premier match à Sclessin contre Bruges, j’ai revu mon parcours en tête : je regardais la place que j’occupais en T3, tout là-haut, ça me faisait quelque chose. Aujourd’hui, je suis à la place de ceux que j’admirais… et tous ces jeunes qui viennent nous parler, c’était moi avant ! Le foot appartient aux supporters, il faut les écouter : ils sont derrière nous mais quand ils ne sont pas contents, ils viennent nous le dire à l’Académie… On l’a bien vu cette semaine avec ce projet de Super League : je ne suis pas pour ce visage du foot, il faut toujours consulter les fans. "

" Jeunes, anciens, on est tous égaux… "

Amené à La Gantoise par Hein Vanhaezebrouck (" C’est un grand homme, il m’a pris sous son aile et m’a appris le foot pro… puis quand il est parti de Gand, ça m’a fait un coup ! ") Raskin y fut, fin 2017, le premier joueur belge né au XXIe siècle à gratter des minutes en Pro-League.

Un jeune, c’est un joueur comme les autres. Si tu as ta place dans un vestiaire, c’est que tu la mérites. Si on est égaux sur un terrain, on l’est aussi en-dehors. Je suis toujours respectueux, mais quand j’arrive dans un nouveau vestiaire, je ne me fais pas spécialement petit. Quand on impose aux jeunes de ramasser le matériel ou qu’on leur dit de céder leur place sur la table de massage, je trouve que le monde du foot a des pratiques passéistes ou un peu vieux jeu. Un joueur, c’est un joueur… et si on dépeint parfois les jeunes par leur nonchalance et leur téléphone, il y en a beaucoup plus qui sont à l’écoute, veulent apprendre et surtout bosser ! On parle toujours des jeunes, et c’est vrai que pour les clubs, on représente un capital. Si on joue, notre prix augmente, et le club nous vendra tôt ou tard. Mais je vis avec ça, ça ne me pose pas de problème : je reste maître de mon destin. Je ne signerai jamais au Qatar ou en Russie si un agent m’y pousse… mais que je ne le veux pas : j’aime trop le foot pour ça ! J’ai eu un agent dès mes 16 ans, mais j’ai toujours tout laissé gérer par mes parents : c’est parfois saoulant, tous ces agents qui te harcèlent, mais moi j’ai toujours éludé ce délire. C’est là que c’est utile d’avoir un père (NDLA : Thierry Raskin, ex-joueur du Standard et du Cercle) qui connaît le milieu et les pratiques… "

" Une colo pour ne plus confondre… "

Capitaine dans toutes ses équipes d’âge (en club comme chez les Diablotins), le régulateur rouche a aussi connu la transition entre Philippe Montanier et Mbaye Leye, l’ex-T2 de Michel Preud’homme intronisé finalement T1… après une pause de quelques mois.

Leurs discours à mon égard est (était) très similaire : ils me donn(ai)ent beaucoup de confiance, ils me parl(ai)ent… et m’écout(ai)ent souvent. J’avais pigé assez vite en préparation que Philippe Montanier allait me faire commencer, car il m’avait appelé dans son bureau pour me dire le bien qu’il pensait de moi. Mais souvent, il me… confondait avec Damjan Pavlovic, car on a le même gabarit costaud et trapu. C’est là que mon pote Colassin m’a emmené chez le coiffeur, et on s’est fait cette coloration blanche. Le coach ne m’a plus confondu après ! (Il s’esclaffe) Mbaye Leye, lui, se sert beaucoup de Powerpoint pour ses causeries d’avant-match : c’est toujours précis, juste ce qu’il faut, ni trop long, ni trop court. Des footballeurs qui s’endorment à la vidéo ? C’est un cliché… et ce n’est pas le cas chez nous ! (Il rigole) Après chaque match, je reçois la fiche de mes datas, je regarde… mais sans plus : je joue d’abord à la sensation. Et quand je dis quelque chose à un collègue, c’est toujours pour l’encourager : si un équipier rate son match, il faut le soutenir, pas lui marcher dessus. (sic) Je ne supporterais pas qu’on fasse ça pour moi. Un bon capitaine, c’est quelqu’un qui fait passer les intérêts du groupe avant les siens. On a plusieurs capitaines dans l’équipe, Gillet, Amallah, Bastien… Moi par exemple, je représente les jeunes du vestiaire quand il s’agit de négocier les primes. Là, je ne sais pas encore comment on va partager la prime de la Coupe, mais j’ai donné l’avis des jeunes à ‘Papy Jean’ (NDLA : il parle de Jean-François Gillet…), et c’est lui qui se charge de voir avec la direction. "

" Je ne suis pas un fan des autres "

Produit des Académies des deux grands clubs concurrents (il joua à Anderlecht de ses 14 à ses 16 ans après avoir fait toutes ses jeunes années à Sclessin), Raskin mixe aujourd’hui dans son jeu les deux labels.

Anderlecht, c’est le ballon qui colle au pied, tandis qu’au Standard, en plus de la technique, on travaillait aussi sur des valeurs comme l’envie, le cœur, le pressing, la force et les courses. Je me souviens, on galérait chaque année contre les Mauves… et puis un jour, en U14 je crois, on les a battus 5-0. Ce jour-là, on s’est rendu compte que jouer sur sa technique à un certain âge ne suffisait plus. Mais mon passage par Neerpede pendant deux ans m’a permis d’améliorer certains gestes. Je dois encore améliorer ma couverture de balle et ma gestion quand je suis mis sous pression : apprendre à tourner comme Andres Iniesta ! "

Fan de Chelsea (" mais après le Standard ! ") époque Didier Drogba, Raskinator (surnom donné par le vestiaire en référence à son jeu énergétique) est mentionné dans le Top 50 mondial griffé L’Equipe des meilleurs jeunes nés après 2001. Un classement dominé par Ansu Fati (Barcelone) et Eduardo Camavinga (Rennais), et où le Waremmois apparaît à la 44e place.

C’est chouette… mais ça ne me surprend pas ! Si tu joues au Standard à 19 ans, c’est que tu as de la qualité… D’ailleurs, les autres de l’équipe le montrent aussi : on a quelque chose ! Dès le plus jeune âge, en formation, on développe le côté compétitif, c’est fini de jouer pour jouer ! Mais gagner est aussi un plaisir ! En tournoi à Liverpool, j’ai affronté des joueurs comme Callum Hudson-Odoi de Chelsea et Jadon Sancho de Dortmund… mais on ne se parle pas : on essaie de performer ! J’ai aussi joué contre le fils de Paolo Maldini… mais tu n’ouvres pas de grands yeux, tu joues ! Moi, je ne suis pas trop à faire des photos ou des selfies. Les seuls maillots que j’échange sont ceux de mes équipiers : je ne suis pas un fan des autres ! (sic) Là, j’ai toujours celui de Jonathan David, côtoyé à Gand. "

Mehdi, le meilleur…

Petite pause de vestiaire : apprenons à mieux cibler les différents profils de la vie en commun rouche. Le meilleur joueur du Standard ? " Il y en a beaucoup : Bastien, Cimirot, Bokadi et bien sûr Carcela ! Il revient fort, Mehdi ! Son rendement inégal ? Il vieillit comme tout le monde… et puis il y a des trucs extérieurs, comme la Covid, qui compliquent parfois les choses. Hugo Siquet aussi, il est fort : quelle qualité, ses centres ! Moi, le meilleur ? Je ne vais jamais dire un truc pareil, je ne suis pas un prétentieux ! " (rire) Les blagues les plus nulles ? " Moussa Sissako, sans hésiter ! " ( rire) Le plus coquet ? " Nicolas Gavory ! Il nous fait rire quand il s’habille bogoss… "

Celui qui se prend le plus au sérieux ? " Personne : on est un groupe relax, on déconne tout le temps… " Le plus malin ? " Moi, je suis pas mal (clin d’œil) Non, disons Dussenne et Amallah... " Le plus distrait ? (Sa réponse fuse) " Mehdi, loin devant, il est toujours dans la lune ! Mais Lestienne aussi ! " Le plus stressé ? " Noé Dussenne, je le charrie toujours avec ça… mais ce n’est pas vrai ! " Le polus nonchalant ? "Mickey Balikwisha.. mais il ne l'est pas, c'est juste un style relax." Le meilleur danseur ? "Bokadi, il est facile à la danse !" (sic) Le plus mauvais chanteur ? " Clairement moi ! Pour mon bizutage, j’ai pris un truc simple, Sexion d’assaut, facile, toujours le même rythme. (Il chantonne) ‘J’ai préféré partir une mise au lit, Maman comment te dire je suis désolé…’ J’écoute toutes les musiques… sauf le rock. "

Sauce Lapin… sans le boulet

En espérant l’hymne de la Croky Cup, Raskin se projette aussi sur cet Euro des Diables. Où, sans (probablement) Witsel et avec un Eden Hazard à court de rendement, il faudra croiser les doigts.

Eden et Romelu Lukaku sont de fameux joueurs… mais je mets Kevin De Bruyne encore un cran au-dessus : ses passes tranchantes, c’est magique, il a un truc en plus ! Ce sera dur de gagner l’Euro, bien sûr, mais c’est possible... Même sans les tauliers, les Diables conservent de la qualité : la nouvelle génération arrive et des joueurs vont se révéler… "

Et qui dit Eden, se remémore évidemment un certain épisode… de burger.

Les journalistes avaient bien tourné le truc, mais c’était bien exagéré : à mon avis, Eden avait juste pris un croc à son frère ! (sic) A Liège, il y a les boulets sauce lapin… mais moi, je suis plus sauce lapin que boulet, et je la mets sur mes frites ! Après un match, je m’offre parfois une crasse, genre pizza ou une pita près de chez ma grand-mère, ma préférée ! Je fais attention à ce que je mange, mais ma morphologie fait que je ne grossis pas. On passe chaque jour sur la balance au club. Evidemment, il ne faut pas revenir après 3 jours de congé avec 4 kg de plus ! "

Dimanche soir, le poids supplémentaire sera peut-être celui du trophée de la Coupe…

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