Mohamed Dahmane, chef de meute

On l’a retrouvé avec plaisir et enthousiasme. Notre dernière rencontre remontait à 2011, lors de son passage à Eupen, au terme de 5 années  en D1. Après, Il allait enchaîner avec 3 saisons lucratives en Algérie (le pays de ses parents), avant de mettre fin à sa carrière professionnelle, de rentrer en Belgique pour se rapprocher de son fils, et de rejouer en Provinciale à Pâturages.

Depuis 2016, c’est l’aventure de La louvière centre, en D2 Amateurs, d’abord en tant que joueur-vedette puis en y ajoutant une casquette de "Manager Général".

"Que Deschacht est mauvais, je comprends que Vandereycken ne l’appelle plus !", "Je conteste que Mr Stéphane Pauwels se permette de me traiter de pomme pourrie du vestiaire de Mons", "Le Diable le plus décevant : Vincent Kompany !", "Quand j’entends parler de 'guerriers', les premiers auxquels je pense sont mes parents"...

Dahmane, le roi des punch-lines. Son franc-parlé lui a valu quelques déboires durant sa carrière pro : "A refaire, je serais plus diplomate, c’est vrai. Et ma carrière serait plus réussie. Mais je suis fier de mon honnêteté et de mes valeurs. Je détestais l’hypocrisie, les coups bas, la lâcheté. Mais "Bad boy", non, je ne le suis pas : un bad boy, c’est quelqu’un qui a un mauvais fond, et moi j’ai bon coeur".

Expérience émouvante, on l’accompagne dans le Nord de la France, à Hautmont, la ville où il a grandi et où vit toujours sa famille. Il y a fondé une Association sportive et cuturelle qui vise l’intégration et l’épanouissement d’une population plutôt défavorisée, en bonne partie issue de l’immigration maghrébine. 300 personnes sont concernées dont 60 enfants, inscrits dans la section football. "Momo" a tout fourni : les terrains, les équipements, les éducateurs, les budgets. Enfants rayonnants, parents ravis.

Les mamans : "Sans cette Association, nos petits traineraient dans la rue. Ici, ils font du sport c’est magnifique", "Ce qui est sympa, c’est qu’on a fait connaissance entre parents, ça a tissé les liens entre nous dans les quartiers, on est devenu une grande famille", "Momo, il a fait ça parce qu’il veut offrir aux enfants de sa ville ce que lui n’a pas eu quand il était gamin", "Ce qui est beau avec lui c’est qu’il est resté comme il était avant : simple, chaleureux, pas fier".

Fier, il l’est pourtant : "Ce projet, c’est ce dont je suis le plus fier dans ma vie, surtout de le réaliser ici"En tant que Manager général de La louvière Centre, Dahmane a un rôle central. Le Président Husseyin Kazanci : "J’ai repris le club quand il était au bord de la faillite, mais j’ai vite compris que j’avais besoin de quelqu’un qui connaissait le football et ses coulisses. Momo a construit l’équipe, trouvé un bon entraîneur, créé un véritable esprit de famille qui fait notre succès, favorisé le beau jeu et donc contribué à attirer des sponsors. Je serais incapable de gérer ce club sans lui".

Dans le vestiaire, l’ambiance est incroyable : ça chante (rap français, bien sûr !), ça danse, ça rit. Et ça veut absolument monter en D1 Amateurs. "J’ai cherché des gars comme j’aime les joueurs dans une équipe, un peu comme j’étais aussi: des types qui sont revanchards, qui ont faim, qui ont du caractère mais aussi des valeurs. Ils sont généreux. Ce groupe est fantastique et mérite largement la montée".

Pour ces jeunes joueurs, l’autorité de leur équipier-Manager Général coule de source. Kevin Van Den Kerkhof : "Momo, c’est comme un grand frère. Il fait tout pour nous aider, sur le terrain comme dans la vie en général. Et c’était déjà le cas avant qu’il ne soit Manager. Et puis ça reste un top joueur, qui a sa place dans tous les matches. Ceci dit, même si c’est lui qui a engagé l’entraîneur, il n’a aucun problème à s’asseoir sur le banc lorsque ça arrive."

Sur le terrain, le Chef de Meute mène la chasse. Chasse aux buts personnels (14 déjà), aux assists (12), et au titre collectif tant convoité. Toutes griffes dehors, haranguant la horde, hurlant sa détermination à gagner et son amour pour ce club dans lequel il s’est pleinement investi. "Cette région de La Louvière, c’est comme dans le film "Bienvenue chez les Ch’tis". On pleure d’abord quand on y débarque, et une deuxième fois quand on la quitte. Ces gens sont attachants et chaleureux, ils méritent un club qui les fait vibrer et les rends fiers. Je suis heureux d'y contribuer."

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