Maxime D'Arpino : "Ostende trop faible pour l'Europe ? Ceux qui nous critiquent ont fait tellement mieux ?"

Dans le modèle ostendais construit sur les statistiques, c’est lui qui fait officiel de logiciel. Son surnom ? Le Petit Général. Il évoque les Play-Offs 1, Juninho, les huis clos de la Covid, Noah Lang, le contre-pressing et Nabil Fekir. Mais aussi Andrew Hjulsager, la règle des cinq secondes, Russel Crowe, les croquettes de crevettes, Alexander Blessin et les divas du foot. Sans oublier… les pigeons et le yaourt. Maxime D’Arpino passe " Sur Le Gril "

Titulaire à chaque match. 97 % du temps de jeu. Monsieur Ostende, c’est lui. Ou plutôt Mijnheer KVO ? " Non, de grâce, ne me demandez pas de parler Flamand " rigole Maxime D’Arpino : " J’essaie déjà d’apprendre l’Anglais, alors le Flamand, non, c’est compliqué pour moi… S’il vous plaît et merci, c’est tout ce que je sais dire. Acchetblitz et donnequtte : c’est ça, non ? " (Il rigole)

Pas grave : ce garçon parle si bien avec ses pieds. Plus gros récupérateur de D1A selon le décompte statistique de la Pro-League, le Français incarne à merveille le miracle côtier.

C’est vrai qu’en début de saison, on partait dans l’inconnue totale. On a perdu notre premier match face au Beerschot, et quand on m’a dit que c’était le promu, je me suis posé des questions pour la suite... Puis les résultats ont commencé à s’enchaîner et nous voilà… où on mérite d’être : on n’a rien volé à personne ! Alors, si le coach nous interdit de parler des Play-Offs 1, je ne vous cache pas que ça nous chipote la tête : on n’a pas fait ce chemin pour rien et perso, je serais déçu si on échouait... Disons qu’on a une chance sur 18 de se qualifier… (Il éclate de rire) Bon, on va dire que si on gagne la moitié des matches sur les cinq qui nous restent, on y sera… Mais ce sera dur jusqu’au bout : notre calendrier est favorable sur papier… mais on va affronter des clubs qui jouent leur survie ! "

Gegenpressing

1,74 m et 63 kg. Un modèle de poids-plume avec un moteur de marathonien. Car la philosophie de jeu du coach allemand Alexander Blessin est nourrie de watts : c’est le fameux Gegenpressing. Traduisez le contre-pressing : un pressing haut et permanent dans le camp de l’adversaire, juste après la perte de balle.

On a souffert durant la préparation pour obtenir le niveau physique requis par cette tactique. On tourne par journées de doubles entraînements. J’ai accusé le coup début 2021, car j’ai tout joué et avec les reports de matches, on avait 7 ou 8 matches au programme de janvier. Mais on est tous jeunes, et on doit tous pouvoir suivre ! Avec un groupe de joueurs plus ‘stars’ que nous, c’est clair que le coach n’aurait peut-être pas le même rendement, et le ressort aurait peut-être cassé sans les bons résultats... Mais ici, on ne sent pas la fatigue. Tout le monde tire à la même corde : le pressing est déclenché par nos attaquants qui font les premières courses, Andrew (Hjulsager) et moi on donne le signal à la ligne médiane, et derrière il y a Jack (Hendry) et Arthur (Theate) qui embraient. "

C’est la règle des 5 secondes, instaurée par l’ex-coach des jeunes de Leipzig : en cas de perte de balle, toute l’équipe chasse pour récupérer le cuir dans les 5 secondes. Autre axiome : en possession, le KVO a 8 secondes pour amener le ballon dans le rectangle adverse. Toute l’animation est basée sur une reconversion rapide.

On travaille cette intensité à l’entraînement : le coach nous surveille, chrono en main. Moi-même, j’ai été recruté sur cette base : le Président Gauthier Ganaye me suivait depuis longtemps et il m’a expliqué que j’étais le joueur de Ligue 2 (NDLA : formé à l’Olympique Lyonnais, D’Arpino a joué 3 ans à Orléans) qui récupérait le plus vite le ballon après activation du pressing, entre 2 et 3 secondes à peine. Je ne le savais pas… et je regarde mes datas maintenant : je reçois un rapport statistique détaillé après chaque match et le coach nous inonde de vidéos. Mais je vous avoue que je ne suis pas trop branché stats : je reste un joueur d’instinct ! " (clin d’œil)

Russel Crowe

L’épopée ostendaise est celle d’une troupe de revanchards et d’anonymes. Avant-dernier budget de D1A pour le recrutement, le KVO se nourrit d’abord de collectif.

En début de saison, le coach nous a montré une phrase dans une vidéo : ‘Nous sommes des anonymes mais, tous ensemble, nous allons devenir des légendes’. Pour l’instant, les résultats lui donnent raison… mais si on rate les Play-Offs 1, cette phrase aura perdu tout son sens. (Il rigole) Le coach aime bien nous projeter des vidéos pour nous passer des messages et nous motiver. Il a filmé une troupe de pigeons volant au-dessus de notre stade et nous a dit : ‘Ca, c’est nous, on est plus forts tous ensemble !’ Il nous a aussi passé un extrait de Gladiator avec Russel Crowe dans le rôle de Maximus. C’est pour nous motiver, nous chauffer avant un match… et je dois dire que ça marche ! Même si moi, j’arrive à me motiver tout seul : quand on monte sur un terrain, c’est quand même toujours pour gagner ! "

Fan de Marc Verratti et Andrea Pirlo (" Je m’inspire toujours des petits numéros 10 reculés très techniques et qui aiment s’engager dans les duels "), Maxime D’Arpino a dû redescendre d’un étage pour rebondir.

Je rêvais de percer à l’OL, mais on m’a fait comprendre que je n’y aurais pas ma chance : je suis dont parti en Ligue 2 à Orléans. Quand Ostende m’a contacté, j’avais d’autres offres mais c’était l’occasion pour moi de me montrer dans une 1e Division. Le foot belge est aussi athlétique que la Ligue 2, mais il est plus technique et plus intensif. Avec mon gabarit, je joue avec ma tête pour éviter les duels. Joachim Van Damme de Malines est le joueur de D1A le plus dur dans ce rayon. Mais le meilleur, c’est Noah Lang : quel joueur, il sait tout faire ! Il me manque encore un ou deux kg de muscles, c’est mon point faible : je dois travailler mes premiers mètres et être plus explosif. Quand je suis arrivé ici, j’ai même dû rattraper 5 kg : j’ai chopé une rage de dents et pendant une semaine, c’était régime purée, soupe et yaourt ! Depuis, j’ai découvert les croquettes de crevettes ! Vivement que les restos rouvrent après cette Covid ! Il y a la friterie du coin qui reste ouverte, mais on ne peut pas trop y aller ! " (rire)

Zéro pression !

Investi des phases arrêtées au KVO, le petit Français y affiche une force de frappe et une passe à quarante mètres très percutantes pour son gabarit.

Ma technique de frappe ? C’est la formation à la Lyonnaise, ça, Monsieur ! " s’esclaffe-t-il. " J’aime bien rester 15 minutes après l’entraînement et travailler mes frappes. Les coups de pied arrêtés peuvent décider d’un match aujourd’hui ! J’ai toujours fait ça : à Lyon, Juninho était mon idole, j’allais voir ses entraînements et j’imitais ses coups francs. Contre Courtrai, on jouait dans la neige et j’ai fait un petit tas sur lequel j’ai posé le ballon : manque de bol, mon coup franc est allé en tribune ! La deuxième fois, les joueurs d’en-face ont gueulé et l’arbitre est venu me dire que c’était interdit ! " (clin d’œil)

À 5 matches de l’épilogue, les Ostendais sont donc entrés dans le money-time. S’ils se qualifient pour les Play-Offs 1, ils devront gérer le paramètre pression qui manque à leur bagage.

De la pression ? Zéro pression ! Play-Offs 1 ou Play-Offs 2, tout ce qui vient est du bonus : en début de saison, tout le monde nous faisait lutter pour le maintien ! Le foot, c’est du pur plaisir : on fait le métier de nos rêves et par rapport à tous ces gens qui ont perdu leur travail, on n’a pas le droit de parler de stress ! Après, c’est vrai qu’on manque peut-être d’expérience dans les matches de haut niveau : les joueurs routiniers ont l’habitude de provoquer des fautes et de gagner un peu de temps sur des touches. Le coach nous dit qu’on doit encore progresser dans ça. Contre Malines, on menait au score et on était un peu acculés : on devait faire le gros dos… et au lieu de ça, on avait le réflexe d’encore vouloir jouer ! "

Cap sur les primes

Et si l’horizon du tour final se précise, c’est aussi parce que la réalité… financière est là. Si l’Europe arrive au bout, il faudra aussi répondre aux censeurs, pour lesquels une qualification ostendaise serait un handicap pour notre indice UEFA, déjà en ballottage défavorable…

Les primes pour les Play-Offs ? On les négocie cette semaine ! Ce sont les routiniers qui font ça, le capitaine Kevin Vandendriessche, le vice-capitaine Andrew Hjulsager et Brecht Capon par exemple : les anciens connaissent la musique ! On leur a donné mandat, et c’est eux qui vont au charbon avec la direction ! (Il rigole) Et pour ce qui est des critiques, c’est assez injuste : c’est qui, les clubs qui ont si mal presté cette saison et fait baisser l’indice UEFA ? On ne pourra pas faire pire qu’eux ! Et si on va en Europe, il sera toujours temps de se fixer un petit défi pour fêter ça ! Nager dans la mer ? Pas de souci : l’eau froide, j’aime bien ! " (rires)

En fin de saison, ce sera l’éternelle rengaine des clubs-révélations : le risque pour le KVO de se voir pillé de ses plus beaux joyaux. À commencer par son coach Alexander Blessin, très coté sur le marché...

Je ne me fais pas de souci pour ce club : avec ses bases de données, il trouvera les éléments pour remplacer ceux qui partent. Notre coach ? Il ira loin, c’est sûr ! Et s’il le veut, il peut m’emmener avec lui ! (clin d’œil) Je fais ce métier pour progresser et mon ambition est de jouer plus haut. J’adore le foot espagnol et son jeu de possession, mais mon club-fétiche c’est Dortmund ! Jouer dans cette ambiance, avec le Mur Jaune qui te porte, ça doit être magique. On joue aussi au foot pour les grosses ambiances, et les huis clos, c’est juste horrible ! On s’est habitués, à force… Mais les premiers matches de championnat, on croyait qu’on jouait encore les amicaux ! "

Un peu d'arrogance...

Cet été, il y aura aussi l’Euro avec, qui sait ?, la perspective d’un remake du Belgique-France de 2018…

Ah oui, ça va être comme chaque fois : on va vous laisser le beau jeu… et nous, à la fin, on va gagner ! (Il éclate de rire) L’arrogance française ? Ben oui, il en faut, hein ! Ca fait partie du foot ! (sourire) Chez les Bleus, je connais un peu Corentin Tolisso et Nabil Fekir, les anciens Lyonnais. C’est de Nabil que je tiens ma ligne de vie et de carrière. Il m’a dit : ‘Te pose pas de questions, les autres ils ont deux bras et deux jambes comme toi, prends ta chance, fais tes matches, fais ta vie… le reste suivra !’ "

La preuve pratique à la Côte belge…

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