Massimo Bruno: "J'ai arrêté de me mettre la pression"

Massimo Bruno se livre au petit jeu du selfie
Massimo Bruno se livre au petit jeu du selfie - © Tous droits réservés

À 20 ans, il était l’un des fleurons de la formation mauve avant de se perdre dans les méandres d’un réseau teuton qui, sponsor oblige, devait " lui donner des ailes ". Aujourd’hui, il ressuscite sur le flanc gauche de l’armada zébrée. Il aborde le pied contraire,  Dennis Praet, les racistes imbéciles et le danseur Nurio. Mais aussi une finale Italie-Belgique, la langue du foot, des cyclistes sous la douche, le malaise mauve et sa VMA. Et forcément Felice et Karim. Massimo Bruno passe " Sur le Gril ".

Il n’a que 26 ans, mais on a l’impression qu’il est là depuis toujours : pour sa 10e saison professionnelle déjà (!), Massimo Bruno voit enfin le bout d’un long tunnel. Propulsé jadis, avec Dennis Praet, fleuron de Neerpede, il a attendu son 2e exercice carolo pour retrouver le niveau d’antan.

Côté forme, je ne suis plus très loin du meilleur que j’ai montré à mes débuts à Anderlecht " explique posément Massimo Bruno en salle de presse du stade carolo. " La saison passée, j’ai signé tardivement à Charleroi et je me suis mis des objectifs très hauts : avec mon nom, mon passé et ce que le club avait payé pour moi, on attendait de moi que je fasse la différence. Moi aussi, je me suis pris la tête et j’ai voulu forcer les choses. Cette saison, je me suis dit que j’étais un joueur comme les autres : j’ai arrêté de me mettre la pression, j’ai simplement décidé de mettre toutes les chances de mon côté et j’ai bossé comme un fou durant la préparation. L’arrivée d’un nouvel entraîneur, avec ses propres idées, allait forcément rebattre les cartes : j’ai tourné le bouton, j’ai eu comme un électrochoc… et voilà. Maintenant, il faut confirmer ! "

" Avec Osihmen, chaque ballon devenait un bon ballon "

Et de fait, l’arrivée de Karim Belhocine à la succession de Felice Mazzù a notamment fait permuter… de flanc notre interlocuteur.

Mes relations avec Felice étaient bonnes, mais la donne tactique est différente. Avec Belhocine, on essaie de plus jouer au foot : il nous a convaincu qu’on avait les qualités pour construire proprement de l’arrière et notre jeu a plus de variété. L’année passée, on était aussi conditionné par le profil d’Osihmen : on savait qu’en cas de difficulté, on jouait long sur Victor, et avec lui le moindre ballon devenait… un bon ballon. Aujourd’hui, notre jeu est plus diversifié : on peut pratiquer un jeu dominant et, à d’autres moments, opter pour le contre. Et aujourd’hui, même quand on évolue avec un bloc bas, c’est parce qu’on l’a décidé même si les gens croient que c’est parce qu’on subit. Maintenant, jouer défensivement n’est pas moche en soi : historiquement, la philosophie du Sporting de Charleroi a été de jouer bas puis de faire mal en contre, et c’est un art en soi, c’est tout aussi beau. Mais aujourd’hui, on a plus de cordes à notre arc. "

Et de fait, Massimo Bruno s’en est, du coup, allé arpenter l’autre couloir…

La saison passée, avec Felice, j’ai joué la phase régulière à droite puis, lors des Play-Offs 2, on a changé de système et j’ai évolué quelques matches au poste 8, plus axial. Après les matches amicaux, Karim Belhocine a jugé que je m’épanouissais mieux à gauche. Je dois encore me forcer pour aller en profondeur sur mon pied gauche, car naturellement je cherche mon pied droit. Mais ça élargit ma palette : je combine avec Morioka, j’ouvre le couloir pour Nurio. J’ai commencé ma carrière à Anderlecht comme ailier droit, je collais la ligne et je centrais : on a dit alors que j’étais destiné à une carrière d’ailier ‘à l’ancienne’. Aujourd’hui, c’est presque… le contraire : j’aime rentrer dans le jeu et percuter ! Le foot plus offensif, avec pressing haut, de Belhocine impose aussi une grosse dépense physique. Mais ça ne me pose aucun problème : j’ai toujours eu une bonne VMA (NDLA : valeur maximale aérobie), le foot moderne impose de grandes courses quelle que soit la tactique choisie. Et à Salzbourg et Leipzig, j’ai bien intégré que les joueurs offensifs devaient aussi pomper et défendre pour l’équipe. "

" J’ai toujours l’espoir de repartir plus haut "

Le n°77 zébré (" C’est le numéro que je portais déjà à Salzbourg, j’aime bien le 7 mais à Charleroi, il n’était plus disponible… et je ne suis pas superstitieux du tout ! ") a passé deux ans au sein du groupe Red Bull (Salzbourg puis Leipizig) qui l’avait happé au parc Astrid pour… 8 millions d’euros à l’âge de 20 ans. Une enclume qui aura pesé sur ses épaules.

Pas du tout " rétorque Bruno : " Je me sentais très bien à Salzbourg où on jouait sans pression, on était dans le cocon du centre d’entraînement et les résultats étaient bons. C’est à Leipzig que ça s’est compliqué : que voulez-vous, on prend des décisions en étant convaincu que ce sont les bonnes… puis on arrive sur place et on se rend compte que les choses ne tournent pas comme on veut, qu’il y a des concurrents à votre poste, etc. On ne refait pas le passé, mes choix étaient réfléchis mais j’essayerai à l’avenir d’encore mieux cibler mes décisions. J’ai toujours l’espoir de repartir vers le haut et de choisir un projet supérieur. Mais je ne me fixe plus d’objectif particulier, ni de championnat ou de club spécial. Tout dépend du projet, mais je ne me précipite plus : on verra à chaque mercato ce que la situation du moment me propose. Et je suis aussi très bien à Charleroi ! "

" Quitter le terrain ensemble ? Pas une solution "

Impossible bien sûr de ne pas évoquer ce qui a fait l’actualité du début de semaine : les nouveaux faits de racisme, infligés à Marco Ilaimaharitra lors du match à Malines. Les larmes du Franco-Malgache ont résonné au vestiaire carolo.

Ces images m’ont marqué, même si j’étais sur le banc : d’ailleurs, étant loin de la phase, je n’ai pas compris tout de suite. On en a reparlé avec Marco, on s’est surtout attaché à le réconforter. On lui a répété que c’était le fait de certains imbéciles qui agissaient par frustration. Je ne sais pas comment j’aurais réagi, je n’ai jamais été victime de faits pareils. Et en plus pour Marco, on lui donne une carte jaune qui le prive du prochain match… et nous aussi, car c’est notre meilleur joueur, et l’un des meilleurs en Belgique à son poste. Pour revenir sur les faits de Malines, que ce soit de la provocation pour déstabiliser ou du vrai racisme importe peu : c’est stupide dans les deux cas et ça n’a rien à faire dans les stades. Mais c’est vieux comme le foot et je ne sais pas si on y changera un jour quelque chose. Quitter le terrain tous ensemble pour marquer le coup ? Ce serait un geste fort mais je ne sais pas si ce serait vraiment utile : nous, on est sur le terrain pour faire notre métier et vivre notre passion, alors arrêter le match pour ces types serait encore leur donner raison. Comme joueur, je crois qu’on doit se mettre dans notre bulle et n’entendre le public… que pour ce qu’il crie de positif. "

" Ce vestiaire est au top du top "

Formé à l’aristocratie de Neerpede, passé ensuite par l’ambiance germanique des vestiaires de Salzbour et Leipzig, Massimo Bruno revit aussi car il a retrouvé un cocon plus proche de l’image de convivialité qu’il associe au foot.

Notre vestiaire est une Tour de Babel mais au-delà des langues et des cultures, on forme un vrai bloc… et ça s’est déjà vu lors de circonstances de match difficiles. Tout le monde est accueillant, la musique marche à fond au vestiaire : ce vestiaire est vraiment au top du top. Moi-même, j’ai des origines italiennes et j’en suis fier. En cas de finale Belgique-Italie au prochain Euro, ce sera parfait pour moi : j’ai grandi ici, j’ai été Diablotin, un premier trophée majeur serait fabuleux pour le foot belge, mais une victoire de l’Italie serait une joie pour toute ma famille. Le foot est d’abord un mélange de cultures. C’est clair que c’est plus facile sur le terrain pour communiquer quand on partage la même langue mais les connexions se font au-delà des mots, moi par exemple je sens bien le jeu avec Morioka. Il y a des affinités spontanées par la fameuse langue du foot, et je retrouve des sensations comme avec Dennis Praet, avec qui je jouais chez les jeunes à Anderlecht : on se trouvait les yeux fermés, ça ne s’explique pas. "

Et de soumettre notre interlocuteur à un petit quizz de passage. Ça ne mange pas de pain… et ça fait toujours du bien.

Le plus technique des Carolos ? " Ali Gholizadeh. " Le plus dur au contact à l’entraînement ? " Modou Diagne. " Le plus fanatique ? " Nicolas Penneteau, malgré son âge il est plus investi que jamais dans son métier. " Le plus nonchalant ? " Nurio Fortuna… mais ‘nonchalant’ au sens positif : il est toujours cool, mais sur le terrain il y va autant que les autres. " Le plus coquet ? " Avant, c’était clairement Jérémie Perbet, mais maintenant qu’il est parti, je n’en vois plus un comme lui… " Le plus drôle ? " Nurio encore… " Le meilleur danseur ? " Nurio toujours ! " Le plus impressionnant sous la douche ? " Ça dépend de quoi vous parlez, car on est tous en cuissard de cycliste… (sourire) Allez, on va dire Frank Tsadjout, lui c’est quelque chose ! " Et Bruno, lui au fait, il serait le plus quoi ? " Moi, c’est comme vous voulez, je n’aime pas de parler de moi, je laisse les autres le faire… "

" On n’est pas des joueurs de Champions League… "

Retour au terrain : et si ce ciment du noyau carolo était le principal carburant pour une saison orientée vers une qualification pour les Play-Offs 1 ? Un objectif sur lequel le club carolo ne communique d’ailleurs plus du tout, à l’inverse des années précédentes…

Dire ‘match après match’ n’est pas qu’une formule de style : ça ne sert à rien de se projeter dans l’inconnu à ce stade, on verra bien où on se trouve à 3-4 matches de la fin de la phase régulière. Le foot belge a bien évolué depuis ma première époque à Anderlecht, quand on se présentait chez des équipes moindres et on savait on s’imposerait, on suscitait encore la crainte. Aujourd’hui, tout le monde peut battre tout le monde, donc ça n’a aucun sens de parler de calendrier favorable… ou défavorable. Mais évidemment qu’on ne vise pas les Play-Offs 2 ! On vise le plus haut possible et on ne va pas se focaliser sur un objectif qui risque de devenir une obsession. Si Anderlecht sera en Play-Offs 1 ? C’est vrai que le Sporting traverse une mauvaise passe, mais c’est un grand club… et les grands clubs reviennent toujours devant. Si j’aurais ma place dans l’Anderlecht actuel ? Je ne réponds pas à cette question… "

Et de se retourner une nouvelle fois sur son parcours : 10 ans bientôt de professionnalisme, ça vous campe un homme… à la vie déjà bien remplie et entamée très tôt.

Par rapport à mes amis de mon âge, c’est vrai qu’être footballeur vous fait vivre des choses plus tôt que les autres. On fait des sacrifices, mais on a surtout une chouette vie. On joue au jeu qui nous passionne… et on est payé pour ça. C’est vrai qu’on a une petite notoriété et certains s’emballent… mais ce n’est pas mon genre. Je suis toujours resté le même, et ça ne risque pas de changer. On est des joueurs de foot, d’accord, mais… on n’est pas non plus des joueurs de Champions League, non ? "

Allô Mbaye Diagne ?

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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