Marc Coucke : "Celui qui veut être n°3 ne sera jamais n°1"

Marc Coucke se livre au petit jeu du selfie
Marc Coucke se livre au petit jeu du selfie - © Erik Libois

Ce fut l’invité-surprise du rachat du RSCA fin 2017. Deux mois après son entrée en fonction officielle, le nouveau Président mauve s’exprime sur tous les sujets. Il évoque un titre (im)possible, le divorce avec Van Holsbeeck, l’avenir de Vanhaezebrouck et ses rêves européens. Sans oublier une mallette, un rachat chinois, son rapport au pouvoir, Roland Duchâtelet et sa gestion du stress. Ni bien sûr quelques chansons bruxelloises… Marc Coucke passe "Sur le Gril".

À quelques heures du choc à Bruges que personne, voici quelques semaines, n’aurait encore cru digne d’intérêt, Marc Coucke sort son œil coquin. Et sa calculette. Un succès mauve dimanche, et Bruges ne serait plus qu’à 2 unités… "Honnêtement, je ne pensais plus le titre accessible : notre potentiel est limité et Bruges mérite d’être champion pour son parcours cette saison", lâche le Président mauve. "Mais le titre ne se donne qu’après 40 matches : on peut encore créer la surprise… et j’aime bien les surprises ! Ces play-offs sont passionnants : chacun donne le max, même le Standard alors que les autres années, le vainqueur de la Coupe s’en foutait… On regarde vers le haut puis deux semaines plus tard, on regarde vers le bas : c’est pour ça que les play-offs ont été inventés, et c’est très bien comme ça !"

Passer de la Reine des Plages au parc Astrid est plus qu’une transition, c’est aussi un différentiel de pression. "C’est vrai qu’en tribune, je suis plus tendu qu’avant : c’est normal, je viens d’arriver, c’est un peu tard pour impacter les choses. À Ostende, chaque fois qu’on gagnait c’était la fête, ici à chaque défaite c’est une catastrophe… Notre équipe manque d’équilibre, les postes ne sont pas doublés en cas de blessure ou de suspension, donc c’est vrai, j’ai du stress... Mais je vous rassure : une fois le match terminé, on se félicite les uns les autres, et c’est fini. Le foot n’est pas encore près de m’empêcher de dormir la nuit…"

15 fois de suite au casino…

S’étant interdit d’interférer avant le 1er mars (et donc lors du mercato hivernal…), Marc Coucke sourit quand on lui rappelle le rêve des dirigeants qui l’ont précédé : remporter un jour l’Europa League. "Mon projet est de passer l’hiver une saison sur deux… mais si j’y arriverai dans 5 ans, 10 ans ou même jamais, je l’ignore. C’est la beauté du sport d’être incertain, mais le potentiel du Sporting est énorme et nous allons le développer. Ce que font des clubs comme Porto, Salzbourg ou Bâle est aussi dans nos cordes. Objectivement, gagner la C2 n’est pas réaliste… mais de temps en temps aussi, il faut viser des trucs peu réalistes. Quelle est la chance de gagner 15 fois de suite au casino ? Je vous laisse calculer. Mais c’est vrai que tout récemment, Ajax est encore arrivé en finale… Alors, pourquoi pas nous ?"

Entrepreneur à succès, classé 22e au ranking des Belges les plus riches (fortune estimée : 1,348 milliard d’euros), Marc Coucke est engagé dans un procès avec les Américains de Perrigo ("Je ne réponds à aucune question concernant ce dossier") sans, souffle-t-il en aparté, que cette plainte fasse peser une menace sur l’avenir du Sporting. Le fil rouge de son parcours : l’ambition. "Ce qui a le plus changé pour moi depuis le rachat d’Anderlecht, c’est que j’ai retrouvé un boulot ! Pendant 27 ans, je suis allé tous les matins bosser à mon bureau d’Omega Pharma. J’ai investi dans une quinzaine de sociétés, dont plusieurs en Wallonie, mais sans jamais y occuper la fonction de CEO, c’est-à-dire de responsable journalier. Avec Anderlecht, je reprends chaque matin ma petite mallette, j’ai réquisitionné une salle de réunion à Neerpede pour en faire mon bureau, je suis de nouveau tout excité. Mais je n’ai jamais été un homme de pouvoir : dans mes sociétés, je délègue beaucoup. Evidemment, parfois il faut prendre le pouvoir pour faire avancer les choses. Mes proches disent que je veux toujours être le n°1 ? Si tu veux n°3, tu ne seras jamais n°1 ou n°2 ! Il faut toujours être ambitieux… mais aussi être ouvert à l’échec : ne croyez jamais que tout est acquis…"

Pas que chanter…

Son premier objectif est de dépoussiérer le Sporting, le faire entrer dans la modernité du foot actuel. "En devenant Président, j’ai un peu adapté mon comportement, mais je suis content de voir que le club s’adapte aussi. Je me suis ajouté une couche de sérieux, et il n’est pas mauvais que le Sporting devienne un peu plus chaleureux. Je chanterai encore comme à Ostende… mais pas trop vite, ni de manière forcée : il faut rester spontané, ne pas calculer ses effets. La culture du Sporting est différente de celle d’Ostende, il faut respecter chacun. Mais au KVO, on ne faisait pas non plus que chanter, on prenait aussi de bonnes décisions : on a fait d’un club un peu médiocre un club du sub-top quand même…"

Le grand nettoyage a débuté : comme pressenti, Herman Van Holsbeeck a dû vider son casier. "Si cette affaire va finir au tribunal ? Je ne sais pas… Et je ne préfère pas trop en parler. Mais quand les dirigeants changent, il est normal que la nouvelle équipe mette ses propres accents, c’est partout comme ça. Ce qui ne veut pas dire que tout était mauvais avant : le RSCA a décroché 34 titres… et moi zéro ! Mais il faut vivre avec son temps, et changer les choses en relation avec l’évolution du football. "

Fake News…

Hein Vanhaezebrouck, lui, peut dormir tranquille : il n’est pas dans la ligne de mire du Président. Du moins officiellement… "Si Hein sera encore là la saison prochaine ? Oui, ceci était votre question la plus facile (rire). Cette rumeur selon laquelle on ne s’entendrait pas, Hein et moi, est ridicule. Je connais un Américain qui dit souvent ‘Fake News !’ Vous savez, ça commence par un journaliste qui écrit un truc, quatre autres le reprennent, puis cela arrive dans la presse sérieuse, et tout le monde finit par penser que c’est vrai. Quand j’ai vu la tournure que ça prenait, j’ai pris mon téléphone pour dire à Hein que tout ça, c’était des conneries. Parce que, sinon, il allait finir par le croire, lui aussi !"

Issu du monde des affaires, parachuté dans le monde du foot, il ne craint pas de vivre les désillusions de son cousin éloigné… un certain Roland Duchâtelet. Lequel, lui aussi, avait racheté un mastodonte (le Standard) après être entré dans le milieu par le biais d’un petit club (Saint-Trond). "Roland et moi, on est bien différents, mais c’est vrai que le monde du sport, comparé à celui de l’entreprise, révèle des fonctionnements très particuliers. La presse joue un rôle très important : toute information liée à Anderlecht est directement amplifiée, il faut aussi gérer toutes ces infos venues dont on ne sait où. En l’espace de 3 jours, 6 ‘Fake News’ sont apparues : il y a trop de médias qui vivent du nombre de clicks et qui se mènent une grosse concurrence. Nous devons mieux gérer notre communication et cibler la presse sérieuse : communiquer soi-même directement et de manière structurée. Comme dans le cas de nos 3 premiers transferts : il n’y a eu aucune fuite, tout est passé par notre canal officiel. "

Feuille blanche

Parmi ses projets pour Anderlecht, résoudre l’épineuse question du stade : un dossier qui traîne depuis Mathusalem. Avec ce bémol : la piste de Neerpede, privilégiée par Coucke, a été balayée par la commune. "Dans un émission télé, j’ai parlé de cette piste comme d’une parmi d’autres : la construction d’un 3e anneau au stade actuel ou encore d’autres sites à Anderlecht ou dans le grand Bruxelles. Je pars d’une feuille blanche, je suis ouvert à tout. La seule certitude c’est que 21.000 places dans un stade, ce n’est plus suffisant pour que le club se développe et que le football belge dans son ensemble a besoin de nouveaux stades plus grands et plus confortables. Je dis ça pour tout le monde… aussi pour Bruges !"

Le Club Bruges dont on a souvent dit que Coucke était supporter jadis… et dont il était candidat au rachat avant que Bart Verhaeghe ne prennent les rênes du Breydel. "Encore une ‘Fake News’ ! Il est vrai que j’étais membre de l’ASBL du Club ancienne mouture. Mais quand le Club a changé de structure pour passer en SA, je n’ai pas acheté de parts alors que les membres de l’ASBL avaient priorité. Donc non, je n’ai jamais envisagé d’acheter Bruges."

Non à la Chine

Et tant qu’à parler de rachat, que se passerait-il si l’arroseur se faisait arroser ? En d’autres termes, Marc Coucke (qui a investi près de 80 millions dans le rachat mauve) a-t-il repris Anderlecht dans un but spéculatif ? "Vous me demandez si je revends le Sporting si un Chinois ou un Russe m’en offre 200 ou 300 millions ? Eh bien, non ! Ceci est le dernier grand challenge de ma vie professionnelle, je veux le vivre jusqu’au bout et en profiter !"

Après le Coucke investisseur, terminons par le Coucke supporter et ambianceur. Celui, d’abord, qui décortique la feuille de match. "Oui, j’ai quelques chouchous dans l’équipe… mais je ne vous les citerai pas. Quand je l’ai fait à Ostende, je n’ai eu ensuite que des soucis avec les joueurs concernés… et même d’autres du vestiaire qui étaient jaloux. À quel joueur je m’identifierais ? Aucun : je n’ai jamais rêvé d’être un joueur de foot, j’étais bien trop maladroit dans la cour de l’école. C’est le défi de chacun de développer ses talents, les miens n’étaient pas dans le ballon ! (rires) Disons donc que si je dois ressembler à un joueur, ce sera le plus petit !" (rires)

Mexico 86

En juin-juillet, Marc Coucke troquera son écharpe mauve pour une écharpe tricolore : pour lui, le redressement du foot belge passe par les Diables Rouges. "Oui, je pense qu’on peut gagner la Coupe du Monde : on n’est pas favoris, mais si on arrive en quart de finale, avec un peu de chance ensuite et si on soude tous nos talents, on peut le faire. J’ai vécu Mexico 86 comme étudiant dans les cafés, on chantait, on buvait des bières, je revois encore les images. Je veux revivre ça : espérons que la génération actuelle soit portée par le même sentiment qu’à l’époque…"

Et d’ici là, le grand défi de Coucke aura peut-être été de faire chanter… la table d’honneur du RSCA lors de la réception d’après-match. "Ça arrivera un jour, je vous le promets, mais… une fois, et sans doute pas deux (rires). Je dois encore apprendre les chansons du folklore bruxellois. Ce qui est sûr, c’est que je ne chanterai pas Couckenbak !" (rires)

Quelqu’un a vu le Grand Jojo ?

"Sur le Gril", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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