Marc Brys sur le gril: "Je provoque des bagarres à l'entraînement…"

Marc BRYS se livre au petit jeu du selfie"
Marc BRYS se livre au petit jeu du selfie" - © Tous droits réservés

Compte tenu des budgets en lice, c’est LA révélation de cette demi-saison : du haut de sa 5e place, Saint-Trond avale les étapes programmées par son propriétaire japonais. Devant son tableau noir, le coach trudonnaire évoque sa philosophie du foot, le choc des cultures au Stayen, son 28e joueur et les étiquettes de journalistes. Mais il est aussi question de Disneyland Paris, de la Police anversoise, de Raymond Goethals et des Espagnols de Mouscron. Ainsi que de Daichi Kamada, d’Hans Vanaken… et du célèbre nain du Bosuil. Marc Brys passe " Sur le Gril ".

Avec les années, il ne change pas : 56 printemps mais toujours ce casque de tifs (désormais blanchissants), ce sourire timide, cette voix douce et ce regard direct. Derrière ce charisme naturel se dissimule un stakhanoviste du taf technique, tactique et physique : l’héritage de 20 années passées à la police anversoise ? " C’est un chapitre important de ma vie " explique Marc Brys : " J’y ai appris le travail d’équipe et à cerner rapidement la personne qui me fait face, c’est impératif, parfois il en va de votre propre vie. Cette psychologie me sert beaucoup dans le foot où il faut fédérer des individus issus de cultures diverses… et ici à St-Trond, on est servi ! " (rires)

Avec ses 5 Japonais, ses Ghanéen, Ukrainien, Portugais, Espagnol, Allemand, Brésilien et Congolais, Saint-Trond a bouclé le premier tour à la 5e place. Mais gare : l’an dernier à pareille époque, les Canaris comptaient le même nombre de points… avant de rechuter à la 10e place finale. " On ne parle pas encore des Play-Offs 1 ici, c’est la 1e saison d’un projet de 3 ans avec au bout, oui, l’ambition de se fixer dans le top 6. Je ne suis pas surpris par notre position actuelle, car on n’a rien volé : on a fait un parcours régulier sans flambée particulière, on a été constants et c’est ce que je vise. "

Touche pas à ma compo

Sauf que lors de son intronisation et le rachat du club, le boss japonais avait laissé entendre qu’un jour peut-être, le… titre serait une ambition. " Il en a sûrement les moyens, c’est le 6e Japonais le plus riche ! Mais pour cela il devra augmenter le budget. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour : les Japonais sont très professionnels, très méthodiques et surtout très respectueux : ils prennent le temps et me laissent travailler sans pression, ni intrusion. Le jour où on se mêle de ma compo, je m’en vais : à Mouscron, le Président Dufermont m’a imposé ses Espagnols pour les mettre en vitrine, alors j’ai dit stop ! "

Préféré à Christoph Daum et Frankie Vercauteren dans la short-list de l’investisseur, Marc Brys séduit par sa qualité à obtenir des résultats rapidement. " On s’est rencontré quatre fois avec le propriétaire avant la signature, et le courant est tout de suite passé. J’ai exposé ma philosophie, on a causé foot, c’était passionnant : je veux un football construit, soigné et positif, qui se base sur nos propres qualités et où on ne dégage pas n’importe où. Mes mots-clés sont " académie " et " automatismes " : je suis un formateur, je veux un jeu structuré bâti sur des profils particuliers, si possible issus de la formation. Les automatismes sont importants car le stress est omniprésent en match : en situation de décision sous pression, il faut pouvoir s’appuyer sans réfléchir sur des mouvements répétés mille fois en semaine. "

Clichés en vrac

Dans le bureau fourre-tout avec vue sur les terrains d’entraînement où s’ébattent les jeunes du STVV, Marc Brys cohabite avec son T2 Issame Charai et son préparateur physique Bart Van Lancker. " C’est ici qu’on élabore les plans de jeu et qu’on décortique les phases arrêtées. Mais un match n’est pas l’autre. On me taxe d’entraîneur défensif, mais à Mouscron je jouais hyper-offensivement. On me taxe de tortionnaire physique, mais on ne bosse pas plus ici qu’ailleurs : simplement, on cible les filières, du coup nous n’avons aucun blessé et mon équipe affiche les 2e meilleurs paramètres physiques de Pro-Ligue. On dit aussi que je suis un grand psychologue : c’est encore un cliché de journalistes, ça vous rassure de distribuer des étiquettes. Mais c’est un fait que le foot, c’est 60 % de mental : je suis un adepte des teams-building… mais pas classiques. J’ai déjà amené des joueurs à passer deux jours à l’Armée : il faut les mettre dans des situations imprévues, où ils sortent de leur zone de confort, c’est là qu’on observe qui est un leader et qui se cache. Dans les matches, ce sont souvent les mêmes qui ont émergé. "

Avec sa Tour de Babel, Brys doit aussi tenir un discours adapté à chacun. " Mon joueur le plus important ? Le 28e et dernier de mon noyau ! C’est à celui qui ne joue pas qu’il faut accorder le plus d’attention. Chaque caractère est différent : on parle beaucoup de la mentalité de mes Japonais mais ils viennent tous d’une région différente du Japon. Un Wallon n’est pas un Flamand, un Anversois n’est pas un Bruxellois. L’un est plus taiseux, l’autre plus flamboyant, l’essentiel est que ce sont tous des bons gars. Et ici j’ai vraiment un groupe très solide : si on touche à l’un d’eux, ils se rebellent tous. À l’entraînement, je crée parfois volontairement des incidents pour voir si le groupe réagit : semer la bagarre est un très bon indice ! Et ça se voit en match : je n’ai jamais eu un groupe aussi uni. "

L’Homme de Glace

Partout où il passe, Brys laisse ainsi les joueurs élaborer… leur propre règlement interne. " J’écoute leurs avis, parfois même tactiques, même si à la fin c’est moi qui décide. Les joueurs doivent apprendre à endosser des responsabilités. Quand un joueur entre dans mon bureau pour demander quelque chose, je refuse toutes les requêtes individuelles… mais j’accepte toutes celles au nom du groupe. "

Reste que les Canaris ont leur lot d’individualités… déjà convoitées pour le mercato hivernal. " Au moment opportun, on lâchera nos joueurs : c’est leur gagne-pain, je serai le premier à me réjouir si l’un de mes joueurs décroche un beau transfert… mais en temps utile. Bezus est fort convoité, mais c’est l’épicentre de mon système. Tomiyasu est le meilleur défenseur que j’ai dirigé. Et Kamada sait tout faire, il marque facilement et il est froid comme de la glace. Je l’appelle ‘Ice-Man’, rien ne peut le stresser : après son premier but à La Gantoise, je l’ai félicité… mais il m’a dit sans sourire qu’il pouvait faire beaucoup mieux. Et là, il est très remonté car deux de ses équipiers sont déjà sélectionnés en Equipe Nationale… alors que lui pas encore : j’utilise cette énergie pour le motiver le week-end ! " (rires) 

Ce gnome fatal

Utiliser la bonne énergie : on en revient à l’entraînement mental. Brys s’est rendu célèbre par quelques astuces de conditionnement avant des matches : un vidéo extraite du film L’Enfer du Dimanche où Al Pacino endossait le costume d’un coach de foot américain… ou cette fameuse histoire du nain avant un derby anversois au Bosuil. " C’était le match de l’année à Anvers, j’entraînais alors le Beerschot et j’avais dit à mes joueurs que le coach adverse les avait traités de ‘nains’ car nous avions plusieurs joueurs de taille moyenne. De passage avec mes filles à Disneyland Paris, j’avais acheté un gnome à bonnet mauve. Le jour du match, j’ai demandé à notre team-manager de placer ce nain dans notre vestiaire… et quand ils sont entrés, mes joueurs ont cru que c’était une provocation de l’équipe locale. Leur sang n’a fait qu’un tour et on a gagné ce match 0-4… en marquant chaque fois sur phase arrêtée, au milieu des géants de l’Antwerp ! Mes joueurs sont même allés faire la danse du nabot devant le banc local. "

Très satisfait de son groupe (" Vous pouvez m’offrir Hans Vanaken, c’est un grand talent et il gère bien le stress… mais mon noyau me suffit ! "), Marc Brys l’est moins du synthétique du Stayen. " On dit qu’il nous avantage, mais c’est le contraire : nous sommes pénalisés puisqu’il est plein de bosses et on doit jouer la moitié des matches dessus. Malheureusement, Roland Duchâtelet, qui possède le stade, et le Président japonais ne trouvent pas d’accord financier. Et on ne peut de toute façon pas le remplacer en hiver. "

Objectif G5

Sous contrat pour 3 ans, Marc Brys se re-profile en Belgique après 3 saisons passées en Arabie Saoudite, écourtées pour faire remonter son club de cœur, le Beerschot, parmi l’élite : en finale de D1, le Cercle en a décidé autrement. Lundi, il sera candidat au Trophée Raymond Goethals, qui désigne le meilleur Coach de 2018 : Brys est nominé aux côtés de Leko et de Clement. Enfin la reconnaissance ? " J’ai encore un trou sur mon CV : je rêve d’un grand club belge… et c’est ma prochaine ambition. Je suis très heureux ici à Saint-Trond, rien ne presse, mais je me souviens avoir négocié dans le passé avec 3 clubs membres du G5. Bruges, Gand et Genk ? (sourire) Je ne réponds pas, par respect. "

Et si le recours à un agent faisait la différence ? " En Belgique, tout est petit, tout le monde se connaît : pas besoin d’un manager. Pour l’étranger, c’est différent, un bon agent peut être utile. Si Mogi Bayat reprenait du service et me proposait ses connections ? Votre question est perverse ! (rires) Mais il n’empêche que Bayat a bien des qualités. Après, il faudra voir ce qui ressort de l’enquête. Moi, sur ça, je n’ai pas de problème… à condition que tout se passe de manière correcte. "

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité ce samedi soir à 22h10 et ce dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK