Les (nouveaux) hommes du Président (Coucke)

Le conseil d’administration du Sporting d’Anderlecht vient d’approuver les arrivées de Karel Van Eetvelt comme CEO (il prendra ses fonctions de directeur général le 1er avril prochain à la place de Jo Van Biesbroeck) et de Wouter Vandenhaute comme conseiller. Philippe Close (le bourgmestre de Bruxelles) et Patrick Lefevere (manager général de l’équipe cycliste Deceuninck-Quick Step) deviennent administrateurs indépendants. 

Récit chronologique des événements pour mieux comprendre cette petite révolution de palais…

Mi-novembre 2019. La situation du Sporting d’Anderlecht est préoccupante. Tant sportivement que financièrement. Marc Coucke se pose des questions. Depuis qu’il a repris le club en mars 2018, la vie est loin d’être un fleuve tranquille du côté du Parc Astrid. Le Président a découvert pas mal de cadavres dans les armoires. Et le projet Kompany a du mal à se mettre en place, tant sur le terrain que dans les coulisses. Alors, l’homme d’affaires se tourne vers Wouter Vandenhaute. Les deux hommes se connaissent par le milieu du cyclisme. Chaque année, ils vont déjeuner amicalement ensemble mais, cette fois, le moment est plus solennel. Coucke demande à WVDH de rejoindre le club comme administrateur. Singulière démarche dès lors que, quelques mois plus tôt, l’homme fort des médias flamands a été un des candidats malheureux pour la reprise du club bruxellois. D’abord attelé au groupe Gheysens (le président de l’Antwerp) puis avec d’autre investisseurs. Comme tout le monde, il n’a pas vu arriver Coucke, qui surgit de nulle part à la dernière minute. Marc Coucke a fait son introspection et son autocritique. Il est un peu perdu et a besoin d’un conseiller, un consultant, une éminence grise à ses côtés. WVDH refuse de devenir administrateur, ce qui lui déchire le cœur car il adore ce club. Mais il est aussi propriétaire de "Let’s "Play" une société de management footballistique, en partenariat avec Peter Smeets (l’ancien associé de Christophe Henrotay) et de Bob Claes (l’ancien directeur du Standard). Cela ne lui parait pas compatible, éthiquement. Il n’en donne pas moins quelques conseils éclairés à Coucke.

Dans son analyse, le club, lui dit-il, manque cruellement d’un "leadership" clair. En fait, qui dirige Anderlecht ? Coucke ? Verschueren ? Kompany ? Jo Van Biesbroeck, le CEO ? Il lui recommande alors chaleureusement la candidature d’une de ses connaissances, Karel Van Eetvelt, passionné de sport et dirigeant à poigne qui a fait ses preuves dans plusieurs milieux en Flandre. Du monde de l’entreprise avec la fédération des PME à celui de la politique en passant par les secteurs financier et bancaire. Van Eetvelt est intéressé mais il n’acceptera la proposition que si son ami Vandenhaute est aussi de l’aventure. Finalement, après mûre réflexion, Wouter Vandehaute accepte de tenir un rôle de conseiller officiel, mais dans l’ombre, aux côtés du nouveau CEO. Assumant donc le potentiel conflit d’intérêts avec sa société d’agent qui regroupe 24 joueurs dont Tielemans, Vadis, Raman mais aussi Franck Boeckx, le gardien réserve du Sporting.

"Dans la société "Let’s Play", je suis actionnaire. Je ne suis pas dans l’opérationnel. Je ne serai pas non plus dans l’opérationnel à Anderlecht. Dans toutes mes activités, j’ai toujours montré une grande transparence. Maintenant, c’est aux autres à juger…."


>>> Qui sont les deux nouveaux hommes forts du Sporting Anderlecht?


KOMPANY ET VERSCHUEREN

Pour mettre en place une nouvelle stratégie mais aussi une nouvelle philosophie de travail, il faudra impérativement passer par de sérieuses réformes au sein du club dans les mois qui viennent. En allégeant d’abord considérablement une masse salariale devenue colossale, pour ne pas dire intenable. Encore plus depuis l’arrivée de Kompany et de ses nombreux collaborateurs.  Le "Diable Rouge" va-t-il adhérer pleinement à ce nouveau projet qui pourrait s’apparenter à une perte de pouvoir pour lui ?

Il a rencontré récemment les nouveaux dirigeants anderlechtois et a très longtemps discuté avec eux. L’avis de Vandenhaute : "Avec le futur CEO, nous avons eu en face de nous un Vincent toujours aussi ambitieux et qui nous a donné l’impression d’être convaincu par notre projet. Il est clairement ouvert à une collaboration avec nous…."

L’avenir nous apprendra si cette nouvelle cohabitation sera fructueuse dans un  projet Kompany qui pourrait devenir tout simplement un projet RSCA… Et Michael Verschueren, le directeur sportif ?  Quel est son avenir au club ? Sa position ne sera-t-elle pas fragilisée à moyen terme ? Poser la question est  à tout le moins légitime. La réponse, prudente sinon diplomatique, de Wouter Vandenhaute : "A partir du premier avril prochain, il appartiendra au nouveau CEO de faire son analyse et de décider comment et avec qui il va gérer le club…"

Reste le bulletin de santé financier. Pour Wouter Vandenhaute, le déficit actuel du club n’est pas alarmant : "Je vais peut-être vous étonner mais, pour moi,  cette perte de quelques millions d’euros n’est ni étonnante ni dramatique. En réalité il ya déjà une petite dizaine d’années que la courbe anderlechtoise est descendante, tant sur le plan financier que sportif. Il s’agira de redresser la barre. Sans obliger le président à investir à nouveau. Nous serons d’ailleurs un moment limité par les impératifs du fair-play financier. Et, surtout, il s’agit de retrouver très vite l’ADN du club. En d’autres termes, la fameuse " culture de la gagne ". Avant, quand le Sporting perdait deux matchs d’affilée, c’était aussitôt la crise.  Aujourd’hui, plus personne ne s’émeut vraiment, même chez certains supporters parfois un peu résignés, quand Anderlecht perd son match de coupe contre Bruges juste avant la trêve. Un des match-clefs de la saison. Il faut regagner un esprit collectif dans les coulisses du club aussi. C’est ensemble que nous devrons adhérer au nouveau projet pour que la confiance revienne….Elle qui a tellement disparue ces derniers mois".

UN CEO AMBITIEUX

Karel, Van Eetvelt, lui, ne s’exprimera réellement qu’après sa prise de fonctions, le premier avril prochain. Mais, pour lui, c’est un vieux rêve qui se concrétise. Et quand Vandenhaute lui a proposé le poste, il n’a pas hésité très longtemps.

 Je ne pouvais pas laisser passer pareille opportunité ; je me suis dit ; c’est maintenant ou jamais ! En 1987, j’avais disputé un match amical contre Anderlecht avec mon club de Bornem, d’où je suis originaire. Et j’avais dit à l’époque à Michel Verschueren que mon rêve était d’exercer un jour les mêmes fonctions managériales que les siennes. Et je n’avais que 21 ans ! Je ferai bien évidemment en interne une analyse poussée des problèmes actuels du Sporting. Pour moi, vu de l’extérieur, ce qui est vraiment nécessaire pour le club c’est un leadership et de la stabilité. Si on passe par une bonne réorganisation, et  je devrais forcément prendre pas mal de décisions parfois difficiles, alors cela peut revenir très vite au niveau des résultats sportifs. Nous serons ambitieux, avec la volonté de changer les choses, à l’image de qu’a toujours fait Marc Coucke dans ses sociétés. Je connais très bien Marc pour avoir travaillé avec lui comme administrateur chez " Omega Pharma ". C’est un entrepreneur hors-pair qui veut toujours aller au bout de ses projets. Comme Walter d’ailleurs. Neerpede ? C’est un très bon outil ! Beaucoup de talents peuvent encore éclore à l’horizon 2030-2035.mais nous devrons à terme, encadrer ces jeunes promesses avec des joueurs de qualité. Et nous y mettrons les moyens nécessaires… "

Anderlecht/Coucke 2.0, ce sera donc dans quelques semaines, Mais, à très court terme,  il y aura ce fameux "topper" dimanche face à Bruges. Une rencontre dont le résultat  pourrait bien conditionner le reste de la saison. En effet, un succès bruxellois remettrait sérieusement le Sporting en selle dans la course aux play-offs 1…

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK