Les hommes du Président

Olivier Renard, Bruno Venanzi, Christophe Henrotay, Daniel Van Buyten
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Olivier Renard, Bruno Venanzi, Christophe Henrotay, Daniel Van Buyten - © Tous droits réservés

Au Standard, deux hommes semblaient faire la pluie et le beau temps ces derniers mois: Christophe Henrotay, ami personnel de Bruno Venanzi et Daniel Van Buyten, conseiller du Président. Mais leur étoile a quelque peu pâli en bord de Meuse… à l’instar de l’équipe en passe de louper le wagon des P01.

Comme souvent du côté de Sclessin, le Standard vit sur un volcan jamais réellement éteint. Si la prise de pouvoir du Président Venanzi en juin 2015 semblait devoir être le début d’une période stable et sereine avec un véritable ancrage liégeois, on avouera que, rétrospectivement, ce n’est pas vraiment le cas….

Ces derniers mois, le matricule 16 a même traversé une série de zones de turbulences qui ont probablement refréné l’enthousiasme voire entamé l’énergie du co-fondateur de Lampiris. Novice dans le monde du football, se comportant au début de son mandat parfois plus en supporter qu’en dirigeant, Bruno Venanzi a voulu assez logiquement s’appuyer sur l’expertise et la compétence de son conseiller personnel et par ailleurs administrateur du club, Daniel Van Buyten. Une ancienne icône du football belge, au demeurant largement rémunérée pour des tâches demeurées toutefois un peu confuses aux yeux du grand public. Plus étonnant encore, l’intéressé refuse systématiquement de communiquer avec la plupart des médias.  Certains évoquent des émoluments pour plus de 500.000 euros par an. Est-ce vraiment le Standard qui prend en charge totalement cette rémunération ? Ou une autre société intervient-elle en partie comme nous l’a confié une source proche du dossier ? Avec le parcours impressionnant qui fut le sien, on verrait sans doute mieux " Big Dan " dans la peau d’un entraîneur que celle d’un conseiller de l’ombre. Il y a quelques mois, il avait d’ailleurs indirectement postulé à l’Union Belge pour y briguer le poste de T3 en équipe nationale. Même si l’intéressé continue à prétendre le contraire (" on m’a contacté et j’ai refusé " nous avait-il confié).

Mais, aujourd’hui, l’étoile de Daniel Van Buyten a quelque peu pâli. Il n’est plus du tout sur la même longueur d’ondes (et c’est un euphémisme) que son ancien " ami " Olivier Renard, directeur sportif du club et plus proche que jamais du Président…. Leurs avis divergent fréquemment sur la gestion sportive du club. Et chacun semble avoir agi dans son coin en cette fin de " mercato ". Les trois joueurs africains du club congolais " Tout Puissant Mazembe " sont venus par les connections personnelles de Van Buyten alors que le transfert de Dieumerci N’Dongala est estampillé Renard… avec la complicité de Mogi Bayat, tout heureux de retrouver le chemin de l’E40 vers Liège depuis son intervention dans le dossier Trebel….

En outre, Daniel Van Buyten avait en quelque sorte façonné le staff en avalisant, contre l’avis de Renard, la venue du coach Aleksandar Jankovic, chaudement recommandé par le duo Philippe Vande Walle-Thierry Verjans (l’entraîneur des gardiens, grand fan du Bayern, et l’entraîneur-adjoint, homme fort de l’Académie Robert Louis-Dreyfus), deux personnes qui font partie de la garde rapprochée de Van Buyten. Ce dernier avait aussi recommandé l’arrivée d’Eric Roex, un préparateur physique qu’il avait connu et apprécié en équipe nationale. Sauf que Roex, jamais réellement adopté ni apprécié par les joueurs, vient justement d’être remercié…Il avait pourtant été imposé à Yannick Ferrera en juin dernier, juste avant la reprise des entraînements alors que l’ex-préparateur physique Carlos Rodriguez n’avait jamais démérité, que du contraire… Le mandat d’administrateur et le contrat de Van Buyten expireront en juin prochain. Big Dan pourrait être tenté par une nouvelle aventure, plus proche du terrain. Qui vivra verra….

Pour rappel, si Daniel Van Buyten est revenu au Standard, ce n’est sûrement pas l’effet du hasard. Il doit son arrivée à Christophe Henrotay, à la fois son manager historique et son conseiller de longue date mais aussi très bon pote du Président Venanzi. Agissant dans l’ombre, Christophe, le fils de Roger Henrotay, l’ancien Directeur du club - petit clin d’œil de l’histoire - tire sans doute beaucoup plus de ficelles en coulisses qu’on ne le croit. Intelligent et de bonne présentation comme on dit, habile homme d’affaires, résident monégasque et administrateur de multiples sociétés de management sportif, de droit à l’image ou immobilières au Grand-Duché du Luxembourg (citons, en vrac, Samart S.A., Vision Foot SA, Alpimmo SA, Art’Lux Voyages et Evenements SA, Scoly S.A., etc….), Christophe Henrotay, 43 ans, dispose d’un important carnet d’adresses dans le monde du foot international. On sait qu’il avait toujours promis d’aider son ami Bruno Venanzi si ce dernier rachetait le Standard à Roland Duchâtelet. Sans doute aussi avec la perspective d’un bon business à la clef….Mais, à le lire dans une interview récemment accordée à un confrère du nord du pays, Christophe Henrotay travaillerait sur les dossiers des joueurs du Standard presque par philanthropie, sans toucher la moindre commission. Mais aussi ménageant ses amitiés et ses bonnes relations de part et d’autre de la Manche dans le dossier du transfert avorté de Belfoldil à Everton. Un club où il a ses entrées pour y avoir placé Lukaku et Mirallas... Mais, apparemment, au final, le Standard n’aurait pas reçu la moindre offre formelle d’Everton pour son joueur franco-algérien.

On sait également que Christophe Henrotay est intervenu dans le dossier d’Adrien Trebel (qui voulait par ailleurs absolument quitter Sclessin) en contactant le dirigeant gantois Michel Louwagie. Notamment par un SMS pour lui proposer trois joueurs, dont Adrien Trebel. Christophe Henrotay , lui, prétend le contraire et affirme que c’est Louwagie qui l’a contacté. Comme dirait l’autre, il y en a un des deux qui ne dit pas la vérité. Avant, finalement, de céder le témoin à Mogi Bayat qui est entré dans la danse pour faire signer l’ancien capitaine du Standard à Anderlecht…

Dans cette affaire, une question se pose : Christophe Henrotay a-t-il fait cavalier seul en sa qualité d’agent ou a-t-il agi au nom du Standard ? A Sclessin, on jure ses grands dieux que personne n’était mandaté par le club pour entreprendre ce genre de démarche vers le club gantois… La relation amicale entre Henrotay et Venanzi aurait, dès lors, connu un petit coup de froid nous dit-on à bonne source, le Président ne voyant pas forcément d’un bon œil que son " ami manager " veuille être présent dans tous les (bons) deals….

Selon nos informations, Christophe Henrotay est aussi très présent aux matchs des jeunes du Standard de plus en plus souvent par collaborateurs interposés. A commencer par son nouvel associé dans une société de management, Thierry Courtois, qui n’est autre que le papa de Thibaut Courtois, le gardien de l’équipe nationale, un des plus beaux fleurons de l’écurie Henrotay. Raison de leur présence: tenter de persuader les meilleures recrues de signer chez un bon agent… Suivez mon regard. Même si, soyons de bon compte, d’autres managers rôdent autour des futurs talents " rouge et blanc ". Comme Thierry Witsel par exemple qui a créé une société de management avec trois copains. Il nous revient d’ailleurs que l’un ou l’autre " clash " s’est produit entre le camp Henrotay et le camp Witsel, lorsque les deux convoitaient le même joueur.

Enfin, Bruno Venanzi a toujours répété qu’il avait acheté le Standard seul, le 24 juin 2015. Le 19 juin, soit cinq jours plus tôt, Bruno Venanzi avait créé la société I.V. Invest avec un capital de 100.000 euros. Or, c’est cette même société I.V.Invest qui a apporté 2,5 millions d’euros au Standard De Liège S.A. afin d’obtenir la licence en mars 2016. Rappelons que l’Union Belge avait refusé dans un premier temps le budget prévisionnel du Standard. D’où sont venus ces 2,5 millions d’euros ? S’agit-il d’un prêt bancaire, de la cassette personnelle de Venanzi ou de l’intervention d’une tierce personne proche du club ? Mystère….

Bref, quelques questions sans réponses et pas mal de tensions et d’agitation en interne alors que l’équipe première, la vitrine du club, s’apprête à disputer six matchs capitaux pour son avenir. Car une deuxième non-participation successive aux play-offs 1 serait une catastrophe non seulement en termes de standing mais aussi, et surtout, sur le plan financier alors que la situation actuelle est loin d’être florissante. Dans quelques jours, le Standard devra envoyer à la Fédération tous les documents requis pour l’obtention de la licence. Dont l’obligation du fameux budget provisionnel rendu actuellement bien aléatoire. L’incidence financière du spectre des play-offs 2 et la perspective cauchemardesque de deux nouveaux matchs à huis-clos planent dans le ciel brumeux de Sclessin… Sans compter le combat actuellement mené par le club contre la Pro League, la Fédération et la CBAS dans le dossier des incidents Charleroi-Standard. Cette croisade, pas totalement injustifiée sur le fond, risque bien, à terme, de marginaliser le club liégeois dans le monde du football belge….

Après 20 mois de présidence, Bruno Venanzi sort donc d’une difficile découverte du monde très particulier du football. Lequel, par le caractère imprévisible et fluctuant des événements et des résultats, n’a pas grand-chose en commun avec celui des affaires. Il l’a appris, parfois à ses dépens mais il doit sans doute se dire qu’il faut laisser du temps au temps? Après tout, Lucien D‘Onofrio a dû patienter dix ans avant de ramener le titre à Sclessin….

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