Leone : "Si on me donne l'outil, je reste même en D2"

Domenico Leone
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Domenico Leone - © RTBF.be

Invité de La Tribune, Domenico Leone, le président de Mons, a évoqué les dossiers chauds concernant son club : le problème du stade inachevé, ses relations tendues avec la Ville mais aussi les erreurs commises sur le plan sportif.

"On tourne en rond et je suis fatigué"

Domenico Leone a rejoint RAEC Mons il y a 23 ans et est président du club depuis 13 ans.

"C'est un de mes directeurs qui m'a demandé de rejoindre Mons. A l'époque, Elio Di Rupo était président de Mons. C'est comme cela que je suis arrivé à Mons. Au départ pour apporter mon soutien au niveau sponsoring. Nous étions en D3 à ce moment-là" a expliqué l'homme fort du club montois.

Et de préciser : "Si c'était à refaire, je ne le referais plus jamais. On avait un vrai projet pour Mons quand on est monté en D1, c'était d'avoir un club stable avec un stade. Et il faut constater après 13 ans de présidence que ce stade est toujours inachevé. Aujourd'hui, on a un poste de charges et on n'a pas de recettes".

"J'ai mis des sommes importantes dans le club. Il n'y a jamais eu de problèmes de licence à Mons. Aucun joueur n'a été payé en retard. On a toujours été à jour. Mais aujourd'hui, j'en ai ras-le-bol et ce n'est parce que nous sommes seizièmes que je dis cela. J'ai fait une conférence de presse en février 2013 et j'avais dit que s'il n'y avait pas un geste fort au niveau des infrastructures, j'allais arrêter. Je ne vois rien venir. Personne ne m'appelle, ni le bourgmestre, ni le bourgmestre en fonction. Je suppose qu'ils se moquent du club de Mons" ajoute-t-il.

"L'année passée, on fait une bonne saison et on finit 7ème. On termine avec une perte de 1.700.000 euros. Si on ne vend pas Perbet, nous sommes dans le rouge. Cette année-ci, nous sommes 16èmes et on ne vend personne. On aura une perte importante, à savoir aux alentours des 2 millions d'euros".

"Si on me donne l'outil, je reste même si on descend en D2"

"Je suis fatigué aujourd'hui et sans un outil performant c'est difficile. Si on me donne l'outil, je reste même si on descend en D2. Quand j'ai repris la gestion du club en 2006, on ne m'a pas dit qu'en 2014 le stade ne serait toujours pas terminé. Etre en D2 sans stade terminé, cela ne m'intéresse pas".

"Quand nous sommes montés la première fois, nous avons fait une étude et on a visité plusieurs stades et on a tenu compte de la région. Genk est une région minière de 65.000 habitants et a un stade de 25.000 places. A Mons, il y a 110.000 habitants et pour être prudent, on est parti avec l'idée de faire un stade de 12.000 places. La Ville a lancé le projet mais il faut constater que 13 ans après, on est toujours dans un demi-stade. On a toutes les charges et aucune recette. On n'arrive pas à créer cette magie footballistique. Les supporters et les entreprises qui sont nos partenaires depuis des années se fatiguent car on n'arrive pas à créer cette magie. Quand on est monté la première fois, il y avait 13.000 personnes au stade. Les gens étaient emballés mais à force de monter et descendre et de voir que le stade n'évolue pas, il y a du découragement".

A la question de savoir s'il est prêt à céder sa place à la tête du club montois, Domenico Leone est clair : "Je suis président car c'est moi qui mets l'argent et je décide donc aujourd'hui mais si demain quelqu'un vient à côté de moi ou reprend le club, c'est normal qu'il ait tout à dire".

Et de souligner encore : "Il y a une dynamique qui a été mise en place mais je pense que celle-ci s'éteint petit à petit car le stade n'évolue pas mais aussi parce qu'on n'a pas les moyens financiers pour aller plus loin. On tourne en rond et je suis fatigué".

"On nous laisse vraiment dans l'indifférence"

Domenico Leone va plus loin lorsqu'il évoque les autres clubs wallons et plus particulièrement le Standard.

"Quand on voit l'investissement de Roland Duchâtelet au Standard, il a mis 32 millions, il a déjà repris 20 millions et va revendre le club 60 millions. Moi, j'ai mis un montant important et le jour où je pars, je partirai avec rien. Moi, je dis que tant que le stade est aux normes européennes, on s'engage à ce que le club reste à Mons. Dans les conditions actuelles, je ne peux plus continuer comme cela. S'il n'y a pas un geste fort de la Ville et si elle ne renoue pas le dialogue avec moi pour trouver des solutions et faire avancer le stade et retrouver les sponsors qui sont partis, moi je ne reste pas. Quand j'ai vu les problèmes avec les supporters du Standard, j'ai vu les hommes politiques se réunir et essayer de trouver des solutions. Nous, on nous laisse vraiment dans l'indifférence. Dites-moi quel club en D1 joue dans un demi-stade ?".

20 millions d'euros seraient nécessaires pour achever le Tondreau mais Domenico Leone est persuadé que 15 millions suffiraient.

"Je pointe du doigt l'équipe sportive entière"

Enfin, en ce qui concerne les problèmes sportifs actuels de Mons, Domenico Leone pointe du doigt des erreurs collectives et rappelle la manière de fonctionner au sein de l'actuelle lanterne rouge de la compétition.

"On travaille de la même façon depuis 5 ans et depuis l'arrivée de Dimitri M'Buyu. On travaille avec le staff sportif, avec Monsieur Lommers, mon fils Romain et moi-même. Le sportif demande ce qu'il veut et propose certains joueurs et nous, on essaye d'amener les joueurs que le sportif demande. cette année-ci, on a fait la réunion avec Enzo Scifo. Il voulait un attaquant, un back droit et un flanc gauche. Sa priorité était Mokulu. Ce dernier a signé un contrat de 4 ans à Mons. Au moment où obtient un accord avec Lokeren, il veut renégocier son contrat. On n'était plus d'accord à ce moment-là. On avait un plan B qui consistait à prendre Arbeitman avec N'for. On s'est mis d'accord avec La Gantoise pour Arbeitman. N'for, on l'a contacté et il est venu par politesse à Mons mais il voulait partir à l'étranger. Le seul joueur que j'ai imposé, c'est Soumah".

A la question de savoir si Enzo Scifo est coupable, le Président montois répond ironiquement : "Je pense que quand un entraîneur gagne, c'est lui le meilleur et quand un club perd, c'est la direction qui est mauvaise. A Mons, tous les transferts ont été faits en accord et en symbiose avec le staff sportif. Les joueurs qui sont à Mons, ce sont ceux qu'il a demandés. Autre exemple, on avait signé Chanot pour 3 ans. Le staff est allé le visionner et a trouvé qu'il n'était pas suffisant. Finalement, le lendemain, on a transféré Grégory Lorenzi. Je pointe du doigt l'équipe sportive entière".

Et de conclure avec le cas Beleck, avant-centre annoncé comme redoutable mais qui ne s'est finalement jamais imposé.

"On a refusé Coulibaly et Veselinovic, Enzo Scifo a alors appelé Cartier et Walem pour Beleck. Les échos étaient positifs. Il avait été transféré à Udinese pour 1.8000.000 euros. On ne pouvait pas mettre d'option sur le joueur. C'est finalement un transfert raté. J'ai tout de suite vu que ce n'est pas un joueur de D1 mais on a fait confiance à toutes les remarques positives. En décembre, j'ai dit qu'il devait partir".

Mons prépare à présent les PO III. Son avenir aussi bien sportif qu'extra-sportif reste flou...

G.Bayet

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