Kompany, Vandenhaute, le mauve et le cuir

Erik Libois et Wouter Vandenhaute
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Erik Libois et Wouter Vandenhaute - © RTBF - Belga

Le foot est un bien étrange animal : premier sport-spectacle du monde, il charrie des milliards de dollars, d’euros, de yens et de dirhams. Mais il reste fidèle à sa propre logique : celle d’un truc improbable où la raison des chiffres se fracasse souvent sur une bête barre transversale, celle d’un algorithme d’ingénieur trop simpliste pour prévoir ce contre heureux se muant en but décisif.

C’est sans doute ce constat-là qu’accepte enfin de faire Marc Coucke, énième homme d’affaires à succès contraint de reconnaître les faiblesses de son pif… face à un ballon capricieux.

En rachetant le Sporting d’Anderlecht fin 2017, le milliardaire gantois croyait décrocher la lune, réduite à un vulgaire joujou de parc d’attractions – fût-il Pairi Daiza. En faisant table rase du passé, Marc Coucke a cru lancer une dynamique du succès, nourrie de modèles marketing, de vernis VIP, de catering saucé, tout cela nappé de chansons flahutes ou tweets roses-bonbons.

Après avoir viré tout le personnel, changé le nom du stade, imposé des pieds carrés et presque repeint la couleur de la pelouse, le propriétaire mauve s’est peut-être demandé si l’erreur de casting ne se reflétait pas… dans son propre miroir.  À Ostende, Coucke faisait les transferts et se mêlait de la compo. Mais ce qui se trame à la Côte passe mal dans une multinationale pavée de mauve. Même en perte de vitesse.

Rêves petits

Le foot aux footeux, les finances aux financiers, et les moutons seront bien gardés : c’est le modèle des plus grands clubs du monde. C’est le modèle que retrouve aujourd’hui, modestement, Saint-Guidon.

Depuis tout petit, Vincent Kompany a le cœur mauve : Pep Guardiola lui propose de faire T2 à City ? Non, Vince The Prince préfère Neerpede, ses copains-kets, les souvenirs de son enfance… et le rêve de les faire revivre.

Tout petit, Wouter Vandenhaute collectionnait les Panini de Robby Rensenbrink et Swatje Vander Elst. Tout petit, il rêvait de présider un jour Anderlecht. " Avant la fin de ma carrière, je veux diriger un club " répétait-il souvent en privé. Et ce club serait, forcément, le Sporting.

Petit, Marc Coucke ne rêvait… pas de diriger Anderlecht. C’est toute la différence entre lui et Vandenhaute. Peu importe aujourd’hui si ce dernier a des activités parallèles d’agent, peu importe s’il est multimillionnaire en euros : qui dit foot moderne, dit aussi big money… et zones grises. C’est ainsi.

Bien entouré

Ce qui compte ici, où il est question de redonner un souffle à un (ex-?)grand nom du foot belge, c’est que ce type, ce Vandenhaute donc, respire le sport, bouffe du foot... et suinte Anderlecht. Et en donnant les clés sportives à Kompany, VDH ne fait que prolonger le modèle qui a fait son succès dans les médias : s’entourer des meilleurs talents de la place, donner un terrain d’expression aux idées… souvent audacieuses d'ailleurs – ses émissions télé décapantes l’ont prouvé. En gros : " Amène les idées, je fournis le pèze pour les mettre en scène. Et si ça marche, on va tous bien s'amuser ".

Vandenhaute est malin et patient : il tisse sa toile et attend son heure. C’est un entrepreneur, il aime l’argent… mais il kiffe aussi le talent. Et il sait surtout que, sans contenu, une coquille vide ne prospérera jamais. D’où sa qualité pour bien s’entourer… et tirer les ficelles, tout en mettant les autres en vitrine.

Duos de légende

Se voulant patron dans la lumière, Marc Coucke s’est sans doute noyé dans son propre ego et fait aujourd’hui le virage de la modestie. Ce risque-là pend peu au nez de Vandenhaute qui, ayant échoué comme candidat-acquéreur mauve en 2017, a réussi le tour de force de frayer avec Paul Gheysels… avant de séduire un de ses pires ennemis, Marc Coucke… Vous avez dit triple axel piqué ? Avec les compliments du jury.

En plus d’être habile, Vandenhaute connaît bien l’Histoire… surtout celle de son Sporting chéri. Au parc Astrid, toutes les grandes heures furent écrites par de fameux tandems : il y eu le duo Albert-Roosens-Eugène Steppé dans les années 60-70, il y eut le tandem Constant Vanden Stock-Michel Verschueren pour les Eighties. Des duos qui alliaient la vision entrepreneuriale et le flair du foot. Le respect de la tradition et l'odeur du cuir. Le style-maison et le sang mauve.

Kompany pour le talent et la brillance, Vandenhaute pour fournir les munitions. Cela devrait parler au supporter mauve.