Laurent Depoitre : "Marquer contre Manchester, on ne réalise pas tout de suite…"

Laurent Depoitre avec Erik Libois
Laurent Depoitre avec Erik Libois - © RTBF.be

The Beast is back, " la Bête est de retour " : c’est sur ce tweet que Gand avait annoncé en août la signature de Laurent Depoitre, 3 ans après avoir quitté la Ghelamco Arena pour l’étranger. Le chouchou gantois évoque les défenseurs de Premier League, Sven Kums, l’influence des agents, Kevin De Bruyne, l’ambiance d’un vestiaire et la MLS. Mais aussi ses buts contre Manchester et Chelsea, Héctor Herrera, le projet Kompany, la méritocratie et Jonathan David. Et bien sûr le prochain Euro… Laurent Depoitre passe " Sur le Gril ".

Il n’avait plus joué la moindre minute depuis février, mais dès son retour en Buffalo, il s’est remis à tourner : Laurent Depoitre a déjà marqué 5 buts (2 en championnat, 3 en Europe) et malgré ses déboires à l’étranger (une saison à Porto, deux à Huddersfield avec la relégation au bout…), il semble épaissi d’une solide dose de rendement.

Ce n’est pas à moi de dire si je suis meilleur qu’il y a 3 ans, mais c’est sûr que j’ai gagné en expérience " explique le natif de Tournai. " J’ai affronté des défenseurs de grande qualité, plus costauds, plus roublards, et j’ai élargi mon bagage. Ce sont des petits détails dans les duels et les contrôles de balle qui font la différence, j’ai appris des petits trucs pour tenir mon garde du corps à distance. Les matches en Premier League sont à haute intensité, mais pour le reste en semaine, le quotidien est identique : les joueurs se prennent en charge, la vie de vestiaire est semblable, les méthodes d’entraînement aussi car notre coach à Huddersfield était allemand, et son style se rapprochait plus de ce que je connaissais plutôt que de méthodes anglaises. "

" Pas toujours le meilleur qui joue… "

Parti pour 8 millions d’euros à Porto après le titre gantois suivi de l’épopée en Champions League, Depoitre n’a sans doute pas pleinement goûté l’ivresse à l’étranger. Titulaire la première saison à Huddersfield après son échec à Porto, il s’est retrouvé sur le banc la seconde avant que le club ne bascule à l’étage inférieur.

Je voulais retrouver le plaisir du terrain et un environnement de confiance. Mais je ne suis pas amer : c’était mon rêve de gosse de jouer en Angleterre et je l’ai réalisé, j’ai aussi marqué le but de la victoire contre Manchester United, puis celui du maintien à Chelsea. Sur le moment, on ne se rend pas vraiment compte de ce qui se passe, c’est après que j’ai réalisé. Même si la joie de marquer est toujours aussi grande, je ne suis pas celui qui enlève son maillot et fait trois fois le tour du terrain. J’intériorise beaucoup, c’est lié à mon caractère, mais je peux vous dire qu’à l’intérieur ça bout ! Sur le terrain, mon calme me permet sans doute d’être froid face au but. Mais dans la vie quotidienne, je peux aussi m’énerver très fort ! " (rires)

Champion 2015 avec les Buffalos, puis partie à l’épopée de Champions League, Laurent Depoitre retrouve aujourd’hui à Gand quelques cadres qui ont fait le succès du club.

Ça fait du bien de revoir des amis comme Dejaeghere, Kums ou Asare, ce qu’on a vécu ensemble nous a soudés. Et quand je vois Sven à l’entraînement, il n’a rien perdu de ses qualités de Soulier d’Or. Il sent qu’on lui fait confiance ici, le reste est une question de temps et de sensations. Hein Vanhaezebrouck ? Non, je n’ai plus de contact avec lui, je le vois à la télé ! (rires) Mais c’est clairement lui qui a fait de moi ce que je suis : il m’a donné ma chance et m’a fait progresser, recevoir la confiance d’un coach peut tout changer. Je l’ai vécu à Porto, où certains devaient toujours jouer pour des raisons extra-sportives… ce qui défavorisait les autres. En foot, ce n’est pas toujours le meilleur qui joue: c’est comme ça… et tout le monde le sait. "

" Individuellement plus forts que lors du titre… "

Outre l'arrivée de Depoitre, La Gantoise est sortie renforcée du mercato : après la saison dernière marquée par une défaite amère en finale de la Coupe, une qualification in extremis pour les Play-Offs 1 et un ticket européen obtenu par la grâce de la condamnation malinoise, les Buffalos ont reçu mandat de faire mieux.

La génération championne de 2015 se connaissait par cœur : on était fort collectivement, le système était bien huilé, les automatismes était solides. Mais je vois davantage de qualités individuelles dans l’équipe actuelle : Jonathan David m’impressionne particulièrement, à 19 ans il est facile au ballon, rapide et réaliste face au but, il jouera beaucoup plus haut que Gand ! L’équipe a déjà montré de belles choses, mais si la mayonnaise prend vraiment, on sera plus fort que lors du titre de 2015 ! On se fixe le top 3… pour commencer, mais si on évite les blessures, on peut chercher quelque chose en fin de saison ! Mais je trouve que le championnat a progressé : les équipes de milieu de tableau ont élevé leur niveau, je m’attends à un championnat très disputé. Quant à moi, je suis proche de mon meilleur niveau, vous pouvez courir la semaine, mais rien ne vaut le rythme d’un match. "

"Kompany? C'est dangereux..."

Cité aussi à Bruges et à Anderlecht cet été (" Je n’ai pas eu de contact avec Anderlecht… du moins ce mercato "), Depoitre dépose un regard curieux sur le projet mené par Vincent Kompany au Sporting. " J’ai côtoyé Vincent en équipe nationale, c’est un bon gars doublé d’un très bon capitaine, il est très fort pour motiver ses troupes. Mais je trouve spécial qu’il endosse une double casquette de joueur et de coach : je n’ai jamais vu une formule pareille  ailleurs et cela peut créer des ambigüités, voire des conflits parmi les joueurs. L’abondance de jeunes est aussi un pari risqué, il faut trouver un équilibre. C’est un beau projet sur papier… mais je demande à voir. "

Lundi, Laurent Depoitre était comme tant de Belges devant son petit écran pour assister au récital KDB en Ecosse. " De Bruyne est vraiment un joueur exceptionnel, je l’ai côtoyé à l’entraînement il enchaîne des gestes incroyables. La Belgique a bien de la chance d’avoir des joueurs comme lui et Hazard. Eden est capable de réaliser des dribbles à grande vitesse et sa couverture de balle est inégalable. Kevin est plus un joueur d’intervalles capable de servir des caviars. Je ne veux pas choisir entre les deux mais comme attaquant inscrit dans le collectif, je préfère peut-être jouer avec un Kevin capable de rendre les autres meilleurs qu’un Eden qui peut gagner un match à lui tout seul. "

Oui, je pense toujours aux Diables… "

Revenu en Belgique pour se relancer (" Mais l’Euro dans un an n’a joué aucun rôle dans ma décision, je voulais juste retrouver un contexte favorable pour rejouer "), Depoitre n’a pas totalement écarté l’idée de redevenir un jour Diable Rouge. Il exhibe à ce jour une seule sélection, griffée d’un but à Andorre.

Si je fais une très bonne saison avec Gand, j’ai peut-être mes chances… mais je vois bien que le sélectionneur teste des jeunes et que mon âge (NDLA : 31 ans en décembre) ne plaide pas pour moi. Mais j’y crois. Et je suis convaincu que les Diables peuvent gagner l’Euro. Regardez la Coupe du Monde : tout est affaire de détails, mais les qualités sont présentes dans le groupe Belgique. Et la mentalité de la gagne aussi : on a vu cet esprit de groupe en Russie. Gagner l’Euro ou être champion avec Gand ? Je nous donne plus de chances de gagner l’Euro même si je préfère fêter le titre avec Gand … sauf si je suis sélectionné pour l’Euro ! " (rires)

Son expérience en Angleterre et au Portugal (" A Porto, j’ai côtoyé Héctor Herrera, c’est le meilleur joueur avec qui j’ai joué : facile au ballon, frappe, vista, le Mexicain aujourd’hui à l’Atletico Madrid a vraiment tout ") n’a pas refroidi le Tournaisien : il est prêt à refaire son baluchon. " Je ne me projette pas dans l’avenir, je savoure l’instant présent, je vis au jour le jour, je n’aime pas trop me dire que la fin de carrière approche. Je suis ouvert à une nouvelle aventure, en fonction du projet je n’exclus rien, même pas la Chine ou le Qatar. J’ai toujours aimé les voyages et découvrir d’autres cultures : je suis attiré par la MLS même si ce n’est pas le plus grand football, j’aime la vie à l’américaine, j’ai déjà voyagé aux States, tout est plus grand, la mentalité, j’aimerais y habiter un jour. On verra. "

Je re-visionne mes buts pour me donner confiance… "

Car plus que le chemin à venir, il contemple le chemin parcouru. Et il n’en est pas peu fier. " Quand j’étais en D3 à Alost, je rêvais de jouer en Angleterre… et j’y suis arrivé. En y croyant, on arrive à tout. Bosser, c’est se donner les chances de réussir, je crois assez fort au mérite. J’ai connu pas mal de joueurs bien plus doués que moi, qui ont laissé tomber les bras. Travailler n’est pas une garantie de succès mais c’est un critère important car il permet de ne pas avoir de regrets. Il faut croire en soi et avoir confiance. "

Et pour un attaquant, le meilleur moyen est d’encore enfiler les perles. " Je ne me suis jamais fixé d’objectif en nombre de buts, je veux juste faire mieux. Mes deux première saisons à Gand, j’ai marqué 13 et 14 buts… ou 14 et 15, je ne sais plus (sourire). Je n’ai jamais été un homme de statistiques ou d’analyses… même si je re-visionne parfois mes buts pour me donner confiance. Le plus beau goal que j’ai marqué ? Je ne sais pas… et je m’en fiche : ce qui m’importe, c'est de marquer des buts importants. Car au final, un but reste un but : joli ou pas, c’est son poids qui compte. "

Qui a dit que Lolo était un homme du concret ?

 

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 19h35, le samedi soir à 22h10 et le dimanche à 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

 

 

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