L'Union Saint-Gilloise était l'Anderlecht de l'avant-Guerre

L'Union Saint-Gilloise était l'Anderlecht de l'avant-Guerre
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L'Union Saint-Gilloise était l'Anderlecht de l'avant-Guerre - © Source : Union1897-les archives

On vous parle d’un temps que les moins de 20… euh 30… euh 40… euh 50 ans ne peuvent pas connaître. Or donc, oui : l’Union St-Gilloise fut un temps le meilleur club de Belgique et collectionnait des titres bien plus clinquants que celui qu’elle s’apprête à gratter ce samedi (en D1B, si elle s'impose face au RWDM). L’Union 60 ? La Coupe des Villes de Foire ? La Nuit de l’Union ? Suivez le guide : voici L’Union pour les Nuls. Ou du moins pour les plus jeunes...

Si l’Union St-Gilloise fait aujourd’hui partie des plus vénérables Vieilles Dames du foot belge, le club jaune et bleu est à sa naissance, le 1er novembre 1897, synonyme de jeunesse iconoclaste. Le Matricule 10 est l’initiative d’une bande de jeunes blancs-becs… dont l’ainé accuse juste 19 ans. Ces ados-là tapent la balle, apparemment avec talent, sur les cailloux d’un terrain vague de Saint-Gilles… où sera édifiée plus tard la Maison Communale.

Le Far West à Bruxelles

Ce sont les gavroches locaux, issus du ruisseau, qui garderont les premières saisons ce style engagé et brutal qui les fera traiter de " moins que rien " par les clubs concurrents, pour la plupart fondés par des expat britanniques élevés au beau geste classieux.

L’Union joue alors… en noir et blanc, couleurs héritées du meilleur club du moment le Racing de Bruxelles : un employé du RCB avait refilé aux Unionistes désargentés quelques maillots, shorts et ballons usagés... Un an plus tard, les Saint-Gillois passent au jaune et au bleu, couleur officielle de la Commune de Saint-Gilles.


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On les appelle alors les Apaches, comme ces bandes de vauriens semant le trouble dans les rues de Paris. C’est peut-être eux qu’évoque Madame Chapeau dans Bossemans et Coppenolle, vaudeville mythique évoquant la rivalité Union-Daring, en parlant des " crapuleux de ma strotje (qui m'ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux !) " Allez savoir…

Luigi, l’œuf… et le " Poupoule "

L’Union s’installe très vite comme club le plus performant du nouveau championnat : de 1904 (premier sacre) à 1914 (interruption suite à la Grande Guerre), les Apaches vont rafler 7 des 11 titres mis en jeu. Les héros du moment ont pour nom Gustave Vanderstappen (premier capitaine et buteur, épaulé par ses deux frères, Joseph le gardien et Charles l’ailier) et Edgard Poelmans dit… Poupoule. Lequel Poupoule avait quitté sans rien dire l’Olympia CB, club forestois voisin, pour l’Union et ne troqua son nouveau maillot… qu’en montant sur la pelouse à son premier match. Seuls ses équipiers étaient dans le secret du transfert !
 

Mais la grande vedette alors s’appelle Louis Van Hege : après 3 saisons à l’Union, Luigi file… à l’AC Milan, où le Président Pirelli (les pneumatiques et le calendrier, oui, oui…) lui fait un pont d’or. Il Bomber da leggenda, que les supporters rossoneri surnomment aussi Pallido saettante (" Tonnerre pâle ") en référence à son démarrage… et à son teint blafard, va planter 98 goals en cinq saisons sous la tunique rouge et noire, avant de revenir à l’Union après la Guerre. La Juventus lui doit toujours la pire défaite de son Histoire : 8-1 en 1912… dont cinq crevettes signées Luigi. Qui fera aussi partie de l’équipe belge couronnée d’or aux JO d’Anvers de 1920.

Le gus marqua tant les tifosi qu’un moment, la Coupe d’Italie fut rebaptisée Coppa Luigi Van Hege ! Star avant l’heure du professionnalisme, le buteur occupait un bureau de cadre chez son patron Pirelli la semaine : y dessinait-il ses buts du week-end suivant… ou y accueillait-il ses midinettes, futures modèles du célèbre calendrier ? C’était l’époque bénie de l’amateurisme marron. Tête de gondole du club milanais, Van Hege était l’argument pour booster les enchères lors des invitations pour matches amicaux. 

À la recherche d’un stade…

Il y eut longtemps le chemin de croix du FC Liège. Mais l’Union dut aussi errer, avant de trouver son port d’attache. Aux origines, les futurs Apaches tapotent donc le cuir dans la boue et la poussière de la Plaine du Sud, près de la Barrière de St-Gilles… dont ils sont délogés puisqu’on y construit l’Hôtel Communal.

Grâce à un propriétaire sympathique, ils trouvent refuge sur un terrain jouxtant l’ex-Vélodrome d’Uccle (Bois de la Cambre), où arrivaient les premiers Paris-Bruxelles. Chaque année fournira son coup du sort : l’Union déménage sur le futur site de l’Hôpital Molière… dont le chantier va débuter. Re-belote un an plus tard, malgré la Promotion du club en D1 : les Jaune et Bleu jouent sur une sablonnière bientôt transformée en carrière pour la Société des Tramways.

C’est enfin, en 1909, le grand déménagement pour Forest, terme d’un parcours du combattant et du pèlerin réunis : dix ans d’abord sur le site du futur complexe des jeunes (avec tribune de 2.000 places quand même, le stade réputé le plus confort de l’époque), avant l’arrivée au Parc Duden, quelques centaines de mètres plus loin. Nous sommes en 1919 : construit sur un terrain… de la Donation Royale, le stade offre une capacité de 25.000 places et sera rénové dès 1926. Pour l’inauguration du Stade Joseph Mariën (du nom du Président unioniste), le Milan AC vient concéder la défaite (3-2) : revenu à ses amours bruxelloises, Luigi joue le fayot à ses ex-équipiers.

Ce sera aussi le premier stade belge doté d’éclairage artificiel. Plus tard, contre Liège en 1952, l’Union sera aussi le premier club belge à jouer " à bureaux fermés ". Non pas à huis clos comme aujourd’hui… mais bien car tous les tickets du match s’étaient arrachés tels de vulgaires smoutebollen (beignets en bruxellois).

Particularité du stade : les vestiaires sont situés en bordure de parc. Et pour le kick-off, les joueurs descendent le grand escalier de la tribune… au milieu des spectateurs. Les fresques de la magnifique façade art déco, monument classé au Patrimoine bruxellois, témoignent de ces jeux de balle désuets mais si charmants.

L’Union 60…

Onze fois champion, l’Union est le 3e club belge le plus titré, derrière Anderlecht (34) et le FC Bruges (16). Car oui : le Standard plafonne toujours à 10… Champion quatre fois de 1904 à 1907 (et 6 fois en 7 ans…), l’Union a surtout marqué les mémoires par son triplé 1933-34-35, coïncidant avec ces 60 matches sans défaite, base de la légende de l’Union 60.

À l’époque, le foot se joue déjà à onze… mais pas question de procéder à des remplacements en cours de match, même en cas de blessure ! " Il fallait être mort pour ne pas jouer ! " disait toujours l’ineffable Jacques Bastin, le dernier survivant (aujourd’hui décédé) de la vaillante équipe. Pas question de polyvalence, c’est alors un foot de spécialistes : chaque joueur joue toujours au même poste, ce qui favorise les automatismes. Plus tard, le grand Ajax, avec ses jeunes joueurs formatés pour être ailiers, n’inventera rien de neuf…

La série de 60 matches, étalée sur 25 mois, est donc bouclée… avec un noyau de 19 joueurs : deux Unionistes bouclent les 60 matches, trois autres 59… et les 14 autres grattent au pire 56 joutes ! Un peu comme le Standard de Raymond Goethals, champion en 1983 en ayant fait tourner 15 joueurs !

Sur le banc trône un coach déjà légendaire : l’Anglais Charles Griffiths, qui avait conduit les Jaune et Bleu au titre de 1923, est rappelé car le club flirte dangereusement avec les bas-fonds. That’s a bingo ! L’Union aligne trois titres de champion… qui seront aussi ses derniers. Griffiths venait du rugby et était piètre footballeur, mais il préparait ses joueurs à base de gymnastique suédoise et de course de fond britannique. Il sera aussi le premier entraîneur professionnel du Bayern Munich !    

… et sa Patate

La série glorieuse des 60 matches débute le 8 janvier 1933, par un partage 2-2 face au Liersche (sic). Mais les bases sont posées 8 jours plus tôt : après la sèche défaite au Beerschot (4-1), le capitaine Jules Pappaert (surnom… Pataat, tant la frappe du défenseur central était lourde) proclame au vestiaire que " désormais, l’Union ne subira plus de revers ! " Pari tenu jusqu’au 10 février 1935 quand l’Union, privée de deux pions de bases, perd au Daring, l’ennemi juré (2-0).

C’est la rivalité séculaire de deux quartiers historiques : Molenbeek face aux Marolles, la promesse chaque année de derbies acharnés, couteau entre les dents… mais nappés de folklore sympatoche, arrosé de gueuze et d’accents de zwanze. Les supporters vainqueurs baladent le vaincu… dans un corbillard dans les rues de la ville, avec fond de marche funèbre jouée par la fanfare. Le tout  transposé sur les planches dans Bossemans et Coppenolle… dont les auteurs ont écrit plusieurs versions jusqu’à imaginer Bossemans et Coppenolle à Hollywood !

Jusqu’à la défaite fatale, les Unionistes ont aligné les branlées : 7-0 infligé au Racing Gand, 8-3 contre le Standard, 7-1 face à Malines, 0-6 à Tilleur, 1-10 au Racing ou encore 10-3 face au White Star. Mais en tremblant par moments : une victoire 3-4 au Cercle après avoir été mené 3-0 à la pause… et un succès de justesse 5-3 contre Berchem, grâce à un quadruplé du buteur de service, Swat Vanden Eynde.

Au final, Jules Pappaert avait donc vu juste : Pataat donnera son nom, dès 1953, à un Trophée de la régularité pour les équipes alignant les matches sans défaite. Après cette série, l’Union fut invitée dans le monde entier, lors de tournées homériques par bateau.

Le lent déclin d’après-guerre

Après la Guerre 40-45, c’est le lent déclin, marqué par une première bascule en D2 en 1949. L’Union est un club florissant, fréquenté par les grands chefs d’entreprise mais qui, engoncé dans ses succès passés, enchaîne les mauvaises décisions… Pendant qu’un peu plus à l’Ouest, à Anderlecht, émerge lentement le bientôt géant du foot belge…

Mais tel l’agonisant dans son calvaire, l’Union va vivre plusieurs soubresauts. Notamment en participant à la création, en 1955, de la Coupe des Villes de Foire, la grande sœur de la Coupe UEFA. Cette Coupe d’Europe tourne par invitations et veut promouvoir les capitales des grandes foires commerciales. Anderlecht ayant décliné, l’Union représente Bruxelles durant 5 éditions, atteignant deux fois les demi-finales… et perdant quatre fois face au futur vainqueur.

C’est l’ère des lampions, le Bruxelles brusselant de Jacques Brel : l’Union pratique un jeu attractif, emmenée par Paul Van den Berg, son élégant 10 pour qui le foot était synonyme de beau geste bien plus que de tacle défensif… Van den Berg qualifiera l’Union face à l’AS Roma et restera fidèle au club malgré la bascule en D2… mais le quittera aussi en brouille avec un coach dont la philosophie de jeu lui semblait trop peu esthétique. VDB rebondira au Standard et à Anderlecht, son Union a amorcé sa courbe plongeante…

Dirigeants, querelles et délires…

L’Union hoquète et végète : une fusion est même envisagée en 1965… avec l’ennemi juré du Daring, mais une collecte de supporters évite de justesse le sacrilège suprême ! La fameuse Nuit de l’Union, soirée-cabaret mêlant zwanze, gueuze, slows sirupeux, flirts suintants et boustifailles, est relancée pour refinancer le club… et jouera ses flonflons jusqu’aux années 90. Se souvenant de son passé de Scolaire en Jaune et Bleu, le Premier Ministre Paul Vanden Boeynants, devenu milliardaire comme grossiste-boucher, puise dans sa cassette perso pour combler quelques trous.

En mai 68, non loin des barricades étudiantes, pour le (dernier…) retour en D1, le comité du club annonce pour 1972, 75e anniversaire de l’Union, le retour en Coupe d’Europe. Manque de bol, ce sera surtout en 1973… l’adieu définitif à la D1 ! L’Union a (encore…) loupé le coche : quelques temps plus tôt, un certain Constant Vanden Stock (ex-joueur de l’Union) s’est proposé comme investisseur… mais le boss du moment, le roi de l’électro-ménager Charles Vanden Borre, a décliné. En guise de frigidaire, l’Union passera au frigo-box des séries inférieures.

Le dénommé Ghislain Bayet tente un dernier coup au milieu des années 70. Ce magnat de l’immobilier monte une équipe professionnelle… en D3, coachée par Georges Heylens avec flopée de vieilles gloires mauves, telles le gardien Leen Barth, Eddy De Bolle et André De Nul, ainsi que l’Allemand Harald Nickel (meilleur buteur de D1 avec le Standard 3 ans plus tard) et le Diable Rouge Jan Verheyen (le père de Gert)… que Raymond Goethals continuera à appeler en Sélection malgré la D3 ! Un coup dans l’eau : les joueurs ne sont plus payés, car le mécène Bayet a découvert les embrouilles du foot. L’homme voulait bâtir une piscine sous le Parc Duden… et se retrouva avec une équipe qui fit la bascule, victime de matches bidouillés où trempa La Louvière.

L’Union va plonger jusqu’en Promotions, avec de sémillantes visites à Humbeek, Mormont, Wetteren, Zele et Leopoldsburg. Douceur poétique de la Province…

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