Kevin Mirallas : "Si je marque à Sclessin, oui, je célébrerai…"

Juste avant Steven Defour, c’est l’avant-dernière pioche de Lucien D’Onofrio pour cet Antwerp qui renaît. Revenu de son tour d’Europe, il s’exprime sur les chances anversoises de titre, Mbokani, l’entraînement invisible, Aurelio Vidmar, ses 44 buts marqués chez les jeunes et un maillot échangé avec CR7. Mais aussi sur son agent Christophe Henrotay (actuellement incarcéré), Instagram, son côté crapule, le VAR, Kompany et les gardiens fluos. Et forcément le Standard. Kevin Mirallas passe " Sur le Gril ".

Il n’a pas changé. Toujours ce visage poupon et ce phrasé frais. Mais dans un mois, il fêtera déjà ses 32 ans. Kevin Mirallas a attendu cet âge vénérable pour découvrir notre championnat. Lui qui, dès l’âge de 15 ans, mit le cap sur le LOSC… où il allait côtoyer un certain Eden Hazard.

C’est vrai que ça fait bizarre, je ne connais rien des joueurs que j’affronte chaque week-end même si j’ai suivi de près les Play-Offs la saison passée " explique le Liégeois. " Et ces matches contre des pseudo-petites équipes comme Courtrai ou le Cercle sont sans doute les plus difficiles car ces adversaires jouent avec un bloc bas et vous abandonnent le ballon. Et surtout : votre défenseur est fier à la fin s’il n’a pas souvent laissé passer Mirallas… "

Cité chaque année au Standard, il a mis donc le cap sur la Métropole anversoise plutôt que sur sa Principauté natale. Un transfert déjà longtemps dans le pipe-line

L’Antwerp me suit depuis mai : j’ai aussi discuté avec Bruges et Anderlecht, mais Everton demandait beaucoup d’argent (NDLA : 8 millions d’euros) pour me libérer de ma dernière année de contrat. Fidèle à son habitude, Lucien D’Onofrio a attendu le tout dernier jour, que le prix chute, mais avant cela, il m’appelait chaque jour et j’ai vraiment senti un vrai désir de me faire venir. Du coup, il m’a eu gratuitement… On a vraiment une équipe du top : je ne sais pas si on peut jouer le titre, mais on veut faire mieux que l’an passé… donc on ne sera pas loin (sourire). Combien de chances d’être champion ? Joker... Le Standard champion, et nous deuxième ? Ça non, ça ne me va pas, je choisis l’inverse ! "

Le Standard m’a bloqué sur Instagram

Car qui dit Mirallas, pense forcément Standard. Un club où il a fait toute sa formation et dont il fréquente les tribunes depuis tout petit.

J’allais voir tous les matches avec mon papa : j’étais fan d’Aurelio Vidmar et le week-end, je plongeais comme lui après chaque but que je marquais… mais nos terrains étaient moins bons, donc je me faisais mal (rires). Ma dernière saison avant de partir au LOSC, j’ai marqué 44 buts, c’est mon record. Je me souviens qu’à mon tout premier match, j’avais marqué quatre fois… mais mon fils m’a déjà dépassé : il a en a marqué cinq ! (rires) Le lien est resté fort avec le Standard : je communique avec les supporters sur les réseaux sociaux. Mais si je marque à Sclessin, désolé : je célèbrerai mon but car je ne dois rien au Standard et je bosse pour l’Antwerp ! D’ailleurs, j’ai remarqué que le Standard s’est désaffilié de mon compte Instagram : à mon avis, ils râlent que j’ai signé ici (rires). Et tant pis si le stade me hue ce jour-là. D’ailleurs le match à Sclessin, c’est le lendemain de mon anniversaire… "

Ayant très peu joué ces derniers mois à la Fiorentina où il était en prêt d’Everton, Kevin Mirallas a dû forcément rattraper le temps… et le volume perdus.

Je suis proche de mon meilleur niveau, j’ai mis la gomme pour revenir. À mon âge, je récupère plus difficilement des matches, d’autant que vu mon poste d’attaquant, je prends pas mal de coups. D’où l’importance de ce qu’on appelle l’entraînement invisible : la récupération, le repos et la prévention via des assouplissements avant les séances et de l’étirement ensuite. Je ne suis pas le plus vieux du vestiaire mais je suis capable de prodiguer des conseils aux plus jeunes… quand ils les acceptent. Les jeunes sont plus sûrs d’eux qu’à mon époque : moi, j’ai toujours fréquenté les plus anciens pour apprendre plus vite. "

Mbokani ? Logique qu’il s’appelle Dieu…

Et l’Antwerp regorge de joueurs à gros bagage… et gros caractère. L’an passé, le chaudron avait régulièrement débordé, avec notamment des rixes entre Lamkel Zé, Van Damme et Bolat.

Et pourtant, c’est un vestiaire qui vit bien avec ce mélange de cultures et de générations. Laszlo Bölöni est plus soft qu’avant, mais sa vision tactique reste claire : même à mon âge j’apprends encore et quand on constate que les coulissements demandés par le coach portent leurs fruits au marquoir, c’est que le coach a forcément raison. Quand je suis arrivé ici, on m’a dit que Dieumerci Mbokani était toujours son chouchou, comme à leur époque commune au Standard. Mais il y a de quoi : Mbo est le meilleur attaquant de Belgique, il mérite bien de s’appeler Dieu (rires). S’il avait été au bout de sa motivation, il aurait eu une bien plus grande carrière… "

Derrière le phénomène Dieu, il y a son disciple : Didier Lamkel Zé, capable du meilleur sur le terrain… comme du pire au-dehors. L’Antwerp lui doit sans doute son élimination en Europaligue face à AZ, pour un stupide double carton jaune.

On dit souvent de Didier qu’il est fou, mais alors c’est pour les trucs qu’il fait sur le terrain : c’est un talent exceptionnel ! Il est jeune, il doit encore apprendre : on lui a pardonné son geste contre AZ, c’était dans l’émotion, on ne sait plus ce qu’on fait quand on marque. Moi-même, plus jeune, j’avais enlevé mon maillot après avoir marqué en début de match. Je peux vous dire que le reste de la partie, je n’étais pas bien à l’idée de prendre un 2e bristol... "

 Christophe Henrotay ? Tout ce qu’on dit sur lui me fait sourire…

Le visage se fait grave : la question suivante concerne son agent de toujours, Christophe Henrotay, arrêté et incarcéré à Monaco suite à l’enquête du juge Michel Claise sur des fraudes aux transferts.

Je n’ai aucun contact avec Christophe, car il est impossible, et même interdit, de le joindre. Je suis en contact avec sa famille, mais toute cette affaire me fait sourire. Je n’ai aucun doute concernant Christophe, on se connaît depuis plus de 15 ans : il s’est toujours occupé de moi et même pour des dossiers bien plus larges que le football. C’est la plus belle rencontre de ma carrière sportive et je suis convaincu que l’enquête prouvera qu’il n’a rien à se reprocher. Il y a un an, Mogi Bayat était l’ennemi public n°1 et aujourd’hui, il a repris ses activités normalement… "

Passé très jeune à Lille, parti ensuite à Saint-Etienne, Everton, l’Olympiakos et la Fiorentina, Mirallas sait ce que transfert veut dire…

Le football est un milieu bizarre truffé d’égoïstes. Ma famille et mes agents m’ont toujours bien protégé des gens louches : vous n’imaginez pas la pression qu’un gamin de 16 ans peut ressentir quand il est confronté à des sommes énormes et qu’il est seul pour devoir tout gérer. Trop d’argent dans le foot ? Là aussi, c’est un cliché : on critique les footballeurs, mais on ne parle pas des tennismen qui gagnent 10 fois ce que gagnent Messi ou Ronaldo. Ou encore des acteurs qui prennent 20 millions de cachet par film, ou des chanteurs qui prennent le pactole pour un tube, puis ne font plus rien… Ne parlons même pas de ces anonymes qui se baladent en Ferrari de 50 millions ou en yachts à 100 millions… "

Si j’étais défenseur, je serais une petite crapule…

Presque auteur de son premier but contre Anderlecht dimanche passé (" Ma tête est allée directement sur Van Crombrugge… qui était habillé en fluo jaune " – NDLA : des études prouvent que des points plus lumineux focalisent l’orientation des gestes-réflexes), Mirallas est resté un attaquant-né.

J’ai toujours le même plaisir à buter : même à l’entraînement, marquer m’obsède. Mais quand je défends dans les 4 contre 4, je ne laisse rien passer : c’est soit le ballon, soit l’homme… mais jamais les deux. Si j’étais défenseur, je serais une petite crapule (rires). D’ailleurs avec le VAR, il a fallu adapter sa conduite en match : plus question de se venger en douce quand on a reçu une semelle. " (rires)

Aujourd’hui, l’ex-chien fou s’est calmé : plus adulte, il se présente comme un bon père de famille.

Je prends exemple sur mon père, mon héros, qui a toujours tout fait pour nous alors que les rentrées d’argent étaient difficiles. Je lui ai promis un jour de lui rendre tout ça, et aujourd’hui ma famille est à l’abri. Le monde du foot est particulier : si mon fils veut s’y lancer je le soutiendrai, mais d’abord il doit bien travailler à l’école. Et s’il peut éviter ce que j’ai vécu, ça me va : on ne parle jamais des sacrifices, on passe à côté d’une partie de sa jeunesse, on ne connaît jamais l’anonymat, même au restaurant il y a des gens qui vous prennent en photo, il faut faire attention à tout à l’heure des réseaux sociaux. Mais aujourd’hui, je mène une vie tranquille et sobre. "

Si je marche avec l’Antwerp, on me rappellera chez les Diables

Revenu en Belgique pour raisons familiales, Mirallas se rapproche aussi du soleil fédéral : comme d’autres (ex-)Diables (Mignolet, Defour, Depoitre, Libombe) attirés par la perspective de l’Euro 2020, il n’a pas perdu espoir de convaincre Roberto Martinez, un an et demi après sa toute dernière sélection.

Je suis sûr que si je performe bien avec l’Antwerp, je serai rappelé chez les Diables. Tout est aujourd’hui aplani, et depuis longtemps d’ailleurs, avec Roberto Martinez : après la Coupe du Monde 2014, on avait eu quelques soucis à Everton. Je sortais de ma meilleure saison en Angleterre et j’avais l’occasion de signer à Tottenham et à l’Atletico Madrid. Mais c’était à mi-saison : le mercato de janvier est toujours particulier et Martinez n’avait pas voulu me laisser partir. C’est là que j’ai loupé le coche : je garde le sentiment de ne pas avoir exploité le maximum de ma carrière. Pour le reste, je suis satisfait de mes décisions, sauf peut-être à Saint-Etienne où je suis parti un peu vite à 20 ans. Ce sont des erreurs qui font mûrir. "

S’il s’appelait Pierre, Paul ou Jacques, Anderlecht aurait déjà viré son coach…

Ex-collectionneur de maillots (" Mon maillot fétiche, c’est celui reçu de Cristiano Ronaldo quand j’avais 18 ans lors d’un LOSC-Manchester United, il est dans une malle chez mon père… mais je ne sais pas ce que CR7 a fait du mien " sourit-il), Kevin Mirallas se prononce aussi sur le projet Kompany… avec qui il avait négocié au mois de juin d’une éventuelle signature en mauve.

On n’a parlé que du projet sportif, mais c’est vrai que cette double casquette de joueur-entraîneur est assez inédite. Le projet est intéressant, mais ça me ferait bizarre d’avoir un coach de quasiment mon âge… Cette équipe est trop jeune : il manque clairement 3 à 4 bons joueurs d’expérience pour garder le calme et gérer les choses comme on l’a fait, nous, lors du match dimanche passé à Bruxelles. Et c’est clair que le nom Kompany vous offre du temps : si le coach du Sporting s’appelait Pierre, Paul ou Jacques il aurait déjà été viré… "

Allô Marc Coucke ?

 

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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