Joris Kayembe : "Quand je vois mon parcours, je suis choqué…"

Joris Kayembe se livre au petit jeu du selfie
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Joris Kayembe se livre au petit jeu du selfie - © Tous droits réservés

C’est le styliste du flanc gauche carolo : appelé chez les Diables par Roberto Martinez, il évoque son copain Youri Tielemans, les agorespaces, Francis Amuzu, la tierce-propriété, Thierry Henry, les mots de Karim Belhocine, les ligaments croisés et Vahid Halilhodzic. Mais aussi Alphonso Davies, son goût pour le dribble, Ali Gholizadeh, le blason, Dorian Dessoleil, la défense à trois et Steven Defour. Mais surtout… le pundu. Joris Kayembe passe " Sur Le Gril ".

Il meuble le couloir gauche… et pourtant, il émarge aux dribleurs les plus récurrents de Pro-League. Auteur d’un début de campagne éclatant, avant de fléchir un peu à l’image de la meute zébrée, Joris Kayembe a profité de l’automne pour intégrer le groupe des Diables Rouges. Depuis les frères Brogno, le Sporting carolo n’avait plus eu l’honneur des écussons pour l’un de ses contractuels.

Me voir moi, chez les Diables, c’est vraiment un truc de fou… surtout quand je vois d’où je viens ! " commence Joris Kayembe. " A un moment donné, j’étais au plus bas… et aujourd’hui je vis mon rêve d’enfant : tout joueur voudrait être à ma place. Dorian Dessoleil ? Non, il n’est pas du tout jaloux… (Il grimace) Je ne regrette aucun de mes choix du passé : à refaire, je quitte toujours le Standard à 19 ans pour rejoindre Porto, car j’ai beaucoup appris là-bas, avec des joueurs et des coaches de qualité… Steven Defour et Eliaqim Mangala m’y ont pris sous leur aile, et Steven reste mon grand frère : lui aussi a vécu des choses dans sa vie, il me conseille encore, il me touche quand il me parle. Mais ensuite, tout ne s’est pas passé comme prévu, avec des blessures et des gens qui m’ont déçu… (Il marque un silence) J’ai toujours des rêves, mais aujourd’hui je ne me projette plus : dans une carrière de foot, tout peut vite changer… Ça ne sert à rien de tracer des plans. Où je vais en vacances en juin ? (Surpris, il ne percute pas tout de suite…) Je ne sais pas, c’est encore loin, et on ne sait pas encore si on pourra voyager… (On lui rappelle alors les dates de l’Euro…) Ah oui, c’est juste ! Euh… comme j’ai dit, je préfère ne pas me projeter… Mais même 23e chez les Diables, je prends ! Après tout ce que j’ai vécu… Choisir entre 23e des Diables et jouer les Play-Offs 1 avec Charleroi ? Je ne choisis pas, je prends les deux ! Je n’ai jamais joué les Play-offs, on m’a dit que c’était chaud ! "

" Le coach me laisse dribbler… tant que je ne mets pas l’équipe en danger "

Avec Charleroi, il traverse une saison de cycles : cycle fort avec un 18 sur 18 initial, cycle dur après l’élimination européenne… puis redressement fin 2020 avant une élimination cruelle en Coupe de Belgique à Gand.

C’est délicat, car les résultats sont moins bons… alors qu’on fait les mêmes efforts et qu’on se prépare comme avant. Le foot, parfois, ça tourne moins bien sans qu’on sache pourquoi. Moi, j’essaie de faire mes matches et de rester performant, mais c’est dur de se démarquer dans une équipe qui se cherche. Quand je suis sur un terrain, j’oublie tout le reste et j’essaie d’avancer : je gère plutôt bien le stress mais quand les résultats déclinent, on tente moins de choses pour éviter l’erreur fatale. L’amusement fait partie de mon jeu, j’aime jouer au ballon : le coach me laisse pas mal de liberté… sauf quand on est dans le dur. Sur les terrains de l’hiver, je joue plus de longs ballons aériens car ma technique n’est pas toujours applicable dans le jeu au sol. J’ai toujours aimé dribbler : j’ai appris ça dans la rue à Bruxelles et dans les agorespaces, et j’ai gardé ça quand je me suis inscrit en club. Après les entraînements, je retournais au parc pour m’exercer ! Mon geste préféré, c’est la feinte de corps : faire bouger mon corps sans toucher le cuir… et envoyer mon opposant de l’autre côté ! " (rire)

"Beaucoup de gens ont tenté de me décourager…"

Membre des Diablotins de longue date, dans la génération dorée des Tielemans, Musonda Jr, Malanda, Dendoncker, Castagne et Bongonda, Kayembe s’est retrouvé au Portugal avant même d’avoir pointé son nez en Pro-League belge. Acquis par Porto dans une transaction opaque avec tierce-propriété impliquant Luciano D’Onofrio, puis prêté à divers clubs portugais… et replacé à Nantes dans un échange avec… le coach Sergio Conceiçao, Kayembe a aussi enchaîné deux fractures du genou et perdu de précieuses saisons.

Quand je vois ma trajectoire, je suis choqué ! Plus personne ne croyait en moi… mais moi, j’y ai cru ! Je suis croyant, Dieu avait un plan pour moi ! Mais j’ai aussi beaucoup bossé pour revenir. Autour de moi, on m’a découragé (NDLA : il fait allusion à son ex-coach à Nantes, Vahid Halilhodzic, dont il ne citera jamais le nom, et qui le jugeait inapte au foot de haut niveau…) mais moi, j’étais focalisé sur mon avenir. Cet homme m’a bien cassé… et il aurait pu me détruire. Mais il m’a endurci car je voulais prouver que j’avais les qualités. Dans une  carrière, il faut de la réussite, croiser les bonnes personnes et se trouver dans le bon club au bon moment… Mais il faut d’abord se donner soi-même les moyens d’y arriver : savoir ce qu’on veut et tout faire pour le réaliser ! Quant au montage financier qui m’a amené à Porto, je n’étais au courant de rien ! Le foot est un monde où il est difficile de faire confiance : on y arrive avec des étoiles plein les yeux… puis on voit que des gens vous trahissent. Ces gens ne sont pas là pour votre bien… ou en tout cas ils pensent surtout à leur argent. Après, vous vous entourez de proches vraiment fidèles… et c’est le plus important. "

" Charleroi et moi, on a les mêmes valeurs… "

À 27 ans, il perce donc très tardivement dans un club carolo passé maître dans la relance d’espoirs déc(h)us.

Charleroi était le choix évident pour moi : proche de ma famille, de mes racines et habitué à relancer des carrières. Quand j’ai signé il y a un an, on était troisième, donc c’était logique. J’ai connu des vestiaires où des frictions apparaissent dès que les résultats étaient moins bons. Ici, c’est toujours la joie de vivre, tout le monde se parle, tout le monde se soutient. Il y a dans ce club des valeurs et des principes qui me parlent et sont proches de ce que je suis. Dans ses causeries d’avant-match, Karim Belhocine sait trouver les mots qui touchent : il nous parle de choses profondes et arrive à nous transcender. J’ai connu des coaches où il fallait chercher sa motivation en soi-même… "

"Ali aime bien qu’on le caresse…"

Aligné au Pays Noir dans une défense à quatre, Kayembe a gratté en Equipe Nationale deux bouts de match (Suisse et Côte d’Ivoire) dans un système en 3-4-3 cher à Roberto Martinez.

Je suis habitué à une ligne de quatre à Charleroi, mais dans une défense à trois, je peux aussi jouer plus haut pour attaquer. Donc ça me va ! J’ai aussi voyagé dans l’entrejeu : tout ça étoffe ma palette tactique et m’a ouvert la porte des Diables. En plus, les bons latéraux sont une denrée rare ! (clin d’œil) A Charleroi, celui qui me bluffe le plus, c’est Nicolas Penneteau : quelle énergie, quelle motivation, quelle présence, quel travail ! Malgré son âge, il est toujours à 200% et il connecte toujours avec les jeunes… même si on n’a pas le même délire ! (rire) Ali Gholizadeh, lui, c’est le douillet de l’équipe : il aime bien qu’on le caresse (sic) et qu’on vienne le chouchouter après un contact ! En match, c’est pratique : il nous fait gagner des fautes. Mais à l’entraînement, c’est parfois fatigant… (clin d’œil) Et quand il parle Iranien avec son copain Rezaei, je ne pige plus rien ! "

" Je regarde la simplicité des stars… "

Admirateur de Thierry Henry (" Je l’avais en poster dans ma chambre "), impressionné par l’Anderlechtois Francis Amuzu (" Il m’a bien secoué lors du match à Bruxelles, pourtant ma formation comme ailier gauche me permet généralement de bien lire les actions des joueurs de couloir… "), Joris Kayembe suit de près… et depuis longtemps, les matches du Bayern et du Barça, ses deux clubs favoris.

Le Barça, c’est un style de jeu, une tradition… Le Bayern, c’est une machine à gagner, toujours dans la mentalité du travail. Alphonso Davies est un super-joueur, je l’observe puisqu’on joue au même poste et que lui aussi est un ailier reconverti : j’étudie surtout ses gestes défensifs, mais aussi son comportement dans la vie. Je suis pas mal de joueurs sur Instagram, car je suis attentif à leur attitude : il faut savoir rester simple. C’est comme pour Lionel Messi et Cristiano Ronaldo : je me demande comment ils font pour gérer cette pression et cette agitation autour d’eux. Quoi qu’ils fassent, ils sont surveillés et jugés en permanence… et ils ne lâchent jamais rien ! Après, tout ce qu’on dit sur l’argent du foot me touche peu : c’est un gros marché, les prix sont très élevés, c’est vrai, mais ce n’est pas à moi de décider si c’est trop ou pas... (NDLA : le site transfertmarkt.de lui attribue une valeur de 3,5 millions d’euros, cote la plus haute au Sporting avec Rezaei, Gholizadeh et Ilaimaharitra). Moi, quand je monte sur un terrain, je pense à m’amuser et à gagner. Pas à la prime de match ou à mon salaire en fin de mois. Après, c’est aussi un métier, hein… "
 

"J’ai mal pour Eden…"

Pour y avoir goûté, il rêve évidemment d’en être : griffé Diable Rouge, même suppléant, il a mis le pied dans la porte de la meilleure équipe du monde.

Je n’étais pas vraiment intimidé quand j’ai rejoint le groupe, car je connaissais déjà pas mal de monde via-via. Après, vous êtes aux entraînements et tout va beaucoup plus vite… Romelu Lukaku et Kevin De Bruyne, c’est quand même quelque chose… Youri Tielemans aussi, que j’ai bien connu en Diablotins : quel impact, quelle dimension il a prise, c’est impressionnant ! Je suis aussi fort affecté par ce que vit Eden Hazard, toutes ces blessures qu’il accumule… Ça me fait mal car je l’ai vécu moi-même ! (NDLA : Kayembe s’est fait deux fois les croisés du genou) Ceux qui n’ont pas connu ça ne peuvent pas comprendre. Mais à tout moment, votre carrière peut s’arrêter… "

Avant de terminer sur une note plus légère : sa chanson de bizutage chez les Diables.

C’était un air traditionnel congolais. (Il fredonne l’air) Une chanson qui parle de la joie en Lingala : ‘quoi qu’il m’arrive, je veux rester dans la joie et la partager…’ Je parle le Lingala à la maison, je mange aussi Congolais, du riz au pundu, une sorte de manioc. Ma mère m’en fait, et ma femme aussi : ça prend bien dans le corps ! " (rire)

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