Johan Verbist: "À mon premier match, j'ai sifflé hors-jeu sur un corner"

Johan Verbist avec Erik Libois
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Johan Verbist avec Erik Libois - © RTBF.be

C’est une fin de carrière en apothéose : après avoir dirigé la finale de la Coupe, il est chargé de faire régner l’ordre dimanche au Stade Breydel pour le choc du titre. Johan Verbist range son sifflet à 50 ans : l’homme admirait Erwin Vandenbergh, il aimerait supprimer le hors-jeu et ne connaît pas le stress. Johan Verbist passe "Sur le Gril" d’Erik Libois.

20 ans quasi jour pour jour après avoir dirigé son 1e match de D1, un modeste Waregem-St-Trond de fin de saison, il va tourner la page. Sans regret : "Quand je prends une décision, je m’y tiens. J’aspire à plus de temps pour moi. Et je ne toucherai plus à mon sifflet : quand j’entends ce qui se crie le long des terrains, je n’ai même plus envie d’arbitrer des matches de jeunes. Je vais juste intégrer les instances pour conseiller les jeunes et aider la formation."

Ce dernier sommet du Breydel, il ne le prend pas comme un cadeau : "On ne fait pas de cadeau à ce niveau : pour être désigné pour un tel match, il faut avoir été bon toute la saison. Ce sera sûrement un mach difficile et nerveux, vu l’enjeu mais tout dépend des joueurs, s’ils veulent jouer au foot ou multiplier les fautes. Moi je ne ressens aucun stress, je prépare ce match comme tous les autres."

Du jogging donc la veille… et des séances vidéos : "J’étudie toujours les systèmes de jeu. Avec le temps, je connais bien ces 2 équipes, j’ai déjà fait 12 Bruges-Anderlecht. Mais selon qu’ils pratiquent le 4-3-3 ou le 4-4-2, ça conditionne mes courses et mon positionnement."

Intox

Comme chaque fois, il s’attend à des débats musclés avec les coaches. "Il y a 20 ans déjà, je me faisais engueuler. Mais je place une limite claire : même durant les matches, je réponds aux coaches quand ils vont trop loin. Et une fois le match fini, c’est oublié, la page redevient blanche." Sauf que l’intox et les manœuvres de déstabilisation se multiplient. "J’ai le bénéfice de l’expérience, mais avec les jeunes arbitres, c’est vrai que les coaches et les joueurs mettent une pression maximum, leur volonté de gagner est sans limites."

D’autant que l’erreur reste humaine. "Quand je me trompe, je le sens tout de suite… mais il est trop tard. À la mi-temps, je refuse de regarder les images pour ne pas perdre pied. Mais avec tous les SMS qui m’arrivent, j’ai très vite compris quand la décision était mauvaise… Pas question non plus de compenser ensuite : ce serait commettre 2 fautes au lieu d’une."

Le contexte du Breydel, il le connaît bien. "C’est un public qui met une grosse pression. Mais moi, je suis dans mon match, j’essaie de ne rien entendre. Et non, je n’ai jamais eu peur dans un stade ou après un match. J’ai aussi eu la chance de ne jamais devoir subir de menaces. Mais après un match aussi intense, je suis cramé : mentalement, plus que physiquement."

Corner fatal

Footballeur, Johan Verbist l’a aussi été jusqu’à ses 16 ans. "C’est un avantage, on sent mieux le jeu. Puis un jour, j’ai dû remplacer au pied levé un arbitre absent pour un match de pré-minimes… et j’ai sifflé hors-jeu sur un corner. Là, je me suis décidé à bien apprendre les règles. Comme joueur, souvent, on ne connaît pas bien les règles..."

Admirateur d’Erwin Vandenbergh ("C’est pour des joueurs comme lui que j’allais au stade ") mais… supporter d’aucun club,  il aime le foot pour ce qu’il charrie de passion et d’émotion. "Je supprimerais bien la règle du hors-jeu, mais en faisant ça, vous éliminerez pas mal de polémiques. Et le débat fait partie du foot, il faut l’accepter, le foot en a besoin pour vivre. Même si face aux caméras, à la presse, aux analystes, on est toujours perdant. L’arbitre est aujourd’hui en situation de faiblesse."

C’est pour cela qu’il milite pour l’arbitrage vidéo ("mais de manière limitée et graduelle") et une professionnalisation. "C’est davantage une question de gestion du temps que d’argent : je travaille chaque jour jusque 17h30, puis je vais m’entraîner, je ne rentre pas chez moi avant 20 h. Et quand votre vie personnelle est rognée, ça percole sur le reste."

Le risque des robots

Sur la crise actuelle de l’arbitrage belge, il est clair. "C’est ainsi à chaque changement de génération. On dit que les jeunes n’égalent pas les anciens, mais on l’a dit aussi quand De Bleeckere, Allaerts et moi, on a percé." L’évolution est aussi dans le cadre, qui impose de cotations rigides aux arbitres, souvent qualifiés de "robots". "C’est vrai qu’il y a moins de place pour l’interprétation et le dialogue sur le terrain. Un jeune arbitre sera peut-être tenté de sortir une carte pour ne pas être sanctionné lui-même."

Car les places sont chères au sommet. "Les arbitres sont classés, il y a donc forcément de la concurrence entre nous. Chacun veut être le n°1, mais cela permet aussi d’élever le niveau général. Et moi, je ne suis pas du genre à me réjouir de la contre-performance d’un collègue…"

Avant de ranger son costume noir, il regarde en arrière. "J’ai voyagé partout grâce à mon sifflet, j’ai découvert des cultures et des modes de vie. J’ai frissonné en entendant le "You ‘ll Never Walk Alone" chanté par tout le stade du Celtic, j’ai arbitré à Bucarest un match qui s’est fini au cœur de la nuit, j’ai sifflé les plus grands matches en Belgique."

Avec une lacune quand même : ni Euro, ni Coupe du Monde sur son CV. "J’étais de la même génération que Frank De Bleeckere... Mais je retiens que l’arbitrage m’a appris dans la vie a prendre des décisions, tout en restant ouvert à l’opinion d’autrui."

Puissent les acteurs de dimanche en prendre de la graine.

 

 "Sur le Gril", une interview hebdomadaire d’Erik Libois à écouter sur Vivacité ce vendredi à 20 h 10, ce samedi à 22 h 10 et ce dimanche à 14 h 10. En podcast également sur www.vivacité.be. Et dans La Tribune ce lundi 16 mai.

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