Jean-Philippe Mayence : "Les clubs belges ont besoin de Mogi Bayat…"

Le retour en prêt de Kara Mbodj à Anderlecht marque aussi le retour de Mogi Bayat sur le front du mercato. 3 mois jour pour jour après l’éclatement du Footballgate, c’est l’agent n°1 du marché belge qui a réglé l’opération à la demande du Président de Nantes. Mogi Bayat a passé 48 jours en prison et reste présumé innocent : c’est l’argument choisi par les clubs pour recourir à ses services.

Avec le retour du mercato, voici celui de Mogi Bayat. L’agent n°1 du marché belge est inculpé de malversations financières dans le cadre du Footballgate, mais il bénéficie bien sûr de la présomption d’innocence. Bayat peut donc faire son métier, mais sous certaines conditions édictées par le juge d’instruction : ne pas partir à l’étranger et ne pas travailler avec d’autres agents. Bayat se limite donc aux contacts avec clubs et joueurs.

"Depuis sa sortie de prison, Mogi Bayat n’a jamais cessé de travailler", explique son avocat Maître Jean-Philippe Mayence. "C’est ce que nous avons toujours défendu : dans les transferts, il a toujours été d’une correction parfaite, tant avec les joueurs qu’avec les clubs. Raison pour laquelle les clubs reviennent toujours vers lui : il est l’un des seuls à travailler avec des documents, des factures, des contrats et une fiscalité clean."

Mogi Bayat est donc bel et bien intervenu dans le cadre du retour de Kara... "Kara est le joueur de Mogi depuis longtemps, et Mogi a insisté pour ne pas toucher le moindre euro pour éviter tout amalgame. Mais Michaël Verschueren est effectivement passé par lui. Je ne vous cache pas que Mogi gère aussi les droits de sortie de Hein Vanhaezebrouck. Mais mon client a aussi été refroidi par la manière dont il a été traité par Anderlecht alors qu’il a fait gagner beaucoup d’argent dans le passé à ce club."

Mogi Bayat qui reprend du service : à la BFFA, on tombe des nues. La BFFA (Association Belge des Agents de Football) réunit 35 professionnels, soit trois quarts du marché belge de agents. Un organisme créé juste après le Footballgate, pour changer les pratiques, en finir avec les magouilles, réguler le marché. Sauf que Mogi Bayat n’y a pas demandé son affiliation...

"Je suis un peu étonné par le retour de Mogi Bayat sur le marché", explique Neko Petrovic, agent de joueurs et administrateur-délégué de la BFFA. "Nous avons voulu, nous les agents en premier, faire amende honorable et nettoyer le secteur. Nous avons édicté des règles de bonne gouvernance, de transparence et d’éthique. Nous travaillons avec les Ministres, l’Union belge et la Pro League. Je pense que faire appel à quelqu’un qui a passé plusieurs semaines en prison n’est pas un bon signal, cela ne respecte pas le principe de précaution. Mogi Bayat n’a pas fait candidature de membre mais je doute que notre Conseil d’Administration l’agréerait si c’était le cas. Nous tenons beaucoup à l’image de respectabilité : nous voulons changer les choses et éradiquer les pratiques anormales."

"Je ne vois pas pourquoi se poserait un problème éthique", rétorque Maître Mayence : "Un ingénieur qui a purgé de la détention préventive, peut aussi reprendre ses activités en attendant son procès. Mogi Bayat est présumé innocent, et je rappelle qu’on ne lui reproche qu’une déclaration fiscale erronée, alors qu’il est le seul agent de Belgique à y payer ses impôts… puisque tous ses confrères ont des comptes ou des domiciles établis à l’étranger ! Contrairement à d’autres, mon client n’est pas inquiété pour le match-fixing ou pour des arnaques aux clubs..."

"Bayat a fait gagner 200 millions d’euros aux clubs belges ces dernières années"

Juridiquement Mogi Bayat est donc présumé innocent. Mais la BFFA pose la question de l’éthique. Et relance la balle dans le camp des clubs : notamment Anderlecht dont le Président Marc Coucke (également patron de la Pro League) avait soi-disant blacklisté Bayat pour laver plus blanc... Neko Petrovic : "Je suis fort déçu de l’attitude des clubs qui font appel à Bayat, et qui pratiquent le "faites ce que je dis et ne regardez surtout pas ce que je fais". Pourquoi les clubs continuent à travailler avec Bayat ? Demandez-leur : je n’ai pas la réponse... même si j’ai mon idée."

Maître Mayence : "Il faut mettre fin à une hypocrisie qui consiste à inclure Mogi Bayat dans les agents pas nets et à geler des millions d’euros de commissions pour des transferts du passé, juste parce que le Sporting est en manque de liquidités. Puis ensuite téléphoner en douce à Mogi pour régler des opérations que le club n’est pas capable de réaliser. Les clubs ont besoin de Mogi, de son réseau et de sa structure : les faits le prouvent. Des clubs comme Genk et Gand font aussi appel à lui quand il s’agit de faire sortir un joueur. Bayat a fait gagner 200 millions d’euros aux clubs belges ces dernières années ! Mogi sera très actif durant ce mercato hivernal, même si son interdiction de se rendre à l’étranger freinent ses affaires. Nous voulons absolument rester dans les clous du juge d’instruction. Mais Mogi Bayat doit aussi pouvoir vivre..."

Le procès du Footballgate n’aura pas lieu avant plusieurs années, état de la justice oblige. Mais après 48 jours passés à la Prison de Louvain, Mogi Bayat voudrait tirer des leçons.

"Il est marqué à vie, sa famille a été braquée avec le pistolet sur la tempe", conclut Maître Mayence. "Il éprouve du ressentiment, il sait maintenant qui sont ses amis et ses ennemis. Mais il est toujours là, et ceux qui l’enterraient trop vite sont juste des rapaces qui convoitaient son pouvoir… sans avoir son talent et ses réseaux. Mogi a aussi payé son côté fort en gueule et sûr de lui : je lui ai conseillé à l’avenir de changer son style et d’apprendre la modération."

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK