Humeur : "L'UEFA, seule dans son monde..."

Aleksandar Ceferin, fort avec les faibles, faible avec les forts ?
Aleksandar Ceferin, fort avec les faibles, faible avec les forts ? - © FRANCK FIFE - AFP

Breaking News : le Covid-19 s’arrête à la frontière du canton de Nyon, en Suisse. Le coronavirus à l’UEFA ? Connaît pas ! La Suisse s’affiche certes parmi les pays au monde les moins touchés par la sale bête : 19.000 cas d’infections confirmés, soit une personne seulement sur 2.880… mais 541 décès quand même.

Mais de là à justifier l’arrogance, le cynisme même, affiché par les pontes du foot européen dans cette crise… Personne n’ignorait que l’UEFA se pensait toujours au-dessus des lois. Ici, la clique d' Aleksandar Ceferin, son Président gominé au nom de pilule pharmaceutique, se la joue même plus costaude que la médecine et la santé réunies. Pathétique.

L’éthique ? Quelle éthique ?

Or donc, mercredi, l’ancienne hutte jadis occupée par Michel Platini, ex-roi de la frappe devenu empereur du coup pas du tout franc, a décidé que le foot national pouvait se disputer jusque début août… la priorité intersidérale étant de boucler les championnats respectifs.

Argument officiel : que la "régularité des compétitions" (ils n’ont quand même pas osé dire l’"éthique du sport", mais ils l’ont sûrement pensé très fort…) ne soit pas entachée. Levier officieux, mais néanmoins principal : le lobbying effréné des 5 grands championnats, effrayés à l’idée de ne pas pouvoir palper leurs 4 milliards d’euros cumulés de droits télé.

Vivent les Gaulois

Dans ce contexte, un petit village gaulois a osé franchir le Rubicon, en décidant, à la surprise générale, de ne pas s’engouffrer dans la brèche ouverte par l’UEFA : selon celle-ci, nous avions jusqu’au 3 août pour boucler nos fichus Play-Offs. Le petit village gaulois se nomme Pro-Ligue belge, qui a donc décidé d’arrêter les frais au nom de la santé " publique " (joueurs et spectateurs) et de l’estimation d’un risque démesuré. Même si chez nous, précisons-le… et contrairement à l’échelon uefiste rythmé par les grandes ligues, ce sont les petits clubs qui ont précipité la (certes très hâtive) oukase belge.

Alors oui, il y a sans doute, derrière la décision de nos clubs (décision toujours provisoire, rappelons-le, dans l’attente de l’Assemblée Générale de mi-avril), des motifs moins louables, des intérêts plus particuliers, que la santé publique. Mais reconnaissons au moins qu’éthiquement, le geste est symbolique.

Non, les footballeurs ne sont pas des humains bioniques ou, inversement, des citoyens de seconde zone. Oui, le risque de contamination, de dégradation… et donc de mort, existe aussi pour des types en petits shorts, fussent-ils musculeux et sur-argentés. Et oui, les experts, belges et internationaux, de la santé ne cessent de réclamer l’arrêt des compétitions et un été sans grands événements (festivals musicaux inclus).

À vomir…

L’UEFA a reporté son Euro. Mais pour les compétitions nationales, elle laisse la décision aux Ligues Nationales… tout en ajoutant que les vilains peureux qui n’oseront pas jouer seront privés de sucette européenne ! Un footeux, au mieux infecté, au pire mort, pèse-t-il moins lourd selon qu’il joue dans son championnat national… ou pour l’Euro si cher à Mamy UEFA ? Mourrez chez vous, bonnes gens : l’UEFA s’en lave les mains. Mais ne mourrez surtout pas dans un match de l’Euro. Où est la cuvette pour vomir ?

L’UEFA a gardé ses vieilles habitudes de faire ses propres lois : jusqu’ici, c’était du pur lobbying sportif, commercial et financier. Aujourd’hui, les gens de Nyons se disent même plus fort que les virus.

Merci Jean-Marc

Dans les années 80-90, l’UEFA n’a pas non plus aimé cette croisade entamée par un petit footeux liégeois dont le sort n’intéressait personne. Mais à la fin, l’UEFA a perdu, et platement. Et ce fut l’Arrêt Bosman.

Quoi qu’il arrive, quelles qu’en soient les véritables raisons, quelles qu’en soient les suites, merci la Pro-Ligue d’avoir eu, pour une fois, du courage politique. Même si tout cela se terminera peut-être par une courbe rentrante…