Hommage à Raymond Goethals : Basile Boli se souvient

6 décembre 2004-6 décembre 2018. Cela fait 14 ans jour pour jour que Raymond Goethals nous quittait, emportant avec lui un style, une silhouette, une gouaille et, bien entendu, un palmarès.

Raymundo, c’est deux titres de champion de Belgique en 1982 et 1983 avec le Standard, trois titres de champion de France en 1991, 1992 et 1993 avec Marseille, ainsi que deux coupes d’Europe : la coupe des coupes en 1978 avec Anderlecht et, personne ne l’a oublié, la Ligue des Champions en 1993 avec Marseille.

De passage en Belgique pour remettre le Trophée Raymond Goethals à Philippe Clement, dans…l’espace Raymond Goethals du RWDM, Basile Boli, auteur du but de la victoire contre Milan en 1993, revient sur la plus belle période de sa carrière, aux côtés de son entraîneur emblématique.

Il n’a pas changé. L’œil alerte et la démarche plus assurée encore depuis ses quelques semaines passées sur le parquet de Danse avec les Stars, Basile Boli pose devant quelques clichés d’une glorieuse époque phocéenne, incarnée par Raymond Goethals, un coach à qui le RWDM (club dont il défendait les filets à l’époque où il s’appelait encore Daring) a dédié une tribune et une salle. Avec plus de 500 matchs de championnat au compteur et 45 sélections en équipe de France, Basile Boli est un monument du football hexagonal, toujours actif à l’OM en tant que conseiller du président Frank Mc Court.

Pour Boli, l’expérience de club, l’expérience de vie avec Raymond Goethals c’étaient "3 années plus faciles à traverser que les 10 précédentes avec Guy Roux, à Auxerre. Avec Raymond Goethals, j’ai retrouvé le côté papy de Guy Roux mais en moins compliqué. J’étais donc heureux. Goethals n’était pas très difficile, il avait son équipe en tête, un 11 auquel il ne dérogeait quasiment jamais. Il aurait quasiment pu aligner les mêmes hommes pendant 30 ans ! Il ne pratiquait pas trop la rotation, tant il avait confiance en ses joueurs. Il en avait juste deux ou trois pour compléter quand il fallait tuer un match, pallier une blessure, etc. Mais le reste du temps, il allait au combat avec ses mêmes 11 guerriers. C’était un entraîneur " à l’ancienne ", qui avait de l’affect pour ses joueurs, qui avait de l’expérience et de l’intelligence tactique. Je me souviens d’un tournoi de Barcelone que nous avions disputé. Pour faire ch… Johan Cruyff, il nous avait fait jouer à 40m de notre but. Cruyff voulait jouer avec 4 attaquants. Nous on était 3 derrière, mais à 40m. Je ne pense pas qu’un entraîneur aujourd’hui oserait faire ça. Peut-être Mourinho".

En dehors des terrains, Goethals c’était un style (l’imper, la cigarette vissée au bec) et une personnalité bien affirmée. Nécessaire face à un président de la trempe de Bernard Tapie : " Des fois, Bernard Tapie descendait dans le vestiaire et parlait, parlait, parlait… Une fois Tapie sorti, Goethals nous disait : " j’espère que vous n’avez pas écouté toutes les conneries qu’il vient de raconter ". Ça faisait bizarre parce que lui, l’entraîneur, nous disait de ne pas écouter le président… Il se mettait à notre place et ça nous donnait confiance. Tapie, il débarquait avec sa tactique, puis Goethals faisait à sa sauce, souvent complètement l’inverse. Mais il avait l’intelligence de faire croire au président qu’il avait raison ! Un jour, Di Meco se blesse. Tapie veut le vendre, Goethals l’en dissuade. Quelque temps plus tard, lors d’un stage en Israël, Di Meco sort un super match et Tapie débarque en disant : " je t’avais bien dit, Raymond. Il fallait pas le vendre ". Et Raymond souriait… ".

Boli, un Stephen Keshi 2.0

Basile Boli ne s’en cache pas. Il était l’un des chouchous de Raymond Goethals :  " Je n’étais pas le seul, il y avait Abedi Pelé aussi… Quand on s’est rencontré pour la première fois, Goethals m’a parlé d’un ancien joueur d’Anderlecht qui s’appelait Stephen Keshi, qui avait une très belle frappe et bon jeu de tête mais n’était pas spécialement rapide… Il m’a dit : "toi, tu es mon Keshi, mais avec la vitesse en plus. Donc, il va falloir que tu marques des buts et que tu restes au 2e poteau." Au début, je ne voulais pas, mais une fois, j’ai marqué 4 fois en 4 matchs en restant au 2è poteau. Il m’a dit : "tu vois…"".

Le 26 mai 1993, c’est bien de la tête, à la réception d’un corner d’Abedi Pelé…mais pas au 2è poteau, que Basile Boli inscrit le but le plus important de sa carrière. Dans le Stade Olympique de Munich, il offre à Marseille (et à la France) sa seule victoire à ce jour en Ligue des Champions : "J’ai un souvenir exceptionnel. Après ce match, Goethals est resté tout seul sur le terrain. Tout le monde était parti. Je suis allé m’asseoir à côté de lui et il m’a dit : tu vois, Basile, j’ai toujours couru derrière cette coupe aux grandes oreilles. Maintenant, je l’ai. Quand je partirai, mon nom sera dessus. Toi, tu es encore jeune, tu peux encore voir venir…".  C’est la juste vérité. Goethals, il avait vraiment une vision particulière, une science du foot, peut-être très personnelle, mais pour la France, elle était vraiment en avance. Il arrivait à déjouer la science tactique d’un Cruyff ou d’un Sacchi ! Contre Barcelone, par exemple, il était capable de mettre un stoppeur comme avant-centre, rien que pour pouvoir bloquer Pep Guardiola, qui était le premier relanceur de l’équipe… C’était vraiment Raymond-la-science, la vraie science…".

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