Hans Vanaken, un premier de classe sans la folie

A 27 ans et demi, Hans Vanaken vient de gratter son deuxième Soulier d’Or de suite, le quatrième pour un joueur du Club Bruges – du jamais vu. Le métronome brugeois a bénéficié d’un vote massif du bloc flamand, et n’a pas dû faire face à un éparpillement des voix sur les autres joueurs des Blauw en Zwart, pourtant très en verve durant ce premier volet de compétition.

Hans Vanaken incarne la force tranquille de la machine huilée par Philippe Clément : sans être véritablement brillant, parfois même très absent durant les matches, le Limbourgeois a acquis cette saison un rendement maximal. Capable de se faire oublier, fort de sa course nonchalante et investi d’un rôle électron libre pendouillant entre les lignes (avec penchant pour le côté gauche), Vanaken surgit quand on ne s’y attend pas.

En Pro-Ligue, l’ex-roi des assists s’est mué cette saison en buteur froid et clinique : le régulateur des Gazelles s’est montré onze fois décisif (9 buts, 2 assists) sur les 20 matches du Club en championnat (dont il n’a raté que 27 minutes). Paradoxe : les goals de Vanaken n’ont rapporté que 6 points (contre Waasland-Beveren et deux fois Mouscron) sur les 49 du Club… dont la force offensive émane évidemment de tous côtés. Son jeu de tête a aussi progressé : sur ses 13 buts cette saison, 6 lui sont tombés du front, soit deux fois plus que son… total saisonnier habituel depuis ses débuts chez les pros.

Enfin à l’international ?

Jamais blessé, jamais suspendu (il a juste été ménagé une heure en Coupe, face aux Francs Borains), Hans Vanaken a enfin posé sa marque à l’échelon international : grand artisan de la qualification en Ligue des Champions (3 buts en tour préliminaire contre Kiev et Linz), il a surtout marqué les esprits face au PSG au Parc des Princes où il a dirigé le Club vers sa meilleure prestation (à défaut de performance) de 2019. En phase de poule de la Champions, Vanaken n’a pas manqué la moindre minute de jeu… mais avec un seul but de raccroc au compteur, dans le dernier match (de pure forme) face au Real Madrid. Tout un symbole ?

Car c’est le paradoxe du Soulier d’Or : il est le roi de son village… sans parvenir à franchir la grande porte de la Ville. Trop fort pour la Belgique, trop court pour l’international ? Car il le dit lui-même : après son trophée de meilleur joueur de Belgique 2018, Hans Vanaken a reçu… zéro offre de l’étranger. Capé à 4 reprises chez les Diables, il n’eut voix au chapitre vers l’Euro que dans des matches de liquidation face à Saint-Marin et Chypre, ou lors d’amicaux améliorés contre l’Islande (Nations League) après ses débuts face à l’Ecosse. Et sans pour autant entrer dans la fiche statistique (buts/assists) de ces joutes…

Une souris grise…

Naviguant entre les lignes comme une anguille entre deux eaux, incarnation du non-changement de rythme et de l’anti-coup de rein, Hans Vanaken serait une sorte de souris grise dans un football donnant la part belle aux forts en gueules adeptes de gestes colorés, hautement marketing et donc bankables. Visage de cire et sourire rare, ton monocorde aux interviews, sorte de Tanguy flahute resté trop longtemps chez Papa-Maman, Hans Vanaken serait comme victime de son jeu et de sa personnalité : trop de constance et de marées tranquilles, pas assez de vagues ni de coups d’éclats.

Ses chiffres sont d’une régularité d’horloger suisse : notre homme livre but ou assist tous les deux matches en moyenne. En 255 matches de Pro League, Vanaken a buté 72 fois et fourni 63 assists (chaque 1,9 match donc). En Play-Offs 1, ses statistiques (50 matches, 15 buts, 13 assists) sont identiques au… dixième près ! Petit match ou grand match, Sterke Hans ronronne donc pareillement…

En fait, Hans Vanaken serait du type " premier de classe couleur muraille " : sans faire de bruit, sans jamais tirer la couverture à lui, le Limbourgeois est en train d’écrire une carrière mi-brillante, mi-besogneuse. Toujours soucieux de faire ses devoirs bien proprement, sans dépasser dans la marge de son cahier, ce médian biberonné au ballon (son père Vital était le capitaine du Lommel promu en D1 en 1992… l’année de naissance du petit Hans) a construit sa carrière pas à pas et sans à-coups. La sagesse d’une progression méthodique et linéaire. Jusqu’à se faire oublier des scouts et les faire sombrer dans l’ennui…

195 cm d’asperge

Surgi sur le tard en D1 à déjà 21 ans, Vanaken crève pourtant l’écran dès son premier match. Nous sommes le 28 juillet 2013 : le parc Astrid n’a d’yeux que pour les débuts du prodige Youri Tielemans… mais c’est une longue asperge impassible d’1,95 m qui flanque 2 caisses dans les cageots à Proto, lors d’un Anderlecht-Lokeren d’ouverture de saison (2-3). Hans Vanaken pose son tampon sur l’élite : pour sa 1e saison au plus haut niveau, il va gratter 8 buts et 9 assists pour la troupe dirigée par Peter Maes, ami et ex-équipier de Papa Vital à Lommel. Lequel Peter Maes apparaît même… sur des photos de la Maternité, portant dans ses bras le petit Hans tout juste né. Vous parlez d’une mise sur orbite.

Chaussé de crampons, le jeune Limbourgeois passera son adolescence en formation au PSV Eindhoven qui, avec son fameux " bus de ramassage scolaire ", écumait alors tous les clubs frontaliers belges… jusqu’à tourner à Liège et piller le Standard. Du haut de ses 195 centimètres, le petit Hans a donc grandi… mais sans doute pas autant sportivement que ses fans le souhaitent. L’intéressé se contente d’une jolie carrière au Club, où il est assuré de titres et de campagnes européennes, plutôt que de risquer de cirer le banc dans un Eldorado quelconque : une approche de pépère brugeois qui pourrait rappeler, à une époque certes moins riche en paillettes, ce vieux casanier de Jan Ceulemans.

Gare à la chute

L’ambition déclarée est sans doute un moteur. Car sous Ivan Leko, Vanaken frôla la noyade fatale : à son arrivée au Breydel à l’été 2017, le technicien croate ne lui destinait pas de place dans son losange médian. Le futur Soulier d’Or fut à deux doigts de partir… et peut-être s’enterrer. 18 mois plus tard, il paradait, la godasse dorée au bras.

Mais les années passant, Vanaken doit peut-être se poser la question de sa véritable ambition. Sur Transfertmarkt.de, la bible des clubs et recruteurs, il n’est classé aujourd’hui qu’au… 6e rang des joueurs les plus chers de Belgique. Coté à 15 millions d’euros, le Brugeois est, il est vrai, devancé par des post-ados bien plus facilement négociables à la vente (Sander Berge, Jonathan David, Zinho Vanheusden, Yari Verschaeren… et son propre équipier à Bruges Krepin Diatta, évalué à 17 millions).

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