Franck Berrier : "Mon genou m'a coûté un transfert à Dortmund"

À 33 ans, Franck Berrier a retrouvé son smoking d’architecte : ex-relais de Dury à Zulte, le petit Normand tient la baguette à Ostende pour la 4e saison.  Il évoque Rémi Gaillard, méprise l’argent et hait le milieu du foot. Il tweete avec Marc Coucke, protège Landry Dimata et aurait dû jouer… à Dortmund ! Franck Berrier passe "Sur le Gril".

Ce samedi soir, Franck Berrier vise sa 2e victoire en Coupe, contre ses ex, après celle de 2011 sous les couleurs du Standard… où il était sur le banc. "Cette saison est sans doute la meilleure de ma carrière, avec ma première en Belgique où j’avais servi 19 assists. J’étoffe mon style de jeu pour être plus complet : on devient plus malin avec l’âge et ma condition est au top. J’ai toujours figuré parmi les meilleurs aux tests physiques, mais je ne m’en servais pas car j’étais plutôt fainéant. Aujourd’hui, je fais les efforts."

Un vrai n°10 à l’ancienne qui aimait voir des équipiers courir pour lui, et se focalisait sur le jeu-caviar. "Si je jouais encore comme avant, je toucherais moins le ballon car le jeu se ferme au fil des années, et il faut se casser le cul (sic) pour récupérer le cuir, moi j’ai besoin de toucher beaucoup le ballon. Si le Berrier d’aujourd’hui s’énerverait sur celui d’hier ? Non, car même feignant, j’ai toujours été décisif et c’est ce que les équipiers retiennent. Aujourd’hui, Ostende progresse car la concurrence augmente dans le noyau, et il faut plus se bouger le cul (re-sic) pour avoir sa place."

Cette Coupe qu’il veut gagner ("On ne joue pas une finale, on la gagne"), c’est pour raviver des souvenirs. "Je veux rejouer en Europe, j’y ai goûté avec le Standard. Si on gagne la Coupe, on évitera les tours préliminaires et on sera en vacances… dès le coup de sifflet final (rires). Les play-offs, on ne va pas les fausser… mais bon, si on prend 4-0 à Bruges ou Anderlecht, on s’en fout…"

Le dégoût du top

Ostende, c’est aussi une toute autre conception du haut niveau. "Quand Silvio Proto nous parle du vestiaire d’Anderlecht, ça ne donne pas envie de jouer au top. Ici, on forme une vraie famille, c’est d’ailleurs le premier club de ma carrière où je suis resté plus de deux ans. Marc Coucke prend toute la pression sur lui, avec ses tweets il l’évacue pour tout le monde. On tweete souvent à deux, mais chanter comme lui en public, il ne m’aura pas, il me l’a déjà demandé, c’est non."

Et Berrier vit donc avec ce paradoxe, ce sentiment d’inachevé. "J’ai toujours grandi avec les clubs où j’étais, mais je n’ai jamais signé dans un club déjà installé au top. Peut-être est-ce un signe, car fondamentalement je hais cette mentalité du rendement et de l’argent. Avant de signer au Standard, mon contrat était prêt… au Borussia Dortmund. Puis je me suis cassé le genou, et tout est parti à l’eau. C’est mon regret pour la vie, c’était sans doute écrit que ce n’était pas pour moi."

Pied magique

Depuis, il a retrouvé ce niveau qui fait de lui le cerveau à la Côte, avec son œil et son autre atout : l’un de meilleurs pieds droits de Belgique. "J’ai des cassettes chez moi, depuis tout petit, j’avais cette précision du pied. Mon gauche était d’ailleurs aussi fort que le droit. Si je peux imiter Rémi Gaillard ? Non sans doute, je ne vais pas déposer mon ballon dans une poubelle à 20-30 m, mais je peux vous le déposer dans une zone d’un mètre carré, ça oui. Avec les ballons variables selon les clubs, il faut pouvoir adapter sa technique de frappe. J’étoffe aussi ma panoplie des coups francs, celui que je bosse actuellement c’est le coup franc frappé sous le mur. Mais il faut être sûr de son coup… car si ça foire, on est ridicule."

Admirateur de Jean-Pierre Papin ("J’ai toutes ses cassettes, j’allais au stade pour le voir quand l’OM, mon club préféré, venait jouer à Caen") mais aussi d'Andrea Pirlo et de David Beckham, il a dit un jour "rêver d’être en fin de carrière pour pouvoir stopper le foot" ! Il s’explique. "Je déteste ce milieu, ses combines, tous ses agents qui rôdent autour de vous… et vous les journalistes, qui ne venez nous voir que quand on fait des résultats. Il y a 3 ans, personne ne nous regardait : dans ce monde, tout n’est que profit et opportunisme. Alors du coup, je veux juste en tirer le meilleur parti : l’argent, je m’en fous, c’est pour mettre ma famille à l’abri. Donc si la Chine d'Axel Witsel vient me faire une offre, je signe recta."

Maudits diplômes...

Ce grand amateur de pêche ("Au moins, là on ne pense à rien…") a pourtant le foot chevillé au corps. "À part le foot, je ne sais rien faire. Plus tard, je me vois bien agent, mais pour aider des jeunes, pas pour l’argent, pour justement remettre des valeurs dans ce monde. Je serai plus un ami, un accompagnateur qu’un agent."

Ou alors entraîneur, une autre voie qui l’intéresse : "Mais ça me fait chier (re-re-sic) de devoir passer des diplômes, donc je me vois bien T2… mais c’est moi qui prendrais les décisions !" (rires). En attendant, il s’imprègne au quotidien de son coach Yves Vanderhaeghe : "Yves est ambitieux, je le vois encore 2 ans chez nous… puis il signe à Anderlecht !"

Dans l’équipe, il a son chouchou : Landry Dimata. "Sa grande qualité, c’est qu’il écoute. C’est pour ça que je l’ai pris sous mon aile, même si je suis souvent chiant avec lui. Il a toujours envie d’apprendre, il reste humble même s’il sait très ce qu’il veut et où il veut aller. Pour moi on gagne la Coupe 3-1… et Landry en plante deux !"

Pas sûr que Francky Dury et Mbaye Leye partagent cet avis. Réponse ce samedi soir au marquoir du Stade Roi Baudouin.

 

 "Sur le Gril", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité ce samedi soir à 20h10. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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