Footgate – Contrats fictifs et pots-de-vin : les dessous du système frauduleux de Dejan Veljkovic

Nous avons déjà longuement abordé le cas Dejan Veljkovic dans l’article consacré à Sébastien Delferière mais replongeons-nous encore un petit peu plus dans les activités de l'agent de joueurs, surtout présent dans des clubs dans le Nord du pays. Parce que, dans cette affaire du Footgate remise en lumière par le documentaire "Le milieu du terrain", le Serbe joue un rôle crucial. Explications.

Tout commence dans une petite banque à Genk. La CETIF (Cellule du traitement des informations financières) y décèle 27 comptes, tous détenus par les proches d’une seule et même personne : Dejan Veljkovic.

"C’est un dossier financier très complexe avec des ramifications internationales. Quand on fait usage de plusieurs sociétés pour masquer l’origine ou le trajet de l’argent, c’est difficile d’y voir clair" explique Eric Bisschop, le procureur fédéral adjoint.

Inculpé dans l’affaire du Footgate, le Serbe plaide coupable. Il devient ainsi le premier "repenti" de l’histoire de la justice belge. Cette nouvelle loi, fraîchement adoptée du système judiciaire italien en 2018, permet à un accusé de voir sa peine allégée en échange d’informations pouvant mener à l’arrestation d’éventuels complices. S'il ne dit pas tout ou qu'il ment, il risque 5 ans de prison et 80.000 euros d'amende.

"On a accepté de travailler avec un repenti parce que c’était une occasion unique d’avoir une vue de l’intérieur. C’est toujours difficile de démontrer et objectiver quelque chose. Mais si on a quelqu’un qui se trouve au milieu… du milieu, ça devient intéressant" explique Eric Bisschop, le procureur fédéral adjoint.

Les dessous de l’opaque système Veljkovic

Questionné par les enquêteurs, Dejan Veljkovic donne davantage d’informations sur le déroulé des choses et sur le système "Veljkovic."

Dans ce système, Veljkovic avait pris l’habitude de tout classer, tout noter, tout garder. Lors de la perquisition du 10 octobre 2018, les enquêteurs n’ont alors eu plus qu’à tout emporter.

"Dans toute fraude économique et financière, il y a toujours un espèce de comptable au noir. Evidemment, on ne va pas pouvoir tenir des livres de compte comme pour des activités légales donc on va noter ça dans des fichiers cryptés ou des carnets.

Celui qui, le plus généralement opère cela, c’est celui qui est à la confiance de tous. C’est celui qui est le plus sur la transaction, donc l’agent. Dans le cadre d’un transfert de joueur de foot, tout le monde a le sourire. Le club paie moins, le joueur gagne plus, l’agent a une plus grande commission, le club qui vend gagne plus. Tout le monde est gagnant. Mais, le dindon de la farce c’est le fisc. Et c’est pour ça que c’est illégal" analyse Michaël Dantinne, professeur en criminologie.

Mais en quoi consiste le système Veljkovic ? Eh bien, l’agent serbe utilise ce qu’on appelle des "contrats fictifs" basés sur des accords de scouting, soit la recherche de talents encore inconnus. Prenons l’exemple du joueur du Standard, Gojko Cimirot. La facture de sa "découverte" atteint les 100.000 euros. Une somme énorme pour un joueur qui avait déjà une petite renommée puisqu’il avait été proposé aux Rouches un an plus tôt.

Rappelons que payer trop pour un scouting ou le transfert d’un joueur n’est évidemment pas interdit. Par contre, payer pour des prestations inexistantes est répréhensible. Et c’est la base du système Veljkovic. Son système lui permet, entre autres, de réduire taxes et impôts.

"En réalité, ce n’est pas tellement le fait qu’il ait de bons ou de mauvais joueurs qui lui a permis de s’introduire dans certains clubs. Ce qui semble avoir fait un acteur avec un chiffre d’affaires substantiel, c’est qu’il est venu proposer clé en main le même système frauduleux à toute une série de clubs.

Ce qui a permis à ces clubs d’acheter des joueurs moins cher qu’en temps normal et, assez vraisemblablement, v à certains dirigeants de clubs de s’enrichir à titre personnel par des faits de corruption" poursuit Michaël Dantinne.

 

Deux perquisitions au Standard, Venanzi nie tout pot-de-vin

Au cours de ses interrogatoires, Dejan Veljkovic reconnaît que son système frauduleux a été utilisé au Standard. Débarqués en Bord de Meuse, les enquêteurs soumettent à Bruno Venanzi, le président des Rouches, une série de preuves : contrats, virements bancaires, carnets de notes découverts lors de perquisitions en Serbie et évidemment les auditions de Dejan Veljkovic.

Des auditions qui mentionnent des "bla-bla rapporten" soit des rapports de scouting jamais réalisés et les constructions fiscales frauduleuses qui en découlent. Mis face au fait accompli, Bruno Venanzi avoue avoir été en contact avec Veljkovic mais nie avoir reçu quelconque pot-de-vin. Il ajoute espérer que son directeur sportif de l’époque, Olivier Renard, n’ait pas cédé aux avances de l’agent serbe.

Seulement voilà, Veljkovic le repenti, donne des montants aux enquêteurs en parlant d’un contrat de scouting. Sur les 230.000 euros perçus, 60.000 euros sont allés dans sa propre poche, 150.000 dans la poche de l’autre agent et… 20.000 ont été versés à Olivier Renard. A sa demande, l’ancien portier des Rouches (entre 2005 et 2008) a finalement obtenu une montre pour sa femme d’une valeur de 12.750 euros.

Au cours de ses auditions, Veljkovic ajoute que Renard aurait perçu 75.000 euros pour favoriser des transferts de certains joueurs. Mis sous pression par les enquêteurs qui lui reprochent d’avoir signé des contrats frauduleux (à hauteur de 3 millions d’euros), Bruno Venanzi reconnaît les faits concernant les montants des factures de scouting.

Au courant de son audition, Venanzi explique aussi vouloir porter plainte contre Olivier Renard et d’autres personnes qui se sont enrichies grâce au système Veljkovic. Dans les jours qui suivent, il joindra le geste à la parole en portant plainte.

Aujourd’hui sous contrat au club de Montréal, Olivier Renard n’a, lui, pas voulu donner suite aux demandes d’interviews.

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