Felice Mazzu: "Je ne ferai jamais la pute pour me vendre"

Il visait les Play-Offs 1, donc sa saison est un échec. Mais il veut rattraper l’Europe par les Play-Offs 2. Jubilaire, il évoque sa peur de vieillir, le jeu défensif, Jürgen Klopp, le Footgate et ses chansons paillardes. Mais aussi sa tactique la nuit, Zidane, sa prétendue " zone de confort " et Gert Verheyen. Et même la cigarette électronique. Felice Mazzù passe " Sur le Gril ".

Il apparaît les traits tirés, fourbu par une saison éprouvante. Pour confirmer la montée en puissance de son Sporting, le coach zébré avait ciblé une participation aux Play-Offs 1, mais il a dû déchanter. " Je suis fatigué, c’est vrai, cette saison est ma plus grande désillusion depuis que je suis à Charleroi " explique Felice Mazzù. " Je suis déçu, par les résultats et par l’évolution de mon groupe, au bout il nous manque les 5 ou 6 points qui nous auraient mis dans le top 6. Est-ce l’année de trop ? Je ne me pose pas la question, j’avance. Mais j’analyse les manquements. Ma grande erreur a été d’avoir changé trop souvent de projet de jeu et de dispositif, mais c’était souvent dicté par les circonstances. Un autre que moi aurait essayé autre chose et aurait réussi, on ne le saura jamais. On a aussi eu moins de chance que l’an passé : les poteaux étaient sortants quand ils étaient rentrants voici un an. Le casting transferts n’était pas mauvais, mais nos mercatos ont été trop tardifs et précipités. Enfin, on n’a pas eu contre les pseudo-petits ce que j’appelle la ‘peur positive’ qui nous sublimait contre les grands clubs. D’où notre inconstance de résultats. "

S’il apparaît les traits tirés, c’est aussi peut-être parce Felice Mazzù a fêté ce mardi son anniversaire. " 53 ans, je trouve que c’est vieux : ce devrait être la fin de carrière d’un coach… et j’ai perdu beaucoup de temps avant. Mais je me sens bien dans ma peau, même si je n’aime pas le temps qui passe, celui qui nous rapproche de la fin. Le cap le plus dur fut celui des 50 ans : là, on se rend compte qu’on a largement passé la moitié de sa vie. Mais jamais, je n’ai fait de déprime : j’essaie de vivre le mieux ma passion au jour le jour. "

La nuit porte conseil

Après les matches, il grille toujours ses clopes : " On m’a parlé de la cigarette électronique, mais depuis que je sais que ce n’est même pas meilleur pour la santé, je reste fidèle à mes sèches. Mais c’est vrai : je n’y suis pas encore parvenu… mais faut absolument que j’arrête de fumer. " La tension du métier le poursuit… jusque dans le lit conjugal. " Le foot m’empêche parfois de dormir. C’est normal quand on vit les choses à fond : en Provinciale, c’est comme ça aussi, il n’y a pas de je-m’en-foutistes, c’est la même gestion en bas qu’en haut, partout il y a des réservistes qui râlent de ne pas jouer et à qui il faut expliquer. Donc il faut trouver des solutions, et c’est souvent la nuit que viennent les meilleures idées. Ce stress n’est pas une souffrance, c’est un mode de vie choisi, et c’est comme ça que je suis heureux… "

Un mode de vie qui deviendrait même un rythme de carrière. " Je ne me suis jamais projeté, mais je sais que dès que je sentirai que je suis gagné par le train-train, j’arrêterai : j’ai besoin de sentir le feu. C’est un milieu dur, sans cadeau, mais le fait de toujours m’être centré sur le sportif, sans tenir compte de tous les trucs autour, a préservé ma passion. Je suis arrivé dans ce monde sans expérience et avec enthousiasme, mais j’ai appris les règles du milieu. Et oui, mon visage est plus marqué qu’il y a 6 ans, lors de mes débuts à Charleroi. "

"Je sais où je serai la saison prochaine"

Dimanche, il y aura ce dernier match de phase classique face à Eupen, après quoi il entamera le chemin de croix des Play-Offs 2. " Face aux Pandas, on veut bien terminer devant notre public, c’est une question de respect. On veut soigner notre capital points, donc pas question de rotation même si j’épargnerai les joueurs ayant cumulé trop de cartons. Après, il faudra gagner ces Play-Offs 2… et pas seulement le dire ! J’attends un groupe qui va au charbon : nous sommes des pros, nous gagnons notre vie avec des primes et les équipes de D1B auront les crocs pour nous montrer qu’ils ont le niveau. À cause du discours médiatique et du différentiel en droits télé, ces Play-Offs 2 sont dénigrés, mais je trouve ça injuste. J’espère juste que les affaires (NDLA : les cas de Malines et Waasland) et les soucis de licence ne vont pas brouiller les cartes, même si en Belgique, on commence à être habitués…. "

Et comme à chaque fin de saison, revient le marronnier carolo : le moment est-il venu pour le mage du Pays Noir de faire le grand saut ? Il ne semble pas loin de le penser… " En mon for intérieur, j’ai déjà pris ma décision, et je suivrai ce que je ressens. Mais j’en parlerai après le 26 mai… puisque j’espère arriver en finale des barrages. C’est le moment venu de quitter Charleroi ? C’est vous qui le dites, moi je n’en dis pas plus pour l’instant. Mais je ne comprends pas ceux qui disent que je dois quitter ma zone de confort et me mettre en péril : travailler à Charleroi, dans les conditions que j’ai toujours connues, est tout sauf une zone de confort, c’est même une zone de danger. Car il faut y bosser beaucoup chaque jour pour réussir quelque chose de bien. Et je défie mon successeur… si j’en ai un. " (clin d’œil)

Étiquettes à gogo

Le cas de Gert Verheyen, qui a démissionné de lui-même à Ostende une fois le maintien assuré, l’interpelle aussi. " Je comprends très bien Gert, je ferai la même chose le jour où je me sens usé ou plus en adéquation avec le projet ou mes dirigeants. Je n’exclus rien, je pourrais aussi prendre une année sabbatique : quitter le circuit, même momentanément, ne m’effraie pas. Et si je n’arrive pas à y revenir, je ferai autre chose, c’est tout. Et sachez-le, je n’ai toujours pas d’agent : les gens savent où me trouver, j’ai toujours le même téléphone. J’ai juste un conseiller qui m’aide chaque jour à gérer le présent et préparer le futur. "

Dans un monde du foot régulé par l’image et pas mal de lobbys extra-sportifs, il arbore toujours son visage de self-made coach, venu d’en bas et cultivant ses valeurs. " Cette éternelle étiquette de gars modeste me dessert peut-être, mais je ne renoncerai jamais à mes valeurs et à ma personnalité, c’est ainsi que je me sens bien. Je suis comme je suis, on m’aime ou on ne m’aime pas, j’ai toujours fait pareil partout où je suis passé. Et je ne ferai jamais la pute pour me vendre. Je veux juste prouver au monde du foot que je ne suis pas un coach défensif, car cette image me colle à la peau. Quel que soit le club où j’arrive, j’adapte toujours ma philosophie aux joueurs en place et à l’équilibre de l’équipe. Mais je ne suis ni Mourinho, ni Zidane pour imposer tel ou tel joueur. Le jour où j’aurai gagné quelque chose, on verra… " (rires)

Façon Jürgen

En cette semaine de Coupe d’Europe, la télé a forcément fonctionné chez les Mazzù. " La Juventus est mon club-référence, je vous ai dit il y a quelques années qu’un jour je voulais y être entraîneur : ce n’était pas une blague, c’est une forme d’ambition. Si un jour j’y suis, vous viendrez m’interviewer. " (rires)

L’autre grand vainqueur européen de la semaine s’appelle Liverpool. " Si je devais me métamorphoser, je choisirais Jürgen Klopp. Le long de la ligne, je vis le match comme lui, j’aime son attitude et son projet de jeu. Si je rêverais de devenir son T2 ? Je suis humble, mais je ne vais pas accepter n’importe quoi : j’ai assez de métier aujourd’hui pour ne plus devoir intégrer un staff existant. Oui, désormais, je serai T1. "

Questions-surprises

En guise de surprise pour finir, on lui demande de tirer 3 thèmes au hasard dans une boîte à questions. Premier mot à sortir : … " Standard " ! " Malgré les affaires du passé, oui, je pourrais signer au Standard. Pas tout de suite… mais un jour. Les supporters carolos ne vont pas être contents, je le sais, mais je n’ai jamais compris cette rivalité : ce sont deux clubs wallons et issus du même milieu ouvrier. C’est dommage qu’ils ne fonctionnent pas main dans la main. "

2e mot à sortir du chapeau magique : " Mogi ", comme l’aîné des Bayat. " Très honnêtement, je n’ai rien à dire sur lui : on ne se fréquente pas, je le croise juste parfois dans la loge du Président après les matches. Son séjour en prison m’a étonné, surtout s’il s’avère que ce ne sont que de soucis financiers. J’ai été fort marqué pour sa famille, son frère, sa femme, ses enfants et ses parents. "

Enfin, le 3e lapin à surgir est le mot " Chanson paillarde ". " Vous faites référence à ma chanson potache ‘On m’a donné 100 sous’ que je chantais devant le kop. Je vais vous avouer, je l’ai chantée pour que ça arrive aux oreilles de Mehdi, et que la somme se transforme en 1.000, puis en 10.000 sous. C’est arrivé, donc je suis content. (Il éclate de rire) Aujourd’hui, je ne la chante plus car à l’époque le club revenait de loin, il était important de communier avec les fans. Après la saison actuelle faite de hauts et de bas, ce n’était plus propice. Si je re-chanterai aussi si je signe dans un grand club ? Pourquoi pas ? Je changerai juste les paroles. (sourire) Marc Coucke à Anderlecht, lui au moins il aime ce genre de titre ! " (rires)

Faites vos jeux.

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité ce dimanche à 17h et à 22 h.

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