Faris Haroun : "J'ai peur de Dieu, pas de Bölöni…"

Faris Haroun : « J’ai peur de Dieu, pas de Bölöni… »
Faris Haroun : « J’ai peur de Dieu, pas de Bölöni… » - © Tous droits réservés

À 33 ans, la Gazelle bouffe toujours autant de kilomètres : le capitaine de l’Antwerp n’est pas surpris par l’incroyable saison de son commando. Il évoque son pote Kompany, son passage à l’ailier droit, Orlando Engelaar, la négociation des primes, Lucien D’Onofrio et le moche football. Mais aussi Dieumerci Mbokani, les JO de Pékin, Eden Hazard, la faute nécessaire, Pelé et la D2. Et surtout… le thé des nomades. Faris Haroun passe "Sur le Gril".

On le retrouve au Bosuil, juste avant un passage en salle de muscu et un entraînement collectif… mais sans match à son horizon : ce lundi pour Antwerp-Bruges, Faris Haroun sera assis en tribune, suspendu pour sa… 13e carte jaune de la saison, un record du genre. "Non, non, Laszlo Bölöni n’a pas fait de moi un salopard, je l’étais déjà avant " s’esclaffe le capitaine anversois : " Vu ma position devant la défense, je suis amené à réguler le jeu et à réparer les erreurs de mes équipiers. Et si je me fais dribbler, impossible de ne pas mettre le pied : j’ai gardé la mentalité du foot au parc, se faire dribbler c’est se faire humilier… Mais je trouve qu’on est aussi visés par les arbitres, et je suis un peu dans leur collimateur : c’est difficile de parler avec eux, ils se cabrent tout de suite. Il y a un discours général négatif  sur l’Antwerp : on est décrit par les coaches et les médias comme une équipe dure, les arbitres lisent les journaux comme tout le monde et je pense que ça joue sur leur inconscient. Mais je peux vous dire qu’à l’entraînement, on joue encore plus dur entre nous. D’où parfois des échauffourées comme entre Van Damme et Lamkel Ze, mais ça arrive dans tous les clubs… Le coach ne siffle pas les fautes à l’entraînement, et parfois le ton monte…"

Il reste qu’en Play-Offs 1, le Great Old carbure au super : après une défaite d’entrée au Standard, l’Antwerp reste sur 3 victoires, dont 2 en déplacement, à Anderlecht et à Gand. "On nous critique pour notre football de combat et quand on gagne à Anderlecht, on dit que c’est Anderlecht qui était mauvais. Mais sur la durée, l’opinion commence à reconnaître qu’on est une bonne équipe, avec un vrai concept de jeu. Tout le monde rêve de jouer comme l’Ajax, mais il faut tenir compte de l’effectif et des profils. L’Atletico Madrid et Barcelone prouvent qu’en football, on peut obtenir des résultats par des chemins différents. Nous, on a opté par un mix d’expérience, de talent et de travail : on a beaucoup de joueurs de métier. Avec Bolat, Van Damme, Refaelov et Mbokani, on va dire qu’on a opté pour la ruse..."

Pas encore champion…

Après avoir largué Anderlecht à 8 points, l’Antwerp est solidement accroché à sa 4e place… voire plus si affinités. "Je ne suis pas surpris de notre parcours : on sait de quoi on est capable, on joue en bloc avec des remontées de ballon. Toute la phase régulière, on n’a jamais quitté le top 6… et on est de plus en plus fort. Ne pas nous qualifier pour l’Europe serait pour nous une vraie déception, on a notre sort entre nos mains. Les primes ? Non, on n’a encore rien négocié : le Boss (NDLA : Lucien D’Onofrio) nous a dit qu’on en parlera dans les prochains jours. On ne s’inquiète pas : ici on sait que quand on preste bien, on est récompensé, on ne doit pas aller faire le siège des bureaux. On est bien payés : il n’y a qu’à voir les joueurs qui ont signé ici, ils ne viennent pas pour rien… La prime de champion ? Non, il ne faut pas rêver non plus. En tout cas, pas tout de suite. Je sais que Luciano a dit qu’il visait le titre avec l’Antwerp à terme, j’espère que je serai encore là à ce moment." (rires)

Les vieilles casseroles pour faire les meilleures soupes : le duo D’Ono-Bölöni, reconstitué de la grande époque de Sclessin, sait où il va. "Souvent on prend des joueurs plus anciens pour tisser les liens au sein d’un groupe et encadrer les jeunes. Ici, c’est plus que ça : on apporte de la plus-value footeuse, ce sont les vieux qui tirent l’équipe vers le haut. On est confronté à la génération Youtube et Playstation : nous aussi, jeunes, on énervait les vieux sans s’en rendre compte, aujourd’hui les vieux c’est nous, et on dit aux jeunes que tout ne s’acquiert pas directement. La base, c’est le respect : dans le bus aussi, on se lève de sa place pour les plus vieux…"

Dieu entre tous

À 33 ans, Faris Haroun est donc l’exact contemporain d’un certain Dieu, parvenu lui aussi à l’âge christique. "Le niveau de jeu atteint cette saison par Mbokani ne m’étonne pas : quand on est un talent inné, on n’a pas besoin de bosser pour être au-dessus du lot. En plus, il revient dans un football belge dont le niveau a stagné ces dernières années, il suffit de voir nos résultats en Coupe d’Europe. Dieumerci a aussi changé comme personne : avant il était plus dans sa bulle et était difficile à approcher, aujourd’hui il a mûri, il est beaucoup plus à l’aise et sociable, il a rejoint le noyau avec un esprit de grand frère."

Arrivé au Bosuil 12 mois avant Dieu, mais en même temps que Bölöni, Haroun a été rapidement intronisé capitaine de meute par le mentor roumain. "On est plusieurs leaders dans l’équipe, mais je suis son relais. Bölöni m’a fait encore progresser, surtout physiquement, avec ses entraînements individualisés. Lui et moi, on partage la même faim de gagner, on est deux mauvais perdants : il nous fait comprendre qu’il faut toujours aller plus loin dans ses ressources, ne jamais se satisfaire de ce qu’on a. Mais contrairement à l’image qu’il donne en match, il est très calme avec nous en semaine. Il fait des petits blagues avec toujours un sens caché, il aime bien nous ‘piquer’. Et quand ça ne lui convient pas, il ne se prive pas de nous le faire savoir vertement. Mais je n’ai pas peur de lui : je n’ai peur que de Dieu (sourire)."

Heureux… à Grimbergen

Du Paradis à l’Enfer, il n’y parfois que peu de choses... ou des mauvais choix : taulier des Diablotins de Jean-François De Sart demi-finalistes à l’Euro 2007 puis aux JO de Pékin l’année suivante, Haroun était promis à une carrière calquée sur celle de ses équipiers Kompany, Witsel, Fellaini ou Dembele. "Une carrière est faite de hauts et de bas, et il n’y a pas de raison d’être jaloux… car j’en connais aussi qui ont carrément arrêté le foot. Je suis content de mon parcours : je rêvais de jouer en Angleterre, j’ai connu les Diables et les Jeux Olympiques, et je suis l’un des meilleurs à mon poste en Belgique dans une équipe qui joue le haut du classement. Celui qui est envieux ne va jamais être heureux. Le foot n’est pas tout dans la vie, le bonheur perso est bien plus important, que tu joues à l’Ajax… ou à Grimbergen. Je connais des joueurs qui jouent au top et sont malheureux, d’autres qui ont arrêté et sont très équilibrés."

Car celui qui cite Ronaldinho, Eden Hazard et… Orlando Engelaar comme les meilleurs joueurs croisés dans sa carrière ("Ils ont surtout cette capacité à accélérer le jeu, Engelaar avait une grande technique, il l’a prouvé après Genk à Schalke et en Equipe des Pays-Bas") a aussi connu son lot de galères… alors qu’il était annoncé futur Diable Rouge. "Oui, j’aurais pu faire partie des Diables actuels, mais il faut pouvoir accepter son destin. J’ai connu ma meilleure période en Angleterre, à Middlesbrough, où on me faisait pourtant jouer ailier droit ! Mais l’Union Belge n’a commencé à suivre la Championship qu’à partir des arrivées de Vadis et Vossen. Quand j’étais à Genk, je devais signer à Dortmund où mon père avait déjà négocié un accord… puis mon ménisque m’a lâché. Après, je me suis même retrouvé 18 mois au Cercle de Bruges en D2, à jouer des matches à Coxyde dans des stades sans tribune, j’avais l’impression d’être en Provinciale, bonjour la motivation...  Puis Wim De Decker est venu me chercher et a relancé ma carrière. En football, tout reste toujours possible : la vie est une balance, tôt ou tard tu recueilles les fruits de tes efforts. Mon pote Kompany m’inspire beaucoup : il s’est toujours relevé de ses blessures, d’autres seraient tombés en dépression ou auraient signé en Chine, lui a toujours fait face… " conclut celui qui, confronté à la question, se réincarnerait bien en… Pelé : " Pas forcément dans la peau du Roi Pelé, mais pour pouvoir jouer à son époque, dont je n’ai vu que quelques photos. On jouait pour la beauté du geste, dans des stades pleins, sans violence, juste de la ferveur. Il n’y avait pas les excès actuels, ça devait être cool de jouer pour le seul plaisir…"

Luciano mauve…

Grand amateur de thé à la menthe ("Mes oncles me surnomment le Gorane, ce sont ces peuples du désert au Tchad, chez ma mère je vidais toutes les théières mais j’ai arrêté car c’est trop sucré pour un sportif de haut niveau" s’esclaffe-t-il), Faris Haroun approche du crépuscule de sa carrière mais veut s’inscrire dans la durée au Great Old. "J’adore ce club, et par respect, jamais je ne signerai au Beerschot… même pour tout l’or du monde ! (NDLA : Haroun a joué au Kiel en début de carrière… mais c’était du temps du Germinal Beerschot Anvers) Lucien D’Onofrio a ressuscité ce club en si peu de temps : quasi les play-offs 1 après une saison, et maintenant presque la Coupe d’Europe. J’ai lu dans les journaux qu’on parlait de lui à Anderlecht, ce sont sans doute des trucs de journaliste. Mais ça ne m’étonne pas quand on voit ses résultats, son flair pour recruter et faire monter la valeur des joueurs. Avec nous, il est très calme et ne fait pas de grandes déclarations : on ne voit jamais ses émotions… Mais en affaires, c’est le plus fort !" (rires)

Seule club à avoir battu Genk en Play-Offs 1, le Matricule 1 passe un nouveau test de maturité lundi contre Bruges. "Ils nous ont sèchement battu en phase régulière, nos stats n’étaient pas bonnes face aux équipes du top 6 mais on a réussi à gommer ces détails qui nous coûtaient les points. On reste sur 3 victoires… et tant qu’on gagne, j’ai mes petites habitudes : je viens au match avec les mêmes habits et je porte les mêmes bijoux. (rires) Depuis que j’ai retrouvé la D1A, aucun joueur ne m’effraie particulièrement… mais le petit Yari Verschaeren m’a scotché : il bouge bien, il sent les appels, il se place intelligemment. S’il est bien encadré, il va devenir un tout grand."

Loin du tacot Anderlecht, l’ex-Genkois veut soigner la fin de saison de ses couleurs. "Genk mérite d’être champion vu son parcours, ils n’ont jamais quitté la tête du classement : si le football doit gagner, ça doit être Genk. " On lui demande ce qu’il ferait, lui, si son Great Old devait décrocher la timbale… " J’ai encore quelques années pour y réfléchir… (rires) Le truc qui me fait plus peur ? Sauter en parachute ! Et même pour un titre de champion, je ne le ferais pas, je n’ai plus l’âge pour faire des trucs pareils. Étant jeune, j’aurais bien sauté dans le canal. Mais là, je boirais juste un verre, puis direction la maison, dans le fauteuil, avec mon enfant dans les bras !" (rires)

C’est aussi une bien belle activité.

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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