Fabrice Olinga : "Samuel Eto'o me doit toujours une voiture de luxe…"

Fabrice Olinga : "Samuel Eto'o me doit toujours une voiture de luxe…"
Fabrice Olinga : "Samuel Eto'o me doit toujours une voiture de luxe…" - © Tous droits réservés

Il est l’un des hommes en forme d’une équipe hurlue qui termine la saison en roue libre. Buteur le plus précoce de l’Histoire de la Liga, il évoque Neymar, les contrats libellés en Flamand, Isco, sa jeunesse volée et Pini Zahavi. Mais aussi les combines au Cameroun, Kevin De Bruyne, les cotes dans les journaux, Didier Lamkel Ze et les agents véreux. Et surtout un rêve avec Pep Guardiola. Fabrice Olinga passe " Sur Le Gril ".

Longtemps à Mouscron, les journalistes locaux l’ont surnommé l’" attaquant qui ne marque jamais " : il faut dire qu’en sept ans de professionnalisme, Fabrice Olinga n’a buté que… deux fois. Cette saison a tout changé : relégué dans le noyau B l’an passé par Bernd Storck, repêché par son successeur Bernd Hollerbach, le Camerounais a tendu quatre fois les filets adverses.

J’ignorais qu’on me surnommait comme ça, les journalistes sont parfois très durs " sourit Fabrice Olinga, fraîchement installé dans la salle de presse du Canonnier après l’entraînement du matin. " Mais je n’ai jamais douté de mon talent, je ne me suis jamais mis la pression : simplement, je m’étais habitué  à jouer et à travailler pour les autres. Les coaches se succédaient et me disaient tous la même chose : ‘Fabrice, on ne comprend pas, tu es capable de tellement mieux !’ Je devais plus penser à moi : j’ai recommencé à frapper au but car pour exister dans le foot actuel, il faut pouvoir présenter des statistiques ! Le résultat est là... mais je me sens aussi beaucoup mieux que l’année passée et le terrain en témoigne. "

" Bernd Storck m’a humilié sans raison "

Une saison écoulée à oublier au plus vite : Olinga n’entrait pas dans les plans du coach précédent. Et il l’a bien senti.

Autant Hollerbach est un homme franc et honnête, autant celui du Cercle Bruges (NDLA : il évoque Bernd Storck mais se refusera à citer son nom…) ne l’était pas. Il m’a dégradé, il m’a humilié sans m’en dire la raison, il a sali mon image. L’autre jour, je l’ai vu au stade, j’ai refusé de lui serrer la main : c’est sans doute un bon entraîneur, mais ce n’est pas une bonne personne. Le club ne m’a pas soutenu non plus : les résultats étaient bons, le coach était le roi, le club lui a donné tous les pouvoirs. Je pouvais aller à la CAN, le club le savait, mais tout s’est envolé. Mais je suis resté correct, je le prends comme un apprentissage : aujourd’hui, je retrouve le plaisir et bientôt on va retrouver un ‘grand Fabrice’" (sic)

" Quelque chose de beau allait m’arriver… " 

Car tout jeune, Fabrice Olinga se profilait comme l’une des pépites du foot africain. Formé à l’Académie montée par Samuel Eto’o, l’idole du cuir camerounais, il devient à 16 ans et 98 jours le plus jeune buteur absolu du championnat espagnol. Un record qu’il chipe à un certain Lionel Messi… et qui tient toujours.

" Et je pense même qu’il va tenir longtemps, car il sera très difficile à battre… Même Ansu Fati n’y est pas arrivé pour Barcelone ! Je me souviens très bien de ce but : c’était avec Malaga contre le Celta Vigo… et je savais avant le match que ce jour-là, quelque chose de beau allait m’arriver ! Le coach Manuel Pellegrini avait besoin de joueurs : j’étais le meilleur de la formation, j’avais fait toute la pré-saison avec l’équipe A. Ce soir-là, au moment où Diego Buonanotte fait son geste de piquer le ballon, j’ai anticipé, je savais que le reste allait suivre. C’est un peu le même but que celui contre Ostende le week-end passé ! (rires) Et le lendemain, moi le petit mec de l’université, j’avais toutes les télés devant ma porte ! J’ai joué la Liga, c’était du pur plaisir, sans pression, que des souvenirs de joie. J’ai joué contre Neymar, j’avais rêvé de ça depuis tout petit. "

Le contrat en Flamand à Zulte…

Mais la suite va épouser les contours de la galère. Pour révéler l’immonde visage du foot-fric et ses détestables pratiques.

" Après la Coupe du Monde 2014,  quand je suis revenu à Malaga, j’avais, sans le savoir, signé un contrat qui m’envoyait à Limassol, à Chypre. Je me suis aussi retrouvé en Roumanie, dans un club dont je n’avais jamais entendu parler (NDLA : Viitorul Constanta). Quand j’ai abouti à Zulte Waregem, les dirigeants ont voulu me faire signer un contrat en Flamand dont je ne comprenais pas un mot. Je n’avais que 18 ans et j’étais seul, sans personne pour m’expliquer. Imaginez tous ces gamins africains qui, comme moi, rêvaient de taper le ballon : ils viennent du néant, ils sont prêts à tout. Des gens les mettent sous pression, ils subissent les choix des autres. Aujourd’hui, les agents sont les alliés des clubs plus que des joueurs : le pillage du foot africain se poursuit et les instances font semblant de ne rien voir. "

" Samuel Eto’o me connaît mieux que moi-même "

Tout jeune, la presse camerounaise l’avait pourtant rebaptisé " le petit Eto’o " : un avenir doré lui était promis. Jusqu’à se retrouver à Mouscron…

" Quand ils m’ont vu arriver ici, avec mon CV, certains ont été troublés… et moi aussi : je me suis demandé alors pourquoi je jouais au football, je ne le faisais plus que pour nourrir ma famille. Je n’avais pas rêvé ma carrière comme ça. À l’époque où je fréquentais sa Fondation, Samuel Eto’o me parlait beaucoup, il était fier de moi. Il me doit d’ailleurs toujours une voiture de luxe : il l’avait promise au premier de son Académie à débuter en D1... et ce fut moi ! (rires) On reste en contact aujourd’hui, il me donne des conseils de finition… et surtout, il me dit de toujours croire en moi : il croit même davantage en moi… que moi-même ! Lui me dit que je suis un grand joueur, mais moi je n’arrive pas à m’y faire : par le passé, j’ai pas mal perdu confiance, aujourd’hui cette confiance revient doucement. Mais à 10 ans, je quittais déjà ma famille… Aujourd’hui, je le regrette car j’ai vécu des choses horribles : j’ai été floué, on m’a traité comme une marchandise. Je sais aujourd’hui que le milieu de foot est vraiment pourri : le ballon est ma passion, mais je déteste tous ces gens qui gravitent autour. J’aurais préféré ne pas connaître ce monde-là… "

" Les meilleurs ? Butez, Boya… et moi "

On lui demande de se définir en 3 mots, il nous répond " gentil " (" même trop gentil, j’ai été éduqué dans la bienveillance et en apprenant à prendre soin de mes proches "), " patient " (on comprend pourquoi…) et " ambitieux " (" car je sais que je vais encore aller très haut… "). Et c’est précisément d’un manque d’ambition dont il souffre dans son club actuel.

" Mouscron avait clairement le potentiel pour viser les Play-Offs 1, sur le terrain on a fait le job pour prendre ces 27 points à la trêve hivernale. Mais le club ne fait pas ce petit plus pour franchir un palier. C’est vrai, il y a la longue absence du coach (NDLA : Hollerbach souffre d’une mystérieuse pneumonie et s’est fait relayer par Philippe Saint-Jean), mais ce n’est pas une excuse. On peut battre tout le monde, on veut redorer notre blason et laver notre image après nos derniers matches médiocres. Mais le club doit aussi dire s’il veut investir pour passer un cap. On a d’excellents joueurs ici ! Les 3 meilleurs de Mouscron ? Jean Butez, dont j’ai directement vu le potentiel, Frank Boya… et moi ! Mais parce que vous me posez la question! Car je suis tout, sauf prétentieux... " (rires)

" Gagner la Coupe du Monde… "

Revenu à un niveau plus proche de ses véritables capacités, Fabrice Olinga a aussi retrouvé depuis quelques mois son équipe nationale, les fameux Lions Indomptables rendus célèbres par l’inénarrable Roger Milla.

Dès ma première sélection, j’ai marqué… sur une passe de Samuel Eto’o : j’étais vraiment prédestiné ! Après, au Cameroun, c’est toujours la même chose… et c’est pareil dans le reste de l’Afrique : il n’y a pas d’organisation, on discute encore les primes à la veille des grands tournois. À la Coupe du Monde 2014, c’était la même ‘bombe’ ! (sic) L’entraîneur ne décide pas seul de sa sélection, tout le monde intervient et influence. Même Eto’o est jalousé au pays, certains boudent car Samuel était le meilleur et tout le monde ne l’acceptait pas. Imaginez que, chez vous, Vincent Kompany appelle Kevin De Bruyne pour la sélection… et que Kevin commence à faire la tête ! Chez nous, c’était comme ça… Hugo Broos s’en est aperçu et a fait son grand nettoyage : il est venu, il a gagné la CAN et il est reparti, moi je dis ‘Chapeau’ ! Mais au Cameroun, il y a des choses qu’on ne réparera jamais… et c’est comme ça que de grands joueurs optent pour des sélections européennes. Mais je suis sûr qu’un jour, un pays africain gagnera la Coupe du Monde. Et de préférence le Cameroun ! " (clin d’œil)

 " Isco, le meilleur… "

Du Cameroun à la Belgique, il n’y a qu’un pas : notamment via le nouveau compère de sélection d’Olinga, un certain… Didier Lamkel Ze.

On a passé 10 jours en stage ensemble avec les Lions, j’étais en permanence plié en quatre de rire avec lui. C’est un spécial, mais ce n’est pas un mauvais garçon. Et contrairement à ce qu’on croit, il sait parfaitement ce qu’il fait… Didier doit juste veiller à mieux s’entourer et à surveiller son image, car il joue à l’Antwerp… et l’Antwerp est un grand club ! Sur le terrain il est parfait, il lui reste à le devenir aussi au-dehors… Mais le meilleur avec qui j’ai joué, c’est Isco à Malaga : lui, c’est un vrai prodige. Mais ici aussi, vous avez de fameux joueurs, et notamment certains passés par Mouscron : Omar Govea était impressionnant, Jonathan Bolingi aussi et Aleix Garcia actuellement. Je rêve de jouer en France, en Angleterre ou à nouveau en Espagne. Mais quand je suis arrivé en Belgique, je suis devenu fou (sic) tellement on jouait dur. À Malaga, je n’ai jamais dû faire des efforts défensifs comme ici. Si tant de pays viennent piquer des joueurs en Belgique, ce n’est pas un hasard. Le championnat est très bon et certains clubs feraient mieux de regarder ce qu’ils ont dans leur vestiaire au lieu d’aller chercher du moins bon ailleurs… "

" Pini Zahavi fait bien son métier… "

On le voit chipoter sur son téléphone, on lui demande quelles sont les trois personnes les plus connues de son carnet d’adresses… Et l’ailier de répondre : " Ma femme, Samuel Eto’o et Pini Zahavi ! ". Le dernier nommé étant l’un des plus puissants agents du monde... et l’homme ayant régenté dans l’ombre le club hurlu. Parfois au grand dam de son poulain Olinga…

Je lui en ai beaucoup voulu, mais maintenant c’est passé : j’ai compris que certaines choses dans ma carrière étaient aussi de ma faute. Il est très critiqué, chacun travaille à sa façon et a son propre style, mais lui fait bien son travail… sinon Neymar ne serait pas au PSG ! Certains journalistes aussi peuvent faire ou défaire la carrière d’un joueur avec les cotes qu’ils donnent après les matches dans les journaux. Moi, je ne regarde jamais, car je sais comment j’ai joué ? Thibaut Peyre, lui, il épluchait tout ! " (rires)

" Avec De Bruyne, je mets 40 goals… "

Aujourd’hui, Fabrice Olinga veut regarder à nouveau vers le haut. En espérant même que la réalité dépasse un jour la fiction.

Je fais souvent des rêves de foot. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai rêvé que je m’entraînais avec Aleix Garcia à Manchester City… et qu’Aleix corrigeait Pep Guardiola lors d’un exercice en lui montrant le bon geste. Et Guardiola rétorquait que le coach, c’était lui ! (rires) J’ai raconté ça au vestiaire, Aleix s’est bien marré. Eh bien, moi je sais quelque part que dans 5 ans, je jouerai dans un grand club : mettez-moi Kevin De Bruyne comme équipier, et je mets 40 buts sur la saison ! Aujourd’hui, je ne me mets plus de barrières : hier je vous aurais dit non, mais aujourd’hui je sais que je peux faire ce pas qui va changer mon destin. Et un jour, je brillerai au sommet... "

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

 

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