Edito : Refaelov Soulier d'or 2020, le Roi Lior

Edito : Soulier d'or 2020, le Roi Lior
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Edito : Soulier d'or 2020, le Roi Lior - © Tous droits réservés

La fuite des talents belges et l'appauvrissement qualitatif de la compétition domestique entraînent chaque année la même fausse interrogation auprès des aigris : "le lauréat du Soulier d'or est-il un vainqueur au rabais ?". Vu les circonstances particulières de cette année 2020, le rabotage en règle du championnat et la suppression d'un tour de scrutin, on peut imaginer que ces mêmes révoltés de la godasse vont élever leurs sarcasmes plus haut encore… Dommage.


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Car oui, je pense que le Soulier d'or devait bien être décerné. Et que c'eût même été faire injure aux protagonistes de notre compétition que de ne pas souligner, via cet emblématique trophée, les efforts accomplis durant ces cinq mois où tous ont dû faire fi du contexte sanitaire pour enchaîner les matchs (parfois à un rythme démentiel), se soumettre à des protocoles stricts, se protéger, parfois devoir couper leur rythme d'entraînement pour soigner, symptomatiquement ou asymptomatiquement, une maladie dont les séquelles, chez certains, se sont fait ressentir plusieurs semaines après leur déclaration effective… Plus que jamais donc, les footballeurs ont eu du mérite. Et plus que jamais, le Soulier d'or a de la valeur.

Constant dans l'inconstance

Lior Refaelov ne peut certainement pas être qualifié de "petit Soulier d'or". De la même manière qu'il n'existe pas de "petit pénalty", il n'existe pas de "petit Soulier d'or". Car, pour chaque lauréat élu, les votants placeront dans ce vocable l'étendue des émotions qu'il leur aura procurées. Et celles-ci sont difficilement objectivables. Ce qui semble vrai, à l'inverse, c'est que le mode de scrutin spécifique à cette année 2020 aura sans doute joué en faveur de l'Israélien. Car le brio de Refaelov ne se déploie pas systématiquement dans la continuité. Le milieu de terrain a toujours alterné les hauts et les bas. Une alternance...régulière qui ne lui a jamais permis de planer toute une saison (ou une année civile) au-dessus de la mêlée, mais qui, à l'inverse, ne l'a jamais fait plonger non plus dans de trop prolongés passages à vide. Deux tours traditionnels de vote auraient sans doute davantage fait le jeu des Brugeois (en l'occurrence de Simon Mignolet), ils auraient peut-être fait vaciller la cote de Refaelov. Mais ils auraient surtout réduit à néant les chances de Raphael Holzhauser... Bref, qu'importe les spéculations puisque les jeux sont faits et que les urnes ont parlé.

Qu'importe aussi que Refaelov ne compte "que" 6 buts et 3 assists à son actif cette saison, là où son concurrent autrichien explose les compteurs (11 buts-11 assists) et que Paul Onuachu culmine déjà (c'est le cas de le dire…) à 19 buts. S'il ne s'agissait que de chiffres, le classement du Soulier d'or serait établi automatiquement et le vote ne serait même plus utile. Or, il s'agit bien d'un "referendum", par essence personnel et subjectif.

Ce que j'apprécie chez Refaelov, c'est son élégance intrinsèque, son leadership naturel. L'Israélien est le genre de joueur pour lequel "le public se déplace" (expression quelque peu anachronique en ces temps perturbés…). Il arrive que certains joueurs perdent leurs moyens lors des grands rendez-vous. Refaelov, lui,  préfère répondre présent. C'est grâce à lui que l'Antwerp a conquis la coupe de Belgique face à Bruges (et que Bruges avait conquis le même trophée, il y a quelques années, face à Anderlecht…). C'est grâce à lui aussi que l'Antwerp est venu à bout de Tottenham en Europa League, dans le plus beau match qu'il m'ait été donné de voir sur le sol belge cette saison…


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Certes, les matchs de coupe d'Europe ne sont pas censés intervenir dans les critères de vote pour le Soulier d'or (quand bien même ceux-ci n'aient jamais été explicités de façon très claire…), mais dans le cas de Refaelov, le parcours européen du Matricule 1 aura joué un rôle non-négligeable. Car, aussi curieux que cela paraisse, Refaelov y a été sublimé par son entraîneur, Ivan Leko, celui-là même qui ne le faisait plus jouer à Bruges...

Ce qui amène à une autre qualité du joueur : l'humilité. Quoique conscient de ses qualités, Refaelov n'a jamais été du genre à faire des vagues. Quand Michel Preud'Homme ne le faisait plus jouer au Club, c'est parce que il estimait que Victor Vazquez convenait mieux à son système. Idem quand Leko lui a préféré Hans Vanaken pour les mêmes raisons (mais un autre système…). Dans les deux cas, Refaelov a réagi en professionnel, préférant se concentrer sur son jeu que se perdre en déclarations tapageuses. Une attitude qui plaît. La preuve, MPH a voulu l'attirer ensuite au Standard, et Leko en a fait la figure centrale de l'animation anversoise…

Sans gala, mais avec Gal

Si c'est la première fois que Lior Refaelov termine en tête du classement du Soulier d'or, ce n'est pas la première fois qu'un (ou plutôt une) Refaelov repart de la cérémonie avec un trophée. En 2014, Gal Refaelov (son épouse) avait en effet reçu le "Gouden Pump" de la plus belle femme de footballeur (!) devant mesdames Suarez, De Pauw et Ndiaye. Une distinction aussi sexiste que rétrograde, qui a heureusement (et enfin !) fini par faire place au vrai Soulier d'or féminin.

Mais aussi contestable soit-il, ce "Gouden Pump" a au moins le mérite de rappeler qu'il y a 7 ans, Refaelov faisait déjà partie de notre paysage footballistique. Dans le foot moderne, où l'on assimile si vite (et en se moquant des clichés) le joueur étranger à un mercenaire, il est bon de rappeler que des exceptions existent. Cela fait 10 ans déjà que Lior Refaelov arpente les pelouses de la Jupiler Pro-League. Un bail qui a fini par le faire renoncer à l'équipe nationale israélienne (dernier match le 9 octobre 2017 contre l'Espagne), ainsi qu'à quelques sollicitations étrangères plus rémunératrices. 

Alors, certes, une troublante coïncidence (interview pleine page du lauréat dans les colonnes de l'organisateur du trophée Het Laatste Nieuws, le jour même où les formulaires de vote étaient envoyés…) a pu faire penser à une forme plus ou moins discrète de lobbying pro-Refaelov (et quand bien même, les votants restent seuls maîtres à bord…), certes, le couronnement de l'Anversois a un côté "Life Time Achievement" que ne dénigrerait pas l'Académie des Oscars, il n'en reste pas moins que le nom de Refaelov ne fait pas tache au palmarès. Un palmarès qui couronne le Great Old pour la 3è fois de son histoire (après Vic Mees en 1956 et Wilfried Van Moer en 1966). En ces temps de covid où chaque jour passé rappelle le film Groundhog Day (Harold Ramis, 1993, avec Bill Murray et Andie MacDowell), un peu de variété ne fait pas de tort… Alors, debout les campeurs. Et haut les cœurs !

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