Dylan De Belder : "Le coronavirus ? Je sortirai encore moins de chez moi…"

Il traîne depuis longtemps l’étiquette de buteur trop court pour le haut niveau. En attendant, le voici capitaine d’une phalange qui vient de réaliser le miracle du maintien. Il évoque Lucas Biglia, son addiction pour les pompes, Bernd Storck, les feuilles d’impôts monégasques, Eden Hazard et Bob Dylan. Mais aussi la leucémie de Miguel Van Damme, les rituels du Cercle, Clinton Mata, le Stade Tondreau et les Play-Offs 2. Et forcément le coronavirus. Dylan De Belder passe " Sur le Gril ".

Chômage technique : comme toute la Belgique ces prochaines semaines, le Cercle va tourner carré. Le Covid-19 est passé par là : suspendu le championnat, paralysés sans doute les entraînements… Même si depuis samedi passé, le plus petit des locataires du Breydel a clôturé sa saison en célébrant son maintien.

" Le coronavirus me fait quand même un peu peur, surtout pour ma famille " concède Dylan De Belder, le capitaine montois du Cercle Bruges : " Pour moi, ça ne va pas changer grand-chose, je suis un casanier de nature, je ne sors pas beaucoup. Le médecin nous a fait un briefing info sur les mesures d’hygiène, ça fait même plusieurs semaines qu’on se salue avec un check du poing : on a pris cette habitude suite à une épidémie… de gastro dans l’équipe ! Dimanche, on devait d’abord jouer contre Ostende à huis clos, et cela aurait fait bizarre : je n’ai jamais joué de match dans un stade vide, j’ai suivi la Champions League cette semaine et c’est étrange de fêter un but dans le silence absolu. Les célébrations font partie du foot, quand même ! Moi en tout cas, sans supporters, je ne joue pas le même match … "

" Jamais approché pour un match… "

Cette 30e journée ne devrait être que reportée… et Waasland-Beveren, dont la culbute ne tient plus qu’à un fil, va sortir toutes les ficelles juridiques pour l’éviter. Et en accueillant Ostende après son miraculeux 12 sur 12, le Cercle va presque pouvoir choisir le descendant…

 " Qui je préfère, entre Ostende et Waasland ? J’ai joué un an à Beveren, j’y ai encore des amis : le capitaine Maximilien Caufriez m’a d’ailleurs appelé pour me demander si on allait jouer le coup à fond vu qu’on avait reçu 5 jours de congé cette semaine. Je lui ai dit que oui, on veut gagner devant nos fans pour fêter la tête haute notre maintien. Donc Ostende ou Waasland, peu m’importe, on va faire le boulot. Moi de toute façon je n’ai jamais été approché pour cochonner un match… et je n’ai jamais remarqué de comportement bizarre d’un équipier. Un jour sans, ça peut arriver à tout le monde. Et même si un joueur passe à travers, on joue à onze et c’est compliqué de perdre un match tout seul. Sauf si on est gardien… "

 " Une pièce dans le cochon… "

Outre le coronavirus, les questions de santé font l’actualité depuis des mois en Venise du Nord, version verte et noire. Le gardien Miguel Van Damme lutte contre une leucémie et il a déjà connu 3 rechutes.

Miguel est un bon ami, il était déjà là il y a 6 ans quand je me suis entraîné quelques mois ici après ma rupture de contrat à Mons. Miguel est une force de la nature, il a le mental costaud d’un sportif de haut niveau et on en apprend beaucoup à ses côtés. L’autre jour à la muscu, il se donnait à fond… alors que nous, on avait juste envie de carotter : en voyant ça, on n’ose plus se plaindre... Il y a au Cercle une chaleur et un esprit typique des vieux matricules : je termine ma 3e saison ici, c’est le club où j’ai le plus joué avec Mons, je me suis attaché à ce blasonEnfin, pardon, ici on ne peut pas dire ‘club’, on dit ‘association’ ! Au début, Dany Verlinden, le coach des gardiens, nous obligeait à mettre une pièce dans le cochon à chaque lapsus. Planter le drapeau du Cercle sur le rond central en cas de succès dans le derby samedi passé ? Bien sûr que je l’aurais fait ! " (sourire)

" Bernd Storck a supprimé les amendes… "

Satellite de Monaco, le Cercle a bâti son maintien sur la grande lessive opérée au mercato hivernal par Bernd Storck. Un coach qui a réussi à drainer toute l’équipe derrière lui.

C’est un entraîneur qui a un discours clair et honnête : il dit aux joueurs sur lesquels il ne compte plus qu’il est mieux pour eux de partir ailleurs. Il a obtenu une autodiscipline de chacun : plus question d’arriver en retard, les repas sont pris en groupe, on arrive ensemble, on repart ensemble. Et ses sanctions sont purement sportives : ceux qui ne suivent pas peuvent rentrer chez eux ou même changer de club. La preuve : il a supprimé les amendes car elles ne sont plus nécessaires ! Il a aussi repositionné tout le monde : avant, on courait un peu perdus sur le terrain, lui a un jeu construit toujours axé sur l’offensive. Il nous donne de la confiance car il nous dit que les qualités, on les a : même lors du derby, on pratiquait un haut pressing sur les joueurs du Club. Du coup, on n’a jamais perdu espoir, même quand on avait 9 points de retard sur l’avant-dernier. Avec la qualité de notre jeu, même nos adversaires nous disaient que le vent allait finir par tourner. C’est aussi Storck qui m’a désigné capitaine : je discute la tactique avec lui en début de semaine et je négocie les primes. Et non, elles ne sont pas exemptes d’impôts à Monaco. " (rires)

" Payez-moi mes chaussures… "

Des Play-Offs 2 que le Cercle va donc disputer tel un miraculé. Reste à savoir quand…

Vu notre situation, on ne va pas les bâcler : ce serait un comble de cracher dessus alors que c’était notre objectif de saison en étant revenu de si loin. Contrairement aux autres, on est content d’y être et on veut exploiter notre spirale positive. Comme 14e, on est déjà sûr d’hériter du 7e… donc forcément de Malines, Genk ou Anderlecht. Viser l’Europe ? (Il sourit mystérieusement) On va prendre match par match, on verra où ça nous mène... "

Promu en D1A sous… Frankie Vercauteren, Dylan (" Non, mon prénom ne vient pas de Bob Dylan, j’ai posé la question à mes parents… qui devaient avoir un trip anglais puisque mon frère s’appelle Mike ") De Belder a intégré les petits rituels locaux… en plus des siens.

Moi, je ne pratique pas le caleçon sale ! (clin d’œil) Mais avant chaque match, j’ai besoin d’avoir ma boisson énergétique que je vais chercher au même magasin. Ici, les supporters m’ont même demandé sur Instagram de ne plus jouer avec mes chaussures bleues vu que ce sont les couleurs du Club. Je leur ai répondu que je voulais bien en porter d’autres mais qu’ils devaient me les payer… car ici tout est aux frais du joueur (rires). Mais lors du derby, je les portais quand même... S’habiller en vert dans le civil ? C’est pas facile à porter, hein ? (sourire) Mais mes chaussures, c’est sacré. J’ai à la maison une longue collection de baskets de ville : dès que j’en vois une paire qui me plaît, je la prends, je suis une vraie fille ! (rire) Et je n’en jette aucune, toutes les vieilles sont dans mon armoire. Sur le terrain, je joue toujours avec les mêmes studs depuis que Jérémy Perbet m’a tuyauté. Ce jour-là, j’avais mes crampons moulés, il m’a dit de changer et que j’allais marquer… et c’est ce qui s’est passé quand je suis monté au jeu ! Un vrai visionnaire ! "

" Je ne suis pas revanchard… "

En attendant, celui qui a longtemps traîné l’étiquette de joueur trop court pour l’élite affiche une centaine de matches en D1A et quelque 200 piges comme footeux pro. Il lui reste cette casserole de la cale sèche...

Je n’ai marqué qu’un but cette saison… mais j’ai été longtemps blessé. Mais j’ai été meilleur et co-meilleur buteur de D2 et je n’ai jamais douté que j’avais le calibre d’un joueur de D1 : je n’en veux à personne, je ne suis pas revanchard. Chacun fait ses analyses, mais je constate que je porte le brassard d’un vrai club de D1. J’aimerais marquer plus, c’est vrai, mais je préfère inscrire un but moche… mais décisif que dix très beaux qui ne servent à rien ! (rires) Vous savez, même Romelu Lukaku est sans cesse critiqué alors que lui sait vraiment tout faire : je jouais déjà contre lui en jeunes, c’était un monstre ! J’ai été International U21 avec des joueurs comme Batshuayi, Carrasco, Malanda ou Praet : ils étaient déjà titulaires dans leur club… alors que moi, je cirais le banc à Mons. Donc je n’ai pas de regrets : chacun sa trajectoire. L’adversaire qui m’a le plus impressionné ? Sans doute Lucas Biglia. Et tout récemment Clinton Mata : lors du dernier derby brugeois, il m’a vraiment dégoûté. Sur le terrain, je le lui ai dit : ‘Mais que fais-tu encore en Belgique, toi, t’es vraiment trop fort !’ "

" L’Albert méritait mieux… "

À une autre époque, De Belder portait la casaque de Dragon montois. Depuis, l’Albert est passé à trépas. Et le Stade Tondreau sonne creux pour des matches de séries inférieures.

J’habite à 5 minutes du stade, toute ma famille réside dans le coin. Ça me fait toujours mal ce qui est arrivé là-bas, à cause d’une mauvaise gestion et pas mal d’incompétences. C’est un peu le problème du football belge, les mauvais gestionnaires… Mons mérite un club au plus haut niveau : l’ancien Président Dominique Leone a sans doute été plus victime que coupable car il était entouré de gens qui ne voulaient pas forcément tout faire pour sauver le club… Et aujourd’hui, à cause de querelles de clochers, le train est sans doute passé et les supporters ne se sont pas retrouvés dans un projet porteur. Quand je passe devant le stade, tout ça me revient… "

" Je suis plus fort qu’Eden Hazard… à Fortnite "

Homme de lien, sourire enjôleur, De Belder cite ses deux meilleurs amis du foot : Noé Dussenne… et un certain Kylian Hazard.

Kylian est un vrai Hazard, quand je le vois jouer j’ai l’impression de voir Eden : la même démarche, la même explosivité, les mêmes petits trucs techniques. Il ne lui manque que le côté décisif de son frère : peut-être qu’il est trop jouette… mais je ne vais pas le lui reprocher, moi aussi je suis comme ça (rire). Mais il y a des jours, il arrive à l’entraînement et il dit : ‘Aujourd’hui, personne ne me prend cette balle…’ et il y arrive ! Kylian est jeune, il peut encore faire une grande carrière. On va toujours manger l’un chez l’autre, on est allé ensemble voir le PSG, le Real et Dortmund en Champions League. Et il y a au moins un domaine où je suis plus fort que les Hazard : à Fortnite, je bats chaque fois Eden et Kylian ! " (rire)

Et puis bien sûr il y a Noé Dussenne, celui avec qui Dylan a connu toutes les galères, à Mons et au Cercle.

Noé, c’est vraiment mon pote, on a tout vécu ensemble : il a chopé une sale blessure juste après son beau transfert au Standard mais il vient de reprendre les entraînements, et peut-être qu’il jouera encore cette saison. La plus grande connerie qu’on a faite ensemble ? Olala, il y en a des paquets… La dernière en date ? Je filmais avec mon smartphone pendant qu’il conduisait, il a été distrait et on a failli cartonner le gars devant. J’ai toujours en vidéo son visage horrifié quand il se voit déjà mourir. On en a bien ri… mais sur le moment, il n’était pas bien ! "

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver en radio sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.