Droits télé du foot : le sort crypté des abonnés…

Bruges champion 2019-20 ? L'abonné télé n'a rien vu...
Bruges champion 2019-20 ? L'abonné télé n'a rien vu... - © KURT DESPLENTER - BELGA

Avec l’arrêt du championnat de Pro-Ligue, c’est plus que jamais le flou pour le téléspectateur du foot belge. Entre espoir de reprise des matches, scénario de remboursement des abonnés et application du nouveau contrat médias, bienvenue dans un univers très crypté. Tentative d’éclairage.

En décidant le 1er avril dernier de cesser illico le championnat, le Conseil d’Administration de la Pro-Ligue a dribblé tout le monde. " Ils ont encore tout décidé entre eux, sans en parler à personne, ni prendre en compte les enjeux et les conséquences " nous glisse un insider.

Reste à savoir si le dribble sera efficace… ou contre-productif. L’UEFA est montée sur ses grands chevaux : dossier plus que jamais en cours… et dont on n’a pas fini de parler puisque le foot belge risque d’être sanctionné à l’échelle européenne. Mais les ayant-droits actuels (en clair, les télés détentrices des droits), malgré leur silence, sont remontés.

No comment " lâche Christian Loiseau, Directeur de BeTV, qui négocie les droits pour VOO. Lequel justifie : " La situation est trop touchy… et de toute façon, nous n’avons pas la main pour la suite. " Référence au nouveau contrat médias, enlevé par le groupe britannico-italien Eleven qui, n’étant pas opérateur, va sous-traiter la diffusion des matches aux partenaires actuels, le trio Proximus-VOO-Telenet.

Un contrat d’une durée de 5 ans (les contrats précédents étaient de 3 saisons), décroché pour 105 millions d’euros par saison : c’est dire que les enjeux sont considérables. Ce qui explique la prudence de communication et la nervosité des clubs sur les thèmes de la redistribution du magot et du prochain format à négocier.

Quid des abonnés ?

Outre l’intérêt des clubs et des acteurs télé, il y a bien sûr celui des abonnés, qui ont payé cher et vilain… pour être privés du plat de résistance que constituent les Play-Offs.

Nous restons en contact avec la Pro-Ligue pour dégager une solution acceptable pour nos clients " explique Haroun Fenaux, le porte-parole de Proximus. " Notre priorité reste une priorité de contenu, c’est-à-dire pouvoir continuer à offrir des matches de ce championnat. Il faudra voir les mesures qui seront prises dans le cadre de la crise du Covid-19 et dans quelle mesure une éventuel déconfinement progressif, comme on en parle, pourrait permettre la tenue de matches, de quels matches et dans quelles conditions. Nous sommes ouverts à toutes les discussions. Après seulement, et seulement après, si rien de tout cela n’est possible, nous envisagerons les aspects financiers. "

Car la question des pépettes reste évidemment le nerf de la guerre. Contrairement à la plupart des pays étrangers, les droits télé en Belgique ont toujours été payés par tranches… et à l’avance. " Car les clubs voulaient du cash rapidement " nous éclaire un expert du secteur. La dernière des 4 tranches de 20,5 millions d’euros a été payée juste avant l’irruption du coronavirus dans nos vies. Par la voix de son CEO Pierre François, la Pro-Ligue se retranche derrière une clause de force majeure pour conserver cet argent.

Pierre François a adopté une attitude ultra-défensive qui choque un peu le secteur, et des recours se préparent " nous glisse un observateur. " Ce sera une joute entre juristes, les avocats vont bien s’amuser " ajoute une autre source. " Mais le droit n’est pas la justice : si ce pour quoi vous avez payé ne vous est pas livré, vous devez être remboursé. Même si d’un pays à l’autre, on voit des différences. Regardez les agences de voyage anglaises : les gens qui ont payé leur voyage ne seront pas remboursésMais personne ne sait quelle voie sera choisir en Belgique pour le foot. "

Toutefois, cela semble clair : les chaînes qui s’estiment lésées se retourneront contre la Pro-Ligue pour pouvoir ensuite indemniser leurs abonnés. Qui, pour l’instant, doivent se contenter de peu. " Nous rediffusons d’anciens matches, agrémentés de reportages exclusifs que nos équipes ont tourné avec des joueurs en Champions League " précise Haroun Fenaux chez Proximus. " Des reportages qui étaient programmés ces semaines-ci, pour diffusion durant les Play-Offs. "

La saison prochaine à combien ?

Car, même si la situation actuelle démontre le contraire, le foot ne s’arrête jamais. La décision concernant la saison en cours conditionnera… celle de la saison prochaine. Une réparation du dommage actuel pourrait se négocier sur le coût du prochain contrat, supérieur de 28% au contrat précédent (105 millions d'euros au lieu de 82).

Ajoutons que les projets de nouveau format (D1A à 18 ou à 20 clubs, et sans Play-Offs), ressortis des cartons suite à l’arrêt de la compétition et au crash annoncé des licences, complexifient encore le débat.

Les cartes seront-elles rebattues si le format du championnat est revu ? Le contrat d’Eleven sera-t-il remis en cause ? C’est peu probable, mais le nouveau détenteur de droits (NDLA : que nous n’avons pas pu joindre), ne s’en laissera pas conter, c’est évident. Les Play-Offs ont démontré leur force de frappe dans les audiences : pas question de les abandonner ainsi.

Mais là encore, tout s’est joué… sans en informer les opérateurs. " C’est toujours la même chose en Belgique : chaque club regarde dans son assiette et voit son intérêt immédiat, il n’y aucune vision collective " conclut un acteur chevronné des négociations. " C’est aussi lié à l’étroitesse du marché belge, qui donne aux droits télé un poids si vital pour les clubs. Mais c’est aussi culturel. En Angleterre, les clubs discutent d’abord ensemble… puis parlent d’une seule et même voix. Mais c’est plus facile aussi avec l’ampleur de la galette : le dernier de Premier League touche 20 millions d’euros par saison ! En Italie, les clubs proposent de jouer tous leurs derniers matches à huis clos, à Rome, dans des conditions rigoureuses de confinement. En Belgique, rien n’est clair… et ça ne changera jamais ! "

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