Dion Cools : "A Anderlecht, mon père me disait de mettre un maillot brugeois sous mon maillot mauve…"

Il est le back droit d’un Club Brugeois promis aux écussons… mais qui hoquette après sa défaite gantoise et avant sa visite au Parc. Pêle-mêle, il évoque Johan Cruijff, Kuching, Fernando Torres et le golf avec Preud’homme. Sans oublier ses bouquins d’économie, les tuyaux de Tom et Timmy, le rétro de CR7 et Gert Verheyen en version FIFA. Ni surtout le fameux vocable "match par match". Dion Cools passe "Sur le Gril".

Ne dites pas "Dion", dites "Dion-Johan Tchaï" : un prénom à rallonge lié à ses parents… et qui le prédestinait à tapoter le cuir. "Tchaï, c’est lié à ma Maman qui est Malaisienne. Dion, c’est de Dion Dublin, un ex-joueur de Premier League dont ma mère était fan. Et Johan, c’est parce que mon père adorait Johan Cruijff… même s’il ne m’en a pas trop parlé" explique Dion Cools. "C’est ma Maman qui m’accompagne au foot depuis que je suis petit. En Malaisie, les gens sont dingues du foot anglais : ils se lèvent la nuit pour suivre les matches en direct vu le décalage horaire. Ma mère est supportrice de Liverpool, elle m’a appelé durant les matches contre City tant elle était fière : quand on est fan de Liverpool, on est habitué à souffrir ces dernières années... Moi-même, petit, j’étais fan du duo Gerrard-Torres, j’imitais les longues diagonales de Gerrard, ses frappes et ses courses. Le foot anglais me parle beaucoup aussi, peut-être un jour…"

6 points d’avance sur Gand et Anderlecht … mais peut-être 3 dimanche soir en cas de revers à Bruxelles, où le Club n’a plus gagné depuis 20 ans : Bruges gère ses play-offs dans la posture du chassé … qui domine le championnat depuis son entame. "Tout le monde nous parle du titre, on essaie de ne pas y penser et de prendre match par match : c’est un cliché, mais c’est important car certains pourraient se mettre à planer … même si ce n’est pas mon genre" explique le back droit de Leko. "On en parle un peu entre nous au vestiaire, de ce titre, mais ça nous énerve que le monde extérieur dise qu’on est déjà champion : je sais qu’en football tout peut aller très, très vite..."

Pas de stress

Titulaire sous Leko, qui l’avait déjà repéré en jeunes à OHL, revalorisé la semaine passée après Libombe et Mechele, les deux autres jeunes Belges en vogue au Club, Cools a déjà fêté un premier titre sous Preud’homme. "Je ne ressens pas la pression, c’était déjà comme ça à mon tout premier match : j’aime l’énergie d’un stade, mais quand le match commence, je suis dans ma bulle, je n’entends plus le public. Si on joue un match pour le titre, je ne serai pas paralysé par les 20 millions d’euros d’enjeu financier, je serai en revanche surmotivé par l’enjeu sportif. Et si on est champion, je ne vais pas jurer, comme certains, que je vais plonger dans les canaux de Bruges. Mais on fera une grosse fête et on va bien boire, ça c’est sûr. On forme une équipe très soudée. "

Une équipe cimentée autour d’un Papy toujours bel et bien présent. "Timmy Simons m’impressionne, il est vraiment exceptionnel. Quand je le vois se donner à l’entraînement alors qu’il a le double de mon âge, et que c’est sans doute trois fois plus dur pour lui physiquement, je suis admiratif. Et tout cela en restant si positif, alors qu’il sait qu’il jouera peu : il donne des conseils à tout le monde. Je ne sais pas si dans son cas, je garderais autant de motivation et d’énergie. "

Reculer pour jouer

On le sait peu mais dimanche à Anderlecht, Cools va retrouver une partie de ses pénates : en jeunes, il a joué à Neerpede. "J’étais de la génération de Musonda, Amallah (Mouscron), Bossaert (Ostende)… et d’autres qui ont disparu des radars. À Anderlecht, c’était un peu la mentalité de stars et les joueurs venaient de partout, avec des mentalités contrastées, on formait moins un groupe. Je jouais comme médian, mais vu la concurrence, l’entraîneur m’a dit qu’en jouant derrière, j’aurais plus de temps de jeu. C’était un bon choix : j’y pense quand je reviens jouer à Anderlecht, j’aime montrer que j’ai réussi ailleurs… mais je remercie le Sporting de m’avoir fait reculer dans le jeu. J’ai acquis une polyvalence qui me sert bien aujourd’hui."

De cœur, Cools a pourtant toujours été Brugeois. Originaire d’Overijse, le choix mauve était un choix géographique. "Je ne voulais pas compromettre l’école, ni trop m’éloigner de ma famille et de mes potes. Mais pour mon premier match avec Anderlecht, mon père m’a demandé, pour le clin d’œil, de mettre un t-shirt de Bruges… sous mon maillot mauve ! Je n’ai pas osé…"

Gert, le modèle

Il reste que dans ses veines coule clairement du sang Blauw en Zwart. "Je me souviens que le premier maillot reçu en cadeau était celui de Gert Verheyen. J’étais fasciné par le numéro 9 et comme je jouais à FIFA avec Bruges, j’utilisais le personnage de Gert… et je marquais plein de buts. Plus tard, j’ai eu Gert comme coach en Diablotins et mes parents m’ont charrié en me demandant des autographes de lui. Mais ce n’est pas trop mon genre… Aujourd’hui, quand le jeu FIFA sort, je regarde comment les concepteurs m’ont grimé ainsi que mes cotes : avec mes potes, on joue avec passion… mais sans trop se soucier de tactique. "

Né dans la ville de Kuching, dépositaire de la double nationalité belge et malaisienne, Dion Cools a donc le choix de sa future sélection. "Le sélectionneur malaisien a déjà appelé ma mère, et la Fédération m’a fait plusieurs appels du pied… mais je réserve ma décision. Je ne cache pas que  j’ai les Diables Rouges en tête : j’ai fait toutes les catégories chez les Diablotins et avant la Noël, avec la forme que je tenais, j’espérais être appelé. La Coupe du Monde arrive, j’y ai pensé, mais j’ai perdu un peu du niveau que j’avais au premier tour. Et j’ai tout l’avenir devant moi."

178e FIFA…

Car entre les Diables Rouges, remontés à la 3e place au ranking FIFA, et les Tigres Malais, classés… 178e, son choix (sportif) est vite fait. "Le système Martinez est très proche du système mis en place chez nous à Bruges par Ivan Leko : trois centraux derrière, avec deux flancs qui arpentent tout le couloir. Il y a moins de concurrence chez les Diables derrière, et surtout sur les côtés, qu’au milieu ou devant. Meunier n’a pas de back-up désigné : j’en parlais parfois avec lui lors de nos retraites à Tubize, lui chez les A et moi chez les Espoirs. Thomas me donne pas mal de conseils, il a fait le même parcours tactique que moi, de l’avant vers l’arrière, même si au PSG il joue dans une défense à quatre. Notre passé d’offensif nous offre une plus grande palette tactique."

Du foot malaisien, il reconnaît d’ailleurs… ne rien connaître. "Je ne connais aucun joueur, je parle juste quelques mots via ma mère. Côté nourriture, je préfère la cuisine orientale : pour ça je ne suis pas belge, les pommes de terre, ce n’est pas trop mon truc ! Mais côté mentalité, je suis très belge : j’aime profiter de la vie. En Asie, ils se mettent la pression et travaillent toujours pour l’excellence. Là-bas à l’école, si vous ne faites pas 10 sur 10, c’est presque mal vu !" (rires)

But zarbi

Le football malais a crevé l’écran voici un peu plus d’un an, quand l’un de ses joueurs Mohd Faiz Bin Subri, a décroché le Prix Puskas FIFA pour le plus beau but marqué en 2016 : une sorte de de coup franc à la trajectoire folle, partant vers la gauche puis recroisant vers la droite, à la manière d’une frappe de Roberto Carlos jadis. "J’ai vu ce but, je ne sais pas comment il a fait… et je ne vais même pas essayer. Déjà si je veux tenter d’imiter le retourné acrobatique de Ronaldo contre la Juventus au match aller, il faut que je m’allonge d’abord à terre !" (rires)

À 21 ans, Cools s’apprête peut-être à fêter son 2e titre national, mais de là à prendre la grosse tête, très peu pour lui. "Je fais la part des choses, j’ai mes potes et il y a des moments pour se reposer… et d’autres pour sortir. On me demande des selfies en rue, c’est sympa, on a tous un égo, mais cela ne m’impacte pas. J’ai un peu le caractère d’un Asiatique pour ça : je suis calme et prudent, je prends les choses une à la fois, et surtout je relativise, on me dit parfois que je suis mûr pour mon âge. Je me passionne pour les livres de psychologie et d’économie : j’ai toujours eu une grande soif d’apprendre."

Pas de Ferrari

Les pieds bien calés au sol, malgré l’imminence d’un titre et ses émoluments liés à son nouveau contrat. "Mes parents sont très présents : je sais qu’ils sont fiers de moi. Et si aujourd’hui, je gagne mieux ma vie qu’eux, je mets tout de côté sur leur conseil. Ils me disent de ne pas tout flamber en m’achetant des Ferrari, mais ce n’est pas mon genre : je ne suis pas du tout matérialiste."

Sauf que côté loisir, Dion a tout de même touché au petit monde du nec. "J’ai appris le golf avec Michel Preud’homme et Davy De fauw lors des stages en Espagne. Aujourd’hui, j’ai un handicap 25, ce qui est, paraît-il, plutôt pas mal pour un débutant qui ne joue jamais…"

Dimanche, les Mauves devront peut-être surveiller son petit jeu...

"Sur le Gril", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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