Dimitri De Condé sur le gril : "Paul Onuachu peut devenir le plus gros transfert de l'histoire de Genk…"

Depuis 2015, c’est l’homme qui fait tourner la politique sportive de Genk. Qualifié pour les Champions Play-Offs, et à une semaine de la finale de Coupe face au Standard, il évoque Paul Onuachu, le modèle du Club Bruges, John van den Brom, le secret des transferts limbourgeois, Frank Vercauteren, les propriétaires étrangers et Brian Heynen. Mais aussi la Covid-19, Pep Guardiola, le process Kompany à Anderlecht, Alejandro Pozuelo, les bonus sur les transferts, Philippe Clement et le nivellement du championnat. Et forcément… le heavy metal ! Dimitri De Condé passe " Sur Le Gril ".

C’est l’un des clubs du moment : candidat affirmé à la 2e place derrière Bruges, rêvant d’une 5e victoire en Coupe de Belgique, le Racing Genk a retrouvé la forme au bon moment. Mais du fond de son Limbourg, le Racing aspire toujours à davantage de reconnaissance médiatique, derrière les 3 grands clubs de tradition du football belge.

Depuis la fusion Winterslag-Waterschei, nous sommes le 3e club le plus titré de Belgique, on l’oublie souvent " rappelle Dimitri De Condé, le Directeur Technique du Racing depuis 2015. " On nous présente toujours comme un club dont le modèle est de former des joueurs pour les vendre… et c’est vrai que nous avons une réputation de qualité dans le monde entier : nos ex-joueurs réussissent bien à l’étranger, et notre label nous permet d’obtenir de meilleurs prix dans les négociations. Mais nous restons d’abord un club de foot… notre objectif premier est de gagner des titres ! Ici, en quelques semaines, on a l’occasion de gagner la Coupe et de finir deuxièmes… car il est clair que Bruges est déjà champion vu la différence de points ! Mais dans mon cœur, à choisir, je prends la victoire en Coupe de Belgique ! En plus, on jouera le Standard, où j’ai passé quatre belles années comme joueur. "   

Les SMS avec van den Brom

Comme chaque club cette saison, Genk a connu les up and down : une saison Covid-19 frappée par la dèche financière, les huis clos et des équipes pratiquant les montagnes russes. Modèle de stabilité, le club limbourgeois a consommé 3 entraîneurs (Hannes Wolf, Jess Thorup, John van den Brom) et a douté de son technicien hollandais à la sortie d’un hiver marqué par une série catastrophique.

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Dimitri De Condé sur le gril : "Paul Onuachu sera sans doute le plus gros transfert de l'histoire de Genk…" © JOHAN EYCKENS - BELGA

John est surtout un excellent people-manager, c’est très clair. Et à Genk, avec la mentalité qui règne ici, c’est aussi le plus important : il faut d’abord gagner la confiance des joueurs, qui ont besoin d’être rassurés et sont très réalistes, c’est très limbourgeois ça ! Même durant notre période difficile, cet hiver, John a toujours eu le groupe derrière lui. Il parle Néerlandais… et tous nos trophées, nous les avons gagnés avec des coaches néerlandophones. Et tactiquement, il a aussi ses qualités : il prône un jeu dominant et offensif, c’est aussi l’ADN de Genk. J’ai tout de suite eu un bon feeling avec van den Brom. Après notre première rencontre, chez lui à la maison, je lui ai envoyé un texto : ‘Toi, tu es un vrai amoureux du foot, tu parles avec ton cœur ; tous les deux on va bien s’entendre… et on va fêter des titres !’ John est tout sauf un dikke nek de Hollandais (sic) : il aime le foot, les joueurs et les faire progresser ! Si Franky Vercauteren aurait pu réussir ici (NDLA : le Bruxellois avait d’abord été sollicité, après le départ de Thorup), avec le même jeu défensif qu’il développe à Anvers ? (Il réfléchit) C’est difficile à dire… mais je rappelle que Frankie a aussi été champion ici avec un tout autre football. La force d’un coach est de s’adapter au groupe dont il dispose, et c’est le cas de Vercauteren. "

" Genk peut battre tout le monde… "

Après avoir précisément croisé Vercauteren, samedi soir, pour un Antwerp-Genk qui aura valeur de répétition générale pour les Champions Play-Offs, le Racing abordera donc le tour final… avec de mauvais papiers statistiques. En phase régulière, Genk n’a pris que 3 points sur 18 contre ses futurs adversaires du top 4.

Je ne le vois pas du tout comme un problème, car ce sont des matches qui se jouent sur des détails : on a perdu deux fois contre Anderlecht… mais on est allés gagner chez eux en Coupe ! Je dirais même qu’on a surtout perdu des points dans les pseudo-petits matches, donc ce souci est derrière nous. (Clin d’œil) Bruges sera champion, ça ne fait pas de doute… mais derrière, on peut tous finir deuxième. La forme du jour, les blessés, les absences liés au coronavirus : beaucoup de paramètres peuvent influer… mais je suis confiant. Car contrairement au premier tour, où on dépendait de notre trio Onuachu-Ito-Bongonda, notre force offensive et collective a augmenté : Thorstvedt et Heynen surgissent de la seconde ligne, Arteaga et Munoz déboulent des flancs, le danger peut venir de partout. Genk peut battre n’importe qui en Belgique ! "

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Dimitri De Condé sur le gril : "Paul Onuachu sera sans doute le plus gros transfert de l'histoire de Genk…" © YORICK JANSENS - BELGA

" Kompany est dans le bon… "

Le dernier strapontin pour le Top 4 échoira dimanche soir à Anderlecht… ou à Ostende, révélation (entre autres clubs) d’une saison très particulière.

Avec ces huis clos, toute la donne a changé : le drive des supporters a été remplacé par des approches de matches plus prudentes et plus tactiques. Le niveau global de cette saison n’a certainement pas progressé, au contraire, mais il y a aussi le phénomène des propriétaires étrangers. Il n’y a plus de petits clubs : le Beerschot c’est Sheffield, OHL c’est Leicester et le Cercle Bruges c’est Monaco. Tous ces clubs ont des joueurs à plus de 10 millions d’euros chacun ! Ce qui explique cette saison très, très serrée… En ce qui concerne Anderlecht, la présence des Mauves en Champions Play-Offs est toujours une plus-value. Je suis content que le Sporting de Vincent Kompany commence à performer en étant resté fidèle à sa philosophie. J’ai beaucoup de respect pour ce club : il a reçu beaucoup de critiques, mais il a gardé sa ligne de conduite. Ça me rappelle mes débuts ici comme Directeur Technique : on jouait avec beaucoup de jeunes, très techniquement et très offensivement : on ne nous a pas ménagés… mais sur la durée, ça a porté ses fruits et on est devenu champion ! Anderlecht, j’en suis convaincu, est aussi sur la bonne voie ! "

" Philippe Clément a tiré Genk vers l’excellence "

Reste que ces premiers Play-Offs 1 à quatre auront un intérêt limité, vu le fossé laissé derrière lui par le Club Bruges.

Bruges, comme club, a 10 ans d’avance sur les autres ? Qui dit ça ? Ce sont des slogans de journalistes… Le Club a une grande stabilité, c’est vrai, et Philippe Clément lui a conféré cet appétit et cette rage de vaincre qu’il avait instaurés ici. Philippe m’a beaucoup appris : il veut toujours tout gagner, il était au club de 7 h du matin à 22h le soir et son exigence a imprégné tous les étages du club. Du travail, de l’assurance, mais jamais d’arrogance : c’est le secret ! Mais en football, tout tourne très vite… et aucun club ne prend 10 ans d’avance sur les autres. Moi, je suis un fan éternel du Barça de Pep Guardiola… mais regardez la crise que le club catalan traverse ces derniers temps ! En football comme dans la vie, le principal est de ne jamais s’endormir sur ses succès. Nous, à Genk, on veut s’installer durablement au sommet et notre situation financière nous permet de garder les clés du jeu : on n’est jamais obligé de vendre des joueurs et on peut investir pour garder notre équipe le plus longtemps possible. À nouveau, ma priorité, ce sont les trophées, pas l’argent ! "

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Dimitri De Condé sur le gril : "Paul Onuachu sera sans doute le plus gros transfert de l'histoire de Genk…" © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

" Pozuelo est le meilleur joueur des 25 dernières années "

Sauf qu’après le titre de champion de 2019, l’équipe championne a complètement explosé : Philippe Clement est parti au Breydel, Alejandro Pozuelo est allé au clash et le Racing a perdu son entrejeu magique.

Que vaut notre équipe actuelle par rapport à celle d’il y a 2 ans ? C’est impossible à dire… Mais notre triangle médian de l’époque était incomparable, avec Sander Berge, Ruslan Malinovsky et Alejandro Pozuelo. Je n’ai pas peur de dire que pour moi, Alejandro est le meilleur joueur de Pro-League de ces 25 dernières années ! Aujourd’hui seulement, on commence à retrouver un entrejeu équilibré, avec notamment un Brian Heynen qui a retrouvé son meilleur niveau. Devant, Paul Onuachu montre toutes ses qualités : c’est le transfert le plus complexe de ma carrière, j’ai bossé 3 ans sur ce dossier ! Il a fallu vaincre tous les doutes, comme souvent avec les joueurs qui font 2 mètres ! On l’appelait Bambi, car avec sa grande taille, Paul ne tenait pas sur ses jambes… Mais il est très fort avec ses pieds : il est toujours parmi les meilleurs dans les 5 contre 5 à l’entraînement, et c’est un signe qui ne trompe pas sur sa technique. Combien il vaut ? Je ne donne pas de somme… 20 millions d’euros ? Non, ce n’est pas un chiffre exagéré… Et oui, on a en tête d’en faire le plus gros transfert sortant de l’histoire du club… " (NDLA : il y a 18  mois, Sander Berge a quitté Genk pour Sheffield United pour 25 millions d’euros, record actuel de Genk)

 " Le sportif compte plus que l’argent "

Souvent qualifié de " meilleur Directeur Sportif de Belgique " pour la qualité de son réseau et la manne dégagée par ses transferts sortants (" On m’a cité à Anderlecht, je n’ai pas eu de contacts… mais c’est vrai que d’autres clubs m’ont approché "), Dimitri De Condé a le Limbourg chevillé au corps… et au cœur. Ex-joueur, il est le seul à avoir porté les couleurs des 4 clubs limbourgeois ayant évolué en D1 (Genk, Saint-Trond, Lommel, Heusden-Zolder).

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Dimitri De Condé sur le gril : "Paul Onuachu sera sans doute le plus gros transfert de l'histoire de Genk…" © LUC CLAESSEN - BELGA

Vous me dites que je suis le meilleur joueur de Genk… car j’ai rapporté le plus d’argent au club par mes transferts ? Je ne vois pas les choses comme ça : pour moi, ce qui compte c’est le sportif… et l’humain ! Je veux que les gens de terrain, joueurs, staff ou personnel d’entretien, soient heureux dans leur job. Je ne touche aucun bonus sur les transferts… et je n’en veux pas, car si on commence comme ça, on pense à sa poche et à son portefeuille, et pas au club. Moi, je me nourris du relationnel avec les joueurs : cette semaine, Alejandro Pozuelo m’a encore envoyé un SMS des Etats-Unis et après notre victoire à Anderlecht, Joakim Maehle a été le premier à me féliciter ! Je reste en contact avec mes anciens joueurs. Il est normal qu’un joueur qui a tout donné veuille progresser sportivement et financièrement : quand un Ruslan Malinovsky vient me dire qu’il rêve de jouer la Champions League avec l’Atalanta après avoir porté l’équipe durant 3 ans, qui suis-je pour le bloquer ici ? Quand j’étais joueur, j’ai fait 9 ou 10 clubs, j’étais très émotionnel : dès que j’étais sur le banc, je voulais partir ! J’ai appris à apprécier les choses et à prendre le temps : quand j’ai succédé à Gunter Jacob, j’ai formulé ce rêve de devenir le DT de Genk avec la plus grande longévité. Je me sens bien ici, je suis valorisé et j’ai des responsabilités. C’est même moi qui ai créé le slogan du club, ‘een blauwe hart’, un cœur bleu. Alors, si moi je ne montre pas l’exemple en incarnant cet ADN, comment je peux l’exiger de mes joueurs ? Et même si je passe mes journées dans un monde d’argent et d’agents, le plus important, c’est le lien humain… "

" J’étais au Bataclan… "

Et la musique… Le saviez-vous ? A ses heures perdues, quand il range le soir son costume de DT, Dimitri De Condé est un passionné… de heavy metal. De quoi donner du flow à son Racing ?

 

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Dimitri De Condé sur le gril : "Paul Onuachu sera sans doute le plus gros transfert de l'histoire de Genk…" © YORICK JANSENS - BELGA

Je tiens ça de mon père, qui était un excellent chanteur et qui se produisait dans des hôtels… mais lui chantait plutôt du Frank Sinatra et du Shirley Basset. Moi, je faisais de la guitare électrique… mais mes parents m’ont dit d’arrêter car je faisais trop de bruit. Le foot et le métal sont mes deux passions, et ça me permet de fréquenter deux milieux totalement différents. Quand je vais dans des cafés-concerts, je suis Dimi… et personne ne sait que je suis DT de Genk. (Il rigole) A 17 ans dès que j’ai eu mon permis de conduire, j’ai roulé tout seul jusqu’à Dour, avec ma vieille carte routière, pour aller voir Life or Agony. J’ai fait trois heures et demie de route... mais je suis arrivé ! Je chahutais, je criais, je faisais des pogos : je me suis souvent fait mal… et quasiment blessé ! Avec ma copine, on est aussi allé voir les Danois de Volbeat au Bataclan à Paris, c’était quelques mois avant les attentats : je dois dire que ça m’a fait bizarre après-coup… "

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