Breda sur la nouvelle règle pour les fautes de main: "Je pense qu'à un moment donné, les joueurs vont en profiter"

Notre consultant Alex Teklak s’est interrogé dans l'émission "Complètement foot" de ce dimanche sur le penalty accordé à Genk pour une faute de main de Mechele. Il déplore la nouvelle règle qui réfute l’intentionnalité du geste mais qui juge plutôt de la position naturelle ou non du bras du défenseur. Stéphane Breda, notre consultant arbitrage lui répond : "Une des instructions qui est donnée aux arbitres, c’est de vérifier si le bras est plus haut que l’épaule et sur la phase du penalty accordé à Genk, ce n’était pas le cas. Monsieur Boucaut a pris beaucoup de temps avant de se décider, donc on peut considérer qu’il hésite à un moment ou qu’il vérifie. En effet, le joueur est tourné et malheureusement, ils ne prennent plus ça comme repère. Ils considèrent si le bras en étant décollé de cette façon-là empêche ou pas le ballon de passer. Le joueur ne sait pas tomber, tourner ou sauter avec les bras collés au corps ou dans le dos. Moi, je ne suis pas pour cette règle parce que je pense qu’à un moment donné, les joueurs vont en profiter aussi. Ils vont centrer, ils vont plutôt viser les bras des gens que la tête de l’attaquant, mais actuellement c’est comme ça. Cette règle me dérange de cette façon-là, mais malheureusement c’est la décision du board. […] J’espère que les gens qui réfléchissent à ses règles sont des gens qualifiés. Sinon, ce serait vraiment catastrophique pour ne pas dire risible. Il fut un temps où c’étaient des gens très âgés au board qui ne maîtrisaient peut-être pas les enjeux du foot actuel, la vitesse d’exécution, ce genre de choses. Quand Collina intervient au niveau de l’UEFA, j’imagine qu’il sait de quoi il parle, c’était un grand arbitre. Malheureusement, c’est une règle qui divise énormément dans le monde du foot, que ce soit les joueurs, les entraîneurs, les arbitres et même les spectateurs. Il y a des gens qui disent que dès qu’on touche, il faut siffler, c’est simple. Mais on n’est pas là pour avoir une règle simple, mais une règle juste. Et moi, je conçois que quand un joueur glisse et qu’il touche avec sa main dans le rectangle comme l’année dernière Vormer au Standard, certains disaient que c’était intentionnel, d’autres pas. Moi, j’étais plutôt à me dire qu’il était tombé et qu’il ne savait pas bouger sa main et il ne le fait pas exprès. Mais je suis persuadé que cette année, on le sifflerait."

Alex Teklak s’interroge aussi sur le recours "à outrance" à l’arbitrage vidéo : "Je ne suis pas contre le VAR, je suis contre son implication, c’est différent. C’est les gens qui l’utilisent. Je trouve que parfois il y a un côté très intrusif, mais bon ça c’est peut-être un autre débat. Là, je pense que le VAR a un moment donné, il efface la personnalité de l’arbitre. […] Parfois, je suis un peu désabusé par rapport à ça, je ne veux pas que l’arbitrage devienne scolaire et qu’on scanne toutes les phases. Ce n’est pas possible dans le foot, ça n’existe pas et c’est en cela que moi j’ai un peu peur."

Stephane Breda, notre consultant arbitrage lui répond à ce sujet : "De fait, j’ai un peu des problèmes avec le VAR qui est trop intrusif, dans le sens où on ne devrait y avoir recours que dans un cas incontestable. Sur un hors-jeu, quand on tire la ligne et qu’on a 24 images par seconde, c’est incontestable, ça va relativement vite à ce moment-là, c’est bien. Ça corrige ce que l’œil ne peut pas voir. Pour revenir sur la phase du penalty à Genk, j’ai l’impression que l’arbitre estime que pour lui, il n’y a rien, et le temps que ça prend pour se décider, ça veut dire qu’il y a un doute. Et là, j’ai un peu du mal. Pourquoi est-ce que le VAR intervient de cette façon-là ? Est-ce qu’il a eu raison ou pas ? Cela discute beaucoup sur cette faute de main et donc pour moi, elle n’était pas incontestable et donc le VAR n’aurait peut-être pas dû intervenir. A coté de ça, je souhaiterai voir un jour, un arbitre qui dira au VAR "Je ne suis pas d’accord." Cela arrivera, mais ça arrivera avec un arbitre expérimenté, ça n’arrivera pas avec un jeune qui commence et qui se dira 'la télé m’a corrigé, je vais suivre ce qu’on me dit'."

Alex Teklak regrette cette culture du VAR : "Je trouve que les arbitres ne font plus le même métier, aujourd’hui. Ce n’est plus du tout la même chose. C’est triste parce que moi comme ancien joueur du foot, je suis triste pour eux, ça leur enlève cette possibilité de se développer et de grandir. Les jeunes arbitres qui sont sur le marché, ils sont éduqués avec la culture du VAR."

Stéphane Breda conclut sur la pression autour des arbitres professionnels : "La marge entre la D1A et la D1B, elle est énorme. Il y a des enjeux financiers, la vitesse d’exécution, le poids des médias, les droits télés. C’est fondamental, donc il y a la vitesse d’exécution et aussi la résistance au stress et avec le VAR et les médias, c’est quelque chose en plus. Maintenant à coté de ça, les enjeux sont là et celui que ne sait pas gérer ça n’aura pas sa place en D1. Si vous ne voulez pas être critiqué et critiquable, il ne faut pas arbitrer en D1. Il faut aller arbitrer le dimanche matin, aider les jeunes à apprendre et vous ne serez pas critiqué et ça, ça fait partie du jeu."

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