Aster Vranckx : "J'ai confiance en moi... et je le montre"

Il est l’une des têtes de pont de la génération qui monte : prodige de Malines, il a déjà signé pour Wolfsburg, qu’il rejoindra cet été. Il évoque le stress des débuts, Onur Kaya, ses chaussures roses, Mehdi Carcela, les cafouillages chez les jeunes, Cristiano Ronaldo et les ratés-semelles. Mais aussi Kevin De Bruyne, la pasta carbonara, Axel Witsel, le crochet en foot, Roberto Martinez et son match-référence contre Anderlecht. Et bien sûr… " les Mamans et les Papas ". Aster Vranckx passe " Sur Le Gril ".

Tout est dans le prénom. Aster, l’étoile. L’astéroïde de Malines grimpe quatre à quatre le grand escalier du foot. À 18 ans et demi, il est déjà le transfert sortant le plus cher de l’Histoire de Malines, dernier club belge à avoir brandi une Coupe d’Europe : 9 millions d’euros, sans les bonus.

Je ne vais pas te mentir, c’est un gros paquet d’argent et ça fait du bien aussi à ma famille… " répond doucement Aster Vranckx, derrière son smart-phone pour cette Zoom-interview imposée par la crise sanitaire et les mesures de distanciation sociale. " Mais moi, je ne fais pas trop attention, je pense d’abord au projet sportif. Je reste moi-même, je ne suis pas le genre à perdre la tête pour un transfert. Je suis fier de moi et d’être un exemple pour ma famille : je savais que j’avais les capacités, mes frères y croyaient aussi. Mais le reste de la famille, les oncles, les tantes, les Mamans et les Papas (sic), personne n’imaginait ça. "

 " Les jeunes se mettent trop la pression… "

Dans le radar de grosses écuries comme City, Liverpool, la Juventus et l’AC Milan (" Je ne connais pas les détails, mais oui, mes agents ont parlé avec certains de ces clubs… "), le Brabançon jouait encore chez les jeunes de Woluwé-Zaventem (P2) voici deux ans et demi, après avoir écumé tous les terrains du Brabant avec ses autres clubs précédents, Hoegaerden et Tirlemont.

 " Ma carrière va vite en apparence, mais j’ai toujours cru en mes capacités : j’ai confiance en moi, je le montre, mais ça ne fait pas de moi un dikke nek (rires). En fait, je n’aime pas trop parler, je préfère m’exprimer sur le terrain. Pourquoi je n’ai pas été repéré plus tôt par les grands clubs belges ? C’est une bonne question ! (Il sourit) En fait, j’avais déjà les qualités… mais je ne le montrais pas assez ! Quand je suis passé chez les pros, on m’a dit que je devrais digérer la transition… mais tout s’est fait très naturellement. En fait, j’avais déjà la force athlétique requise car j’ai toujours été surclassé : jouer avec des plus grands m’a fait maturer. Je ne suis pas du genre à me mettre du stress : mes parents m’ont appris à relativiser. Dans la vie, il y autre chose que le foot ! Le plus gros stress, c’était ma première titularisation à Courtrai : quand un jeune débute, il a tendance à se mettre la pression, à tout donner, à vouloir être parfait pour ne pas louper sa chance. Mais on comprend au fil des matches que ce n’est pas nécessaire, et la pression s’évapore… "

"Le foot pro, c’est chacun pour soi"

15 février 2020 : Anderlecht mange la poussière à Malines (2-0), où le jeune Aster (17 ans et demi) écrase le match de sa classe pour sa 4e titularisation en D1A. Bilan perso en bout de soirée : un but et un assist.

C’est vrai, c’est mon match-référence, c’est le match qui a tout lancé. Et pourtant, j’ai ‘joué tranquille’ (sic) ce soir-là. En fait, les matches pros sont plus faciles pour moi que chez les jeunes : tout y est bien réglé, les tâches sont claires,  alors qu’en jeunes, il y a beaucoup de cafouillages (sic). Jouer simple : ça n’a l’air de rien, mais c’est la difficulté. Parfois on veut en faire trop, on veut forcer mais on perd le contrôle. IL faut savoir dribbler, mais le faire quand c’est utile, quand t’as vraiment chaud (sic). Moi, mon geste préféré, c’est le crochet court : celui qui te permet de rebasculer le jeu de l’autre côté ! À mes débuts à Malines, j’ai directement été pris en charge par Joachim Van Damme, Igor De Camargo et Onur Kaya : ils m’ont toujours dit de rester calme et de jouer comme d’habitude.  Après, le foot pro, c’est chacun pour soi… mais si on peut aider un équipier, il faut le faire : un jour, on vous renverra l’ascenseur. Mais au final, je crois que le bon joueur finit toujours par émerger. "

" Je boxe pour améliorer ma condition "

Parfait bilingue, Aster Vranckx a grandi dans une famille pas forcément centrée sur le ballon rond : cela lui donne un recul frappant sur les événements.

Mon père adore la boxe, mes frères en font d’ailleurs… et moi aussi de temps en temps : des séries de deux minutes sur le sac, c’est bon pour la condition. Mes parents m’ont toujours accompagné au foot depuis que je suis petit, ils ont toujours été présents mais sans s’incruster dans les histoires de parents si fréquentes dans les équipes de jeunes… Ils me laissaient faire mon chemin, mais ils ne m’ont jamais lâché ! Aujourd’hui encore, ma mère est derrière moi, elle m’a toujours gardé les pieds sur terre. Elle me disait : ‘Toi, tu veux jouer au plus haut niveau, mais t’as vu le match que tu viens de faire ?’ (Il rigole) J’étais un peu lourd à l’époque : pas vraiment gros… mais lourd. (clin d’œil) Je voulais être Cristiano Ronaldo… mais j’étais trop lent : on m’a redescendu dans l’entrejeu, et c’est vraiment mon truc ! Pourquoi j’étais lourd ? Disons que j’aimais bien la pasta carbonara et les frites, encore aujourd’hui d’ailleurs ! Mais plus jamais avant les matches… (rires) Je me dis que les sacrifices, je dois les faire maintenant que je suis jeune, parce que plus vieux, c’est plus difficile… "

Un plan… top-secret

Désormais branché sur les chaînes centrées Bundesliga, Vranckx contribue au redressement de Malines tout en ayant une pensée vers son destin allemand.

On joue pas mal, mais on avait de gros soucis de finition devant et on encaissait trop facilement derrière. Mais ça va mieux… Je continue à jouer tous mes matches à fond, ça ne sert à rien de penser au risque de blessure. Et je veux profiter jusqu’à la fin : le dernier match de la saison, je veux ‘enjoy the moment’… et si possible avec les supporters ! Mais c’est vrai que quand je vois Wolfsburg jouer, je me vois déjà sur le terrain faire telle ou telle action, je prends des infos sur mes futurs adversaires. Wolfsburg me parlait bien comme club : rien que le blason et le nom, ça sonnait autrement que Bayern par exemple, qui est un grand club… mais où tu te dis que tu n’aurais pas de temps de jeu. Ici, Wolfsburg a prévu un plan pour moi… mais je n’en parle pas : ç’est top-secret ! Mais je me dis que si c’est là que Kevin De Bruyne est devenu le joueur qu’il est aujourd’hui, c’est un bon choix ! "

Auteur d’un buzz mondial lors d’un raté mémorable contre Ostende (" On s’est bien fichu de moi, j’ai pris le ballon de la semelle… mais c’est le foot, et la prochaine fois, je marque ! "), Aster Vranckx se balade toujours sur le terrain chaussé de ses godasses… roses.

Quand ça tourne bien, il faut garder les mêmes chaussures… " rigole-t-il. " J’ai un contrat Nike depuis mes 16 ans et je reçois tout. Mais avant cela, je devais péter mes chaussures jusqu’au bout pour en avoir des nouvelles ! Il faut avoir le bon feeling au pied. Le joueur qui m’a le plus bluffé en Belgique, c’est Mehdi Carcela, la saison passée ! Mais son cas montre aussi que les choses peuvent vite tourner : un jour, tout le monde t’adore… et le lendemain, tout le monde est contre toi. "

" J’espère égaler Witsel… ou même le dépasser "

Élu 2e meilleur Espoir 2020 derrière le Brugeois Charles De Ketelaere, Aster Vranckx a intégré les Diablotins de Jacky Mathijssen. Et est parfois comparé, côté style, à un certain… Axel Witsel. Mais en plus vertical…

Ça fait plaisir d’entendre ça, et j’espère faire la même carrière que lui… et même le dépasser si possible ! Mais mon vrai modèle, c’est Mousa Dembélé : tout a l’air facile quand il joue, alors que ce qu’il fait est justement très difficile ! Si j’ai la chance d’être appelé un jour par Roberto Martinez, je n’hésiterai pas : j’aime le Congo, mais ce sera la Belgique ! On m’a dit que le Sélectionneur me suivait, mais je n’ai encore eu aucun contact. J’espère bien être au Qatar en 2022, on verra comment ça se passe. "

Grande distinction, tendance grosse maturité : le jeune Malinois  termine là sa première grande interview…

Les interviews ? Ça va, ça ne me dérange pas… Mais il faut toujours être prudent dans ce qu’on dit, car certains changent tes paroles en retranscrivant. On a par exemple écrit que mes parents m’avaient laissés livré à moi-même pour le foot, mais c’est complètement faux ! Je ne regarde pas les articles, mais ma mère, oui ! Je lui ai déjà dit de ne pas se prendre la tête pour tout ça. (sourire) Mais c’est vrai que le milieu du foot est parfois bizarre… "

Dans six mois, ce sera gare au Bild-Zeitung

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK