Anderlecht : un mercato tronqué ?

Dans "Complètement Foot" sur Vivacité, David Houdret, Pascal Scimè, Rodrigo Beenkens et Alexandre Teklak ont évoqué l'avenir du Sporting d'Anderlecht avec notamment l'arrivée prochaine de Marc Coucke à la tête du club bruxellois. 

"Non seulement ce n’est pas idéal de revendre un club en cours de saison à un propriétaire qui est déjà propriétaire d’un autre club, et ça l’est encore moins lorsqu’on le fait juste avant un mercato, a analysé Rodrigo Beenkens. Cela me parait quand même un gros enseignement. Jusqu’ici, Anderlecht a fait deux acquisitions, et je me mets dans la peau des supporters… Il y en a un, c’est un prêt d’un joueur dont Vanderhaeghe ne voulait absolument plus à Gand, Saief, et le deuxième c’est Ganvoula qui était le quatrième choix à Malines, avant dernier du classement, et là-bas tout le monde est très content. […] Maintenant il reste quelques jours avant la fin mais je ne sais pas quelle est l’enveloppe, personne ne le sait, et je me mets un peu dans la peau de Vanhaezebrouck. Quand il est arrivé à Anderlecht, pour lui c’était un rêve, un aboutissement. Les conditions étaient idéales, il était désiré, imploré par Herman Van Holsbeeck. Aujourd’hui je ne dis pas qu’il est passé du rêve au cauchemar mais il doit avoir quelques doutes. Il ne s’attendait pas en tout cas que les choses se passent comme cela. Quel sera le rôle de Van Holsbeeck à partir du mois de mars ? Ce sont toutes des questions qu’on se pose. J’imagine que cela va travailler dans les têtes."

"Pour m’être entretenu avec Herman Van Holsbeeck pendant le stage, il n’a qu’une seule volonté maintenant, c’est de terminer son mandat au Sporting d’Anderlecht en sortant par la grande porte, et donc de réussir un mercato qui est bancal, on le sait tous, a ajouté Pascal Scimè. Vous savez que ce n’est pas l’amour fou avec les supporters, et il ne veut pas que les supporters pensent qu’il sabote son équipe parce qu’il n’a plus d’avenir dans ce club. […] La direction actuelle du Sporting d’Anderlecht a vendu le club avant le mercato d’hiver, et avant la fin de l’année civile par souci de comptabilité pour payer moins de taxes et gagner plus d’argent. Au même moment, ces patrons savaient qu’ils allaient dénaturer et affaiblir cette équipe. Il ne faut pas jouer aujourd’hui aux vierges effarouchées. Dernière chose, en ce qui concerne Marc Coucke, à qui je souhaite beaucoup de bien dans la quête de son nouveau projet, mais quand vous dites que depuis tout petit, votre club de cœur c’est Ostende, et qu’après, quand vous avez que malgré votre argent, vos ambitions, vous ne pouvez pas passer le palier qui va vous permettre de gagner le championnat de Belgique, de briller en Coupe d’Europe, vous vous rabattez sur le Sporting d’Anderlecht, je trouve qu’il y a du mercantilisme et du business plus que de l’amour du foot."

Marc Coucke : une personnalité à double tranchant

"Il faut rappeler qu’il a d’abord été investisseur dans une équipe de cyclisme professionnelle. Je pense que cela n’a pas été assez vite à son goût. Il reprend Ostende, où cela ne va pas assez vite à son goût non plus… Alors dans sa tête, je crois qu’il se dit qu’il lui faut plus et qu’il va aller chercher Anderlecht pour pouvoir installer son business, gagner des titres, être connu et reconnu par la Belgique entière dans un club de tradition. Je crois que c’est un homme qui fonctionne de la sorte, et cela, je l’ai toujours dit : c’est dangereux. Je n’ai pas envie de dire qu’il prend des clubs comme il achète un jouet, mais quand même, il y a des similitudes à faire avec des gens qui investissent beaucoup d’argent dans le foot et qui tout d’un coup ne sont plus satisfaits de ce que le club rapporte. Ici, il s’attaque à un gros morceau où ses ambitions, effectivement, vont être parfaitement en parallèle avec les exigences du public et du club", a souligné Alexandre Teklak.

"Moi je me réjouis qu’un homme d’affaire belge veuille investir et mettre son ambition dans le sport. Il faut s’enthousiasmer pour cela. Maintenant, l’enthousiasme doit être relatif parce que Marc Coucke a ce paradoxe de donner l’image d’être quelqu’un qui aime faire des farandoles et faire la fête, mais il est dans ses affaires d’une rigueur absolument terrible, a précisé Rodrigo Beenkens. Le problème de Marc Coucke, c’est qu’autant il est terriblement efficace dans la gestion de ses affaires, autant il est tellement passionné et émotionnel quand il s’immisce dans le sport. Là il peut y avoir des clashs. Ce que vous faites à Ostende, vous pourrez plus difficilement le faire à Anderlecht. L’époque de Marc Coucke dans le cyclisme, c’est la meilleure période de Philippe Gilbert et Tom Boonen. Mais entre Coucke et Gilbert, les choses ne se sont pas terminées de manière top par exemple. Il est évident que si à un moment donné, Coucke vient parler de tactique ou de joueurs à Hein Vanhaezebrouck, on peut avoir un clash… "

"Cela risque d’être le cas parce que, je le sais de source sûre, c’était un peu son mode de fonctionnement à Ostende avec ses entraineurs…", a confirmé Alex Teklak.

"Souvenez-vous de Lombaerts, regardez ce qu’il s’est passé avec Yves Vanderhaeghe, c’est quand même un cas très clair qui a été le début d’une certaine détérioration des relations. Au départ, Marc Coucke veut marquer un coup comme il voudra le faire à Anderlecht, il voudra mettre de l’argent pour faire venir un grand joueur, il fait venir Lombaerts et donc il doit jouer, mais Vanderhaeghe ne le veut pas donc il ne le met pas. Imaginez que Coucke fasse venir à Anderlecht un joueur qui soit ce que Lombaerts était pour Ostende, et que Vanhaezebrouck ne le mette pas… ça va poser des problèmes", a complété Rodrigo Beenkens.

Le mot de la fin est revenu à Pascal Scimè : "De manière anecdotique, il y a aussi eu la gestion du cas Berrier. Berrier n’en démord pas, Coucke avait promis un bon de sortie pour services rendus, Sébastien Siani à qui on a refusé un transfert en Allemagne alors qu’on lui avait promis… Alors oui, Marc Coucke, on a cette image du super président, super sympa, qui partage tout avec les supporters, mais Rodrigo a raison : derrière, il y a un homme d’affaires, quelqu’un qui sait faire fructifier son business…"

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