Anderlecht et la Générale : un mariage qui aura duré quarante ans…

Le maillot d'Anderlecht au fil des ans, avec toujours le même sponsor
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Le maillot d'Anderlecht au fil des ans, avec toujours le même sponsor - © Belga Image

Quarante ans. L’âge de la maturité. Ou de la déprime, c’est selon. L’âge des grandes décisions de vie. Façon démon de midi ? Après quatre décennies de partenariat, des noces d'émeraude donc, le plus long sponsoring-maillot du football belge va donc s’arrêter : après avoir mué le nom du Stade Constant Vanden Stock en Lotto Park, après avoir mis fin aux partenariats longue durée avec Adidas et Proximus, Marc Coucke va donc tourner la page historique de la Générale de Banque.

Le contrat actuel vient à terme en 2021 et avait pris cours en 1981 : faites le compte, 40 saisons ! Et sur 40 saisons… 17 titres de champion de Belgique.

40 saisons pour 3 noms : le fameux G de Générale de Banque de 1981 à 2000 ; FORTIS durant 10 saisons de 2000 à 2009 après la reprise de la CGER ; enfin le pavé BNP Paribas Fortis de 2009 à nos jours, après le crash financier de fin 2008 et le rachat de la Société Générale de Belgique par le groupe français.

G comme… gagner

Le maillot G correspond aux plus belles années du Sporting, après les années septante, elles aussi marquantes avec l’autre sponsor historique Belle-Vue… qui n’était autre que le groupe brassicole de la famille Vanden Stock. Un sponsor qui barrait le maillot mauve depuis 1973, date de création de la Ligue Professionnelle : dès cette saison-là, la pub sur le torse est autorisée.

Les années G sont celles de la victoire mauve en Coupe de l’UEFA en 1983 face à Benfica, de la finale perdue en 1984 aux tirs au but contre Tottenham, du triplé en championnat 86-87-88 et enfin de la finale de Coupe des Coupes perdue en 1990 face à la Sampdoria Gènes. Les grands noms des années G s’appellent Vercauteren, Lozano, Vandenbergh, Scifo, Degryse, Nilis, Keshi, Crasson et Albert. Ces 20 saisons sont marquées par 8 titres nationaux.

Top secret

Le montant du sponsoring annuel de la banque a toujours été un secret d’Etat ", raconte Bruno Govers, ex-secrétaire de rédaction de Sport-Foot Magazine et auteur de plusieurs ouvrages sur Anderlecht. " La première fois qu’on me l’a révélé, c’était au début des années 2000, c’était 1,5 million d’euros par an (NDLA : aujourd’hui, ce montant atteindrait 2,4 millions). Mais la banque disposait de loges gratuites, de repas offerts et d’un contingent de 2.000 tickets par match pour ses clients. La banque finançait aussi de grands banquets : Constant Vanden Stock disait toujours avec son accent bruxellois ‘Voici un sponsor qui met les petits plats dans les grands…’ Le foot offrait une visibilité exceptionnelle à la banque : je me souviens que lors de notre Guide Annuel du Championnat, la Générale avait payé, au tarif publicitaire, des photos pleines pages des nouveaux transferts du club, comme Keshi et Nilis "

Via Etienne Davignon, la banque influence la gestion du club. En 1989, elle cofinance, dit-on, le transfert de Marc Degryse pour quelques 100 millions de francs belges. Plus tard, elle bloquera l’entrée en Bourse du Sporting. Mais elle pilotera son passage en Société Anonyme.

Les années 90 sont plus difficiles, marquées par les conséquences de l’Arrêt Bosman : le Sporting ne pèse plus sur la place européenne. Sauf parfois sur le plan textile… " Je me souviens d’un match européen, j’ai oublié contre qui, où l’adversaire s’était déplacé au Parc… sans maillot conforme " poursuit Govers. " Du coup, le Sporting a prêté son deuxième jeu de maillot… et la banque a bénéficié d’une pub inédite : les 22 joueurs arboraient le fameux G ! " (rires)

Un… escargot sur le maillot

Mais en 2000, gros coup de pub pour le nouveau maillot FORTIS : sacré champion avec son fameux duo Koller-Radzinski, Anderlecht est la première équipe belge (avant La Gantoise 15 ans plus tard) à atteindre le 2e tour de la Ligue des Champions. Sur le terrain, l’équipe brille. Mais son maillot fait jaser chez les supporters.

On détestait cette espèce de pavé rouge qui faisait mal aux yeux sur notre beau maillot mauve ou blanc " raconte Michou Dehenain, fan historique qui tient le café " La Coupe " face au stade. " Cet horrible G dans ce carré rouge, on appelait ça ‘l’escargot’. Heureusement que l’équipe jouait plus vite ! " (rires)

Les joueurs des années FORTIS s’appellent Zetterberg, Koller, Kompany, Boussoufa, Frutos et Hassan. En 10 saisons FORTIS, les Mauves sont 4 fois champions. Le Sporting brille en Europe avec notamment… ce fameux maillot doré. Car oui, marketing oblige, le club commence à varier les couleurs : il y aura donc du jaune, du fuschia, du gris et du noir notamment.

Quand le club a sorti son maillot doré, c’était aussi tenu complètement secret " poursuit Govers. " L’équipementier avait annoncé un maillot révolutionnaire, mais impossible d’en savoir plus… Puis j’ai croisé par hasard le regretté Jean Van Hauwermeiren alias 'Jean Photo', ce pensionné proche des joueurs qui passait sa vie au Sporting et donnait ses clichés aux joueurs. Lui avait pu faire une photo en douce au vestiaire, et c’est comme ça que j’ai été le premier journaliste à avoir le cliché du maillot doré ! "

Ahmed… à la boutique

En 2009-10, pour le nouveau logo BNP Paris Fortis, le Sporting se hisse en 8e de finale de l’Europaligue après avoir éliminé l’Ajax Amsterdam… parrainé par la banque ABN-AMRO, auteure quelques mois plus tôt de la première tentative d’OPA sur la Société Générale ! 5 fois champion en 12 saisons et quart de finaliste d’EL 2017 face à Manchester United, le Sporting version BNP Fortis révèle Mbokani, Lukaku, Biglia, Proto, Deschacht, Suarez, Mitrovic et Hanni.

Je n’ai jamais trop fan des maillots et des logos " poursuit Michou. " La ligne verte du pavé BNP Fortis, les supporters n’aimaient pas non plus. Je ne suis pas fétichiste, mais je suis attachée aux maillots… quand ce sont les joueurs qui me les donnent. Mon top 3, c’est celui de Luis Oliveira pour son premier match en équipe Première, celui signé de Vincent Kompany que le Sporting avait sorti en version limitée de 50 pour une œuvre, et celui que Ahmed Hassan était spécialement allé… acheter à la boutique pour moi avant de quitter le Sporting ! Mais j’aime aussi mon tout premier maillot, reçu de Vercauteren quand il était joueur, ainsi que ceux donnés sur le terrain après un match par Boussoufa et Anastasiou. Et puis il y a aussi celui de Julio Salinas, que Luis Oliveira m’avait rapporté après un match à Barcelone en 89 : en plus, je suis plutôt Real que Barça… et ce jour-là, Salinas avait marqué contre nous ! " (rires)

En changeant de sponsor-maillot, Marc Coucke se doute-t-il de toutes ses tranches d’Histoire ? Le pur business n'a que faire des noces d'émeraude...

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