Albert Sambi Lokonga : "Une négociation, c'est chacun pour soi…"

En une vingtaine de matches, il s’est imposé comme l’un des tauliers anderlechtois, symbole du fameux ADN mauve. Il évoque son rêve barcelonais, le duo Kompany-Vercauteren, le ras-le-bol des fans, Danny Welbeck et le foot à temps partiel. Mais aussi Anthony Vanden Borre, Mbark Boussoufa, ses stats faméliques, son frangin Pollo, le Congo et Sergio Busquets. Sans oublier la fameuse arrogance bruxelloise. Ni bien sûr… l’accent verviétois. Albert Sambi Lokonga passe " Sur le Gril ".

À tout juste 20 ans depuis la fin octobre, Albert Sambi Lokonga vit des mois délicats. Empêtré dans la crise de son équipe, le médian bruxellois vient de signer un ronflant contrat qui le lie au Sporting jusqu’en 2023… tout en sachant qu’il n’ira pas au bout. Des négociations abondamment commentées, vu la présence à la table… de son frère Paul-José Mpoku, salarié du club rival, le Standard.

"Mon frère n’est pas mon agent, c’est… mon frère " se rebiffe Albert Sambi Lokonga. " On a beaucoup critiqué sa présence, mais je ne vois pas où est le souci : mon frère sait faire la part des choses. En négociation, je m’entoure de gens de confiance, et je les laisse parler. Mais je donne aussi mon avis. De toute façon, ils connaissent ma position : ils connaissent aussi ma valeur et ils la défendent. Le Sporting sera toujours le club de mon cœur, mais en négociation, chacun avance ses atouts… et c’est chacun pour soi. Mon frère m’avait prévenu : dans le monde du foot, beaucoup de choses se passent et il faut toujours être préparé à rebondir. Du jour au lendemain, on peut vous encenser… puis vous dire qu’on ne compte plus sur vous.  En football, je n’ai pas de rêves : je n’ai que des objectifs…. "

" Je veux faire du Sambi… "

À l’arrivée, le médian mauve a donc signé l’un des plus gros contrats de l’histoire du Sporting pour un produit de son Académie. Car au portillon, se pressaient déjà, dit-on, de gros bonnets comme Barcelone et Manchester City.

Entendre mon nom cité dans de tels clubs, ça fait rêver… car c’est pour ça que je joue au foot. Barcelone, c’est le club de mon exemple Sergio Busquets… même si j’essaie d’abord de faire du ‘Sambi’ (sourire). Busquets est toujours à l’aise avec la balle, il n’a pas peur de prendre des risques, et ça me plaît. Si on jouera un jour ensemble ? Qui sait ? Tout est possible en football… (clin d’œil) Mais avant cela, j’ai besoin de jouer un maximum de matches, et aujourd’hui mon esprit est à Anderlecht. Si je pars, ce n’est pas avant un an et demi, deux ans. Je ne ferai pas, comme mon frère Paul-José, l’erreur de partir trop tôt à l’étranger. Si mon contrat comporte une somme de transfert sortant ? Non, aucun montant n’est mentionné. Et il n’y a pas non plus de clauses spéciales. Mais on ne va pas parler mon contrat, c’est de la cuisine interne… " (sourire)

D’autant que l’urgence est d’abord de sauver la saison mauve : malgré le changement de coach, se rapprocher du train des Play-Offs 1 semble toujours aussi chaotique.

On dit qu’avec Frankie Vercauteren, on développe un jeu moins romantique, car il nous arrive de laisser plus le ballon à l’adversaire et de jouer en  bloc. Mais je ne le vois pas comme ça : on ne joue pas moins au foot, on aborde les matches avec la même volonté de créer du jeu. Avec Vincent Kompany, les résultats étaient moins bons si on se base sur les statistiques, mais je ne me l’explique pas. Je m’entends bien avec Vincent, je ne sais pas pour les autres, mais je ne pense pas que Kompany paralyse ou intimide certains, comme certains observateurs le disent. Au contraire, avoir Vincent sur le terrain est un plus pour tout le monde : il est cool avec nous, il nous laisse vivre comme on est. "

" L’Europe, purée, c‘est sans nous… "

Avec Vercauteren, l’heure du pragmatisme a donc sonné, côté mauve. Où chaque semaine passant, les jokers approchent tout doucement de la pénurie. Avec, au menu de ce week-end, le Clasico retour…

 " Un match-tournant pour notre saison ? Je ne pense pas, on va jouer ce match comme tous les autres, pour le gagner. À aucun moment, on n’envisage de rater les Play-Offs 1 : déjà cette semaine, avec les Coupes d’Europe et tous les clubs belges engagés, on s’est dit ‘Purée, nous on n’y est pas !’ Mais on sait pourquoi et on a tiré les leçons du passé. Le talent, on l’a, c’est juste une question d’efficacité. "

À démontrer, dès ce dimanche…

C’est marrant, en une vingtaine de matches seulement en équipe première, j’en suis déjà à mon 3e ou 4e Clasico... C’est toujours un match spécial pour moi, même si mon frère sera en principe suspendu, suite à son exclusion à Mouscron. Mais comme joueur d’Anderlecht, c’est une bonne nouvelle pour nous, vu son impact sur le jeu du Standard. C’est toujours un ‘match du tonnerre’ (sic), il se passe toujours quelque chose à Sclessin, je me souviens d’un 3-3 de fou. Le Standard candidat au titre ? C’est possible, mais je pense que Bruges est-au-dessus. En tout cas, le Standard ne nous est pas supérieur en qualité… juste peut-être en expérience. Mon pronostic ? 0-2. Avec, j’espère, enfin un but de moi. " (sourire)

" J’attends mon but de délivrance "

Car celui qui, à Neerpede, porte depuis longtemps le surnom de Welbeck (" C’est parce que j’avais la même coupe que Danny Welbeck, mais on me surnomme aussi Babert ou Alberto en référence à mon prénom Albert, un choix de ma Maman… qui aurait pu d’ailleurs faire mieux ! Même si je me dis que pas mal de rois s’appellent comme ça " – rires) se singularise par son peu de productivité au plan statistique : depuis son apparition sous le maillot mauve, un soir de décembre 2017 contre Eupen, ASL n’a toujours signé… ni but, ni assist !

L’efficacité, ça ne s’apprend pas… ou alors en jouant plus près des 16 mètres pour percuter. C’est un peu mon souci depuis toujours, j’ai toujours préféré faire la passe à un équipier que de tenter moi-même : je joue pour l’équipe et mon entourage me dit que je ne suis pas assez égoïste. Chez les jeunes, mon coach (NDLA : Stéphane Stassin) m’avait même dit ‘Toi, tu ne marqueras jamais !’… et le lendemain, je sortais un hat-trick en match. C’était son but : il savait qu’il fallait me piquer, j’aime bien être bousculé et devoir relever des défis. Je veux toujours montrer qui est le vrai Sambi. J’ai envie de tendre les filets et je suis sûr qu’une fois que j’aurai ouvert mon compteur, je vais enchaîner les goals. En fait, j’attends mon but de la délivrance ! (rires) Comment je vais fêter ? Je ne sais pas moi-même : ce sera au feeling, vous verrez bien ! "

En 6 et en 10...

Dès ses premiers pas en Première, en revanche, les observateurs ont été unanimes : ce garçon suintait par tous les pores le fameux ADN mauve, la facilité technique et l’aisance au ballon.

On m’a souvent dit que je jouais avec une forme d’arrogance, ce style anderlechtois qui dégage de l’assurance, voire de l’insolence. Parfois ça énerve les adversaires, mais je ne fais pas attention : j’ai toujours eu ça, je conduis la balle sans regarder mes pieds, je suis incapable de dire si ça vient de ma formation à l’Académie ou du foot de rue. En même temps, on peut dire pareil de tous mes équipiers qui sortent de l’Académie : Yari Verschaeren, Alexis Saelemaekers, Jeremy Doku ou Francis Amuzu, on aime tous avoir la maîtrise, on n’aime pas devoir ‘se battre avec le ballon’ (sic). Chez les jeunes, on jouait facile : j’attendais le ballon, on ne devait pas défendre. J’ai dû apprendre ça maintenant… mais je veux encore et toujours faire du Sambi (sic) ! SI Vercauteren me corrige ? Ce n’est pas nécessaire, je sais faire la part des choses et le coach est cool avec nous. "

Bien installé dans le onze mauve, en quête d’efficacité face au but adverse, Sambi Lokonga s’exprime sur sa position idéale. Comme une forme de foot à temps partiel…

En fait, je rêve de jouer la première mi-temps en 6… et la deuxième en 10 ! Avant la pause, tout le monde est frais, l’entrejeu est plus fermé, je préfère avoir le jeu devant moi. Et en 2e mi-temps, avec la fatigue, des espaces se créent et au poste 10, j’aurais plus de liberté pour prendre l’adversaire dans son dos. Petit, quand j’étais ramasseur de balles, je me régalais devant Lucas Biglia, Matias Suarez et Mark Boussoufa. Ils me donnaient envie de bosser pour être un jour à leur place ! "

Dans le même délire…

Membre de la fameuse génération 1999, qui fournit tant de pépites au Sporting actuel, ASL s’érige déjà en leader de vestiaire : tant vis-à-vis des équipiers de sa génération que des supporters, très malmenés depuis le rachat du club par Marc Coucke.

Je sais que le club compte sur moi, je coache sur le terrain… et ça ne date pas d’hier, je l’ai toujours fait ! Malgré les écarts de générations, on forme un bon vestiaire, on est dans le même délire : on sait quand il faut rire ou pas… mais ce n’est pas non plus comme si, vu notre classement, on devait venir au club en pleurant ! (clin d’œil) Avec Vincent Kompany et Hendrik Van Crombruggen, on a rencontré les supporters la semaine passée : je comprends très clairement leur ras-le-bol et on ne peut que les remercier pour leur patience car ils sont toujours là, malgré les mauvais résultats. Et quand on ne mouille pas le maillot comme à Ostende, ils ont bien raison de nous en vouloir ! "

" Le meilleur, c’est Kana… "

On lui demande de citer le joueur qui le scotche le plus dans l’équipe mauve, sa réponse fuse : " Marco Kana ! Il a tout ! Et je comprends qu’on le compare à Kompany : Marco a du talent, il joue à la même position, il est intelligent, il est trilingue et il a les mêmes valeurs d’humilité que Vincent. " On lui demande des nouvelles d’Anthony Vanden Borre, là aussi ses yeux pétillent. " Anthony s’entraîne toujours avec les Espoirs, mais je ne doute pas de son retour : je connais bien Anthony, et lui seul peut à terme réussir un tel retour de nulle part. "

Reste que dans la famille Mpoku, au moment du poulet-compote dominical, le clan familial se déchire autour du Clasico.

Mon père est mauve comme moi, les autres de la famille sont plutôt rouches comme Pollo. Papa ne nous a pas mis dans le même club pour éviter les comparaisons : imaginez que mon frère ait des soucis avec le Standard, j’en aurais peut-être subi les conséquences si j’avais aussi été rouche. Mon père a joué au Congo, il connaît les embrouilles du football. Aujourd’hui, mon cœur est mauve… et je ne me vois pas signer un jour au Standard. Et je ne dis pas ça pour les supporters ! A ce stade-ci, je trouve que Pollo est encore meilleur que moi, car il a plus de vécu, et je peux encore beaucoup apprendre de lui. Il m’a souvent conseillé la patience quand je m’énervais de ne pas recevoir ma chance. Entre nous, on ne fait pas la course… mais on va peut-être commencer à faire des paris sur qui marquera le plus de buts. Mais pas tout de suite car à mon rythme actuel, je perds d’office ! " (rires)

" L’Euro 2020 avec les Diables ? Possible… "

Après avoir gagné ses galons de titulaire mauve, viendra le temps du palier international : via un transfert… et surtout une sélection nationale pour celui qui fait partie des cadres des Diablotins de Johan Walem.

Jouer pour la Belgique ou le Congo ? Je n’ai pas encore tranché : je laisse le temps faire les choses. Je ne suis allé qu’une fois au Congo, c’était pendant ma blessure en début d’année : je suis allé voir la ville natale de mes parents et rencontrer la famille sur place. Et oui, ça m’a fort touché. Pour ce qui est du choix sportif, c’est clair que, vu le niveau actuel des Diables, choisir la Belgique est attirant. Mon frère a choisi le Congo mais il ne m’influence pas : il me dit juste… que j’ai le niveau pour jouer chez les Diables ! Je déciderai le moment venu : quand on me sélectionnera… et sur base de ma forme et du feeling du moment. "

Car côté racines, ASL en a aussi, et de solides, du côté de… Verviers.

"Mes parents y habitent encore, j’y retourne souvent : le n°48 que j’ai choisi est une référence au code postal de ma ville (NDLA : 4800). Mais depuis des années, je vis à Bruxelles… donc mon accent est resté là-bas ! (rires). On se moque d’ailleurs souvent de Pollo, car son accent est vraiment dégueulasse ! " (rires)

 

LE QUESTIONNAIRE " OUI/ NON " D’ALBERT SAMBI LOKONGA

Anderlecht remporte le Clasico dimanche : "OUI"

Paul-José Mpoku est votre agent : "NON"

Vincent Kompany fait trop de choses à la fois : "NON"

Dieumerci Mbokani sera Soulier d’Or : "OUI"

Anderlecht sera en Play-Offs 1 : "OUI"

Bruges sera champion : "NON"

Anderlecht sera champion : "JOKER"

Qui sera champion ? "JOKER"

Dans 3 ans, Albert Sambi Lokonga joue à Barcelone : "OUI"

Albert Sambi Lokonga participe à l’Euro 2020 avec la Belgique : "POSSIBLE…"

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