Foot amateur : Gouvy est monté de P2 en D3 acff sans être lauréat

Village luxembourgeois d’un peu plus de 5000 habitants dans le nord de la Province, Gouvy prolonge son bail d’une saison en D3 acff. Il y est arrivé sans avoir été champion ni remporté un tour final depuis la P2.

Au temps où l’équipe fanion militait dans les dernières divisions de la provinciale, la phrase tirée du film les Ch’tis collait déjà à la réalité de la RUS Gouvy : ici, tu pleures deux fois, la première en arrivant, et la deuxième parce que tu ne veux plus repartir ! Au vu des dernières saisons sportives, on serait même tenté d’écrire qu’on y arrive aussi avec le sourire tellement ce petit coin des Ardennes du nord de la province du Luxembourg, aux confins des territoires allemands et du Grand Dûché a le sens de l’hospitalité. S’il y a bien des activités de scoutisme, pétanque et l’existence d’une harmonie communale à cet endroit d’un peu plus de 5400 habitants, c’est encore bel et bien le foot qui fait battre le cœur d’une majorité de la population. Il en est même devenu une fierté. Depuis 2020, Gouvy a rejoint l’échelon national, après avoir bénéficié de l’absence d’un tour final interprovincial en raison de l’arrêt des compétitions lié à la crise sanitaire.

Classé dans le sillage immédiat de Marloie, le dernier champion de l’élite luxembourgeoise, Gouvy a le meilleur coefficient des deuxièmes classés des provinciales francophones, ce qui lui permet d’être promu une deuxième fois en trois saisons via le tapis vert ! " Eh oui, raconte Christophe Bertels, le mentor de l’équipe A, confirmé récemment dans ses fonctions bien avant que la saison blanche ne soit officiellement déclarée. Voici trois saisons, nous étions déjà montés au sein de l’élite un jeudi soir sans avoir dû disputer la finale d’un tour final face à Arlon. Tout cela parce qu’en D3 acff, Bertrix venait de déposer le bilan. "

Jusqu’à 72 bénévoles !

Ces récentes montées dans la hiérarchie, Gouvy les doit d’abord à pas mal de matches gagnés en championnat bien sûr. Mais aussi à la gestion familiale et réfléchie du président-assureur Luc Parmentier, lui-même entouré d’une kirielle de bénévoles formant ce comité tant montré en exemple dans le coin. Plutôt que d’investir dans des joueurs-mercenaires pour jouer les premiers rôles dans les petites séries, le club s’est mis en tête, voici une dizaine d’années de miser sur des infrastructures modernes. Et donc d’avoir ce terrain synthétique que l’on ne retrouvait pas à des kilomètres à la ronde. La RUS Gouvy pouvait devenir un vrai club formateur.

" Ce deuxième terrain, qui sert aux 120-150 jeunes répartis dans presque toutes les catégories d’âge est une vraie richesse, enchaîne l’entraîneur A. Nous avons juste un petit lien, surtout pour nos U16 et le jeu à onze avec l’association des jeunes du Nord des Ardennes (JUNA) qu’ont constitué Sart, Lierneux, Vielsalm, Halthier et Regné pour combler des manques. Avec deux vestiaires en plus et la réalisation d’un hall omnisport envisagé juste à côté de nos terrains et buvette, Gouvy ferait des envieux. Nos manifestations fonctionnent ! Voilà trois ans, nous avions organisé la Coca Cola Cup et rassemblé plus de 2500 personnes sur une seule journée. Le président avait pu compter jusqu’à 72 bénévoles à ses côtés. "

L’autre richesse du club est sa trentaine de bénévoles ainsi que son comité d’une petite quinzaine de membres. Des bénévoles pensionnés qui viennent encore de recarreler buvette, vestiaires et cuisine du club. Chaque lundi qui suit les matches, ce sont encore ces personnes qui sont présentes pour nettoyer les installations et prendre… l’apéro ensemble.

"Nous perdons 30% de recette en jouant le samedi soir"

" La convivialité, le partage, l’entraide c’est donc sacré à Gouvy. Le samedi toute la journée pendant les rencontres de jeunes, et plus encore le dimanche, le café du village, c’est à la RUS. Nous jouons le moins possible le samedi soir car nous perdons 30% de notre recette. Avec notre situation sur une hauteur, balayé par les vents, ceux qui aiment moins le foot ne sont alors pas enclins à sortir. Mais le dimanche, le village vient à la buvette comme si c’était la rentrée des classes ou la kermesse. Autant pour des retrouvailles, les cancans de la semaine, partager un bon moment festif que juste pour le match qui se joue sur le terrain en herbe à côté. "

Avec à sa tête Bernard Jeunejean, chroniqueur à Foot Magazine, Gouvy a bondi de la P3 à la P1 luxembourgeoise en deux ans, puis en 2016, son copain et ancien joueur de club, Christophe Bertels a poursuivi le travail pour mener l’équipe A là où elle se trouve en ce moment. L’intéressé n’a aucun diplôme, et son club évite les amendes liées à cette situation en comptant sur les références de l’adjoint Farid Ferhi, coach français venu en droite ligne des équipes de jeunes du PSG et des U19 de Virton pour un stage l’été dernier.

La recette des mentors ? Prôner l’esprit de famille et de clocher au sein du noyau envers et contre tout. Sur les dix-huit joueurs qui le constituaient au début de la saison déclarée blanche, douze sont des garçons formés sur place, les autres sont originaires du village, les renforts arrivent souvent via une attache gouvionne.  Ainsi, Joseph Gauthier, un flanc droit maison n’a plus quitté la formation    A depuis son entrée dans l’équipe évoluant en P1 voici deux ans. Les Guillaume Geurde, Liégeois qui évoluait à Sart et Kevin Nicolay, qui jouait à Malmédy portent aujourd’hui la vareuse de Gouvy parce qu’ils ont connu les sœurs du défenseur Arnaud Georis.

" La saison prochaine, nous avons prévu de sortir trois U19 de leur zone de confort afin qu’ils se préparent soit avec le noyau de D3 soit avec l’équipe B en provinciales, termine le coach Christophe Bertels. Il n’y a aucune pression sur eux car c’est aussi l’âge où les jeunes entament des études supérieures, souvent à Liège et il ne leur est pas toujours possible de venir s’entraîner en semaine. Notre ancrage est tellement local que le vrai niveau recherché par Gouvy sera toujours celui où nos produits maison veulent arriver. Nous avions entamé la saison en D3 acff un peu beaucoup dans l’inconnue. Nous nous doutions que des Sprimont, Rochefort, Dison seraient au-dessus du lot au regard des moyens financiers et humains annoncés, qu’un Marloie était plus ou moins du même niveau, mais pour le reste, nous nous retrouvions avec des équipes qui ne nous disent pas grand-chose. Cet été, nous avons failli être sortis de la coupe de Belgique au premier tour face à Bercheux, une P2 luxembourgeoise. Puis, il y a eu ce match perdu mais de peu à Waremme, une D2 acff. Il m’a rassuré. Les gars avaient compris qu’en s’arrachant et en travaillant à l’entraînement, ils pouvaient rivaliser avec plus forts qu’eux. "

Le noyau 2021-2022 constitué dans les dix jours

Ce que venait d’ailleurs confirmer le début du championnat, avec une bonne sortie à Dison, puis le point glané face à Raeren. L’histoire de la nationale s’arrête aujourd’hui à ces premières sorties, et la Covid-19 permet à Gouvy de gagner du temps en apportant encore quelques correctifs à l’effectif qui débutera le prochain championnat. En principe, dans les dix jours, le noyau 2021-2022 sera même déjà constitué.

Ne reste plus qu’à attendre les activités connexes aux matches de foot qui font aussi la RUS Gouvy. En ce mois de février, le traditionnel quizz musical où le public est dans un autre monde à la septième question passera, par la force des choses une nouvelle fois son tour. Et si tout redémarrait en mai-juin, avec un grand tournoi de sixte relancé en la mémoire d’André Lallemand, figure locale décédée voici trois ans ?

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