Jacques Teugels : "Les frites étaient interdites… mais personne ne nous surveillait"

Son célèbre pied gauche faisait le cauchemar des portiers de Belgique durant les Seventies. Mais il fut aussi le héros malheureux de la demi-finale de Coupe perdue en 1969. Ce soir, pour le match de l’année de l’Union Saint-Gilloise, Jacques Teugels sera… devant sa télévision.

À 72 ans, Jacques Teugels décompte les jours : dans un mois, il sera pensionné. Mais même après sa carrière de footeux, son nom a conservé une certaine notoriété. "Je travaille à mon compte comme fournisseur en produits pour l’horeca : papier, serviettes, couverts, sacs poubelles, etc " explique l’ex-attaquant unioniste. " Et j’ai même un produit d’entretien qui porte mon nom : c’est un chimiste qui m’a concocté une formule originale !"

Mais si Teugels est fort sollicité ces derniers jours, c’est surtout pour ses souvenirs liés à ce fameux match du 7 mai 1969 : ce soir-là, l’Union St-Gilloise dispute sa dernière demi-finale de Coupe de Belgique à ce jour. Face au Lierse (0-0), Teugels a le but en bout de godasse à 5 minutes du terme. "On me lance en profondeur, je contourne le gardien mais je suis sur mon pied droit et le ballon finit dans le filet latéral. À 10 cm près, on était en finale. J’y ai souvent repensé, mais personne ne m’a fait de reproches." Car lors du match-replay, l’Union buvait la tasse au Lisp 4-0…

Mise en bière

Jacques Teugels est une icône du foot de la capitale, le seul joueur ayant évolué dans les 4 clubs bruxellois de l’époque en 1e Division : Anderlecht, l’Union, le Racing White et le RWDM. La parfaite illustration aussi de la gouaille et de la zwanze bruxelloises. Son plus célèbre surnom : Jacques… Tuborg. "Un supporter voulait m’offrir à boire, le serveur lui a dit que je prenais toujours de la bière Tuborg, du coup le type a trinqué ‘à la santé de Jacques Tuborg’. Ça m’est resté, mais Boskamp m’a aussi trouvé un surnom qui me plaisait plus : Dynamite Jack".

Un surnom référencé à sa fameuse frappe du pied gauche, qui sévit notamment pour le but du titre du RWDM face à Anderlecht en 1975. "Mon pied gauche est toujours là, mais il ne déclenche plus ! Mes genoux sont complètement foutus, et je descends les escaliers en marche arrière. D’ailleurs, dès qu’il y a un ascenseur, je le prends… même du 1er étage !"

Tous au Parvis

Sur son CV, Teugels affiche 13 caps de Diables et 3 titres de champion (2 à Anderlecht, 1 à Molenbeek). "À l’Union, nous formions une vraie bande d’amis. On travaillait tous la journée, moi je bossais chez Vanden Borre. On se retrouvait à 11h avant les matches et on ne parlait pas de mise au vert à l’époque. On ne pouvait pas manger des frites, mais personne ne nous surveillait… Et après les matches, on allait tous manger au Parvis de St-Gilles. Notre noyau comptait 15 joueurs, l’équipe ne changeait jamais : aujourd’hui les clubs ont des effectifs de 30 joueurs, on ne sait plus qui sont les titulaires, on met des joueurs au repos… mais un professionnel doit-il vraiment se reposer ?"

Dans son cœur, il place d’abord le RWDM, puis vient directement l’Union. Pourtant, depuis son départ de la Butte, il n’y est retourné que deux fois comme spectateur. "Ce mardi soir, je n’irai pas au stade. Le match commence trop tard pour moi, on ne peut pas se garer facilement et le match passe à la télé. De toute façon, le club n’a même pas pensé à inviter les anciens de la demi-finale de 1969. C’est dommage, mais c’est comme ça…"

Paris en bouteille…

Car aujourd’hui, la mythique Royale Union St-Gilloise est tombée dans les filets d’un milliardaire britannique ayant fait fortune dans les paris et le poker. "Je ne connais pas ce Monsieur Bloom. Mais pourquoi met-il son argent ici ? Que veut-il faire ? On a bien vu avec Duchâtelet au Standard : trois ans après, il revendait tout... Le foot aujourd’hui, c’est du commerce entre hommes d’affaires. Comment comprenez-vous qu’un footballeur vaille des milliards ?"

Car Jacques Teugels, lui, compte toujours en francs belges. Pour les pronos aussi, il garde ses sous. "Je ne fais jamais des pronostics, sinon j’irais chez Ladbroke (sic). Mais j’espère que l’Union va passer : tout est possible, on a bien éliminé Anderlecht et Genk ! Avec ce Niaka… comment encore ? Oui, celui qui avait mis 3 buts au Parc Astrid…. Et le gardien Sadin, je le connais aussi. Ah bon, il n’est plus là ? Avant le match aller, je disais 60-40 pour Malines, maintenant je dis 50-50… et même 51-49 pour l’Union qui aura l’avantage du terrain et du public. Et au Parc Duden, les supporters sont toujours chaleureux : même quand on perdait, ils n’étaient jamais fâchés !"

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK