Anvers 1920: Paavo Nurmi, le Finlandais volant crée sa légende

Paavo Nurmi (à droite) en or sur 10000 m
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Paavo Nurmi (à droite) en or sur 10000 m - © CIO

Son nom ne dit plus rien aux jeunes générations. Et c’est bien dommage. Car il fut, sans conteste, un des plus grands champions de l’histoire du sport mondial. On l’avait surnommé le "Finlandais volant". En l’espace de trois Jeux, d’Anvers 1920 à Amsterdam 1928, il a récolté l’incroyable moisson de douze médailles olympiques, dont neuf en or !  Il faudra attendre l’Américain Carl Lewis pour voir ce record de neuf titres égalé en 1996, soit 68 ans plus tard. Nurmi devait aussi établir la bagatelle de… 22 records du monde ! Se montrant à l’aise tant dans les courses de demi-fond (1500m) que dans celles de fond (10.000m) ou dans le cross-country, discipline olympique à l’époque.

Originaire de la ville portuaire de Turku où il est né en 1897, Paavo Johannes Nurmi est ingénieur de formation et militaire de carrière. L’armée lui laisse beaucoup de temps libre et il pourra s’adonner, dès lors, à d’intenses et longues séances d’entrainement. C’est un véritable stakhanoviste de la préparation. Il faut dire qu’il a eu véritablement la vocation. Très jeune déjà, il avait été impressionné par les performances de son illustre compatriote Hannes Kolehmainen, double champion olympique sur 5000m et 10000m en 1912, dans le vénérable stade de Stockholm. En 2014, lors de la préparation pour la Coupe du monde au Brésil, les " Diables Rouges " de Marc Wilmots étaient partis en stage dans la capitale suédoise. Et ils s’entraînaient alors dans ce vieux stade olympique en bois, chargé d’histoire. A l’entrée de l’enceinte, une plaque en étain mentionne d’ailleurs, comme une impressionnante litanie, les 83 records du monde qui y ont été battus…


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Avec une morphologie de 1m74 pour 65 kilos, Nurmi semble taillé pour les courses de fond. Mais sa palette va progressivement s’élargir. Il brillera du 1500 aux 20.000m, distance aujourd’hui inusitée. Adepte d’un entraînement rigoureux et méthodique, il impose en course sa science du train. C’est un fin stratège qui imprime un rythme soutenu dès le début de la course. Tactiquement, techniquement, tout est au point. Sa préparation quasi- scientifique va bientôt porter ses fruits.

Brillant à Anvers, invincible à Paris

Aux Jeux d’Anvers, dans le stade du Kiel, Paavo Nurmi n’a que 23 ans. C’est une de ses premières participations à une épreuve internationale. Dans le 5.000 m, il se fait surprendre par le Français Joseph Guillemot, rescapé de la première guerre mondiale, qui le dépasse dans la dernière ligne droite. Il prendra sa revanche en s’imposant sur le 10.000m devant le même Guillemot et sous les yeux du Roi Albert 1er.

Nurmi décrochera aussi deux fois l’or dans l’épreuve du cross-country, à titre individuel et collectif. Quatre médailles dont trois en or : ses Jeux anversois sont une réussite remarquable mais ces victoires ne le transportent pas d’allégresse. Pire encore : il ne laisse apparaître aucun signe d’émotion dans une sorte de froideur chronique qu’on retrouvera, plus tard, chez certains sportifs scandinaves….

Dans les années suivantes, Nurmi demeure invaincu sur toutes les distances. Et il connait l’apothéose lors des Jeux de Paris en 1924 où il dispute sept courses en 6 jours malgré la canicule qui sévit dans la capitale française. Il décroche cinq médailles d’or et impressionne tous les observateurs. Son doublé 1500-5000m restera inégalé jusqu’aux Jeux d’Athènes en 2004 et le double titre olympique du Marocain Hicham El Guerrouj sur ces même distances.

Devenu une vedette populaire, il part en tournée aux USA, la Mecque de l’athlétisme. Puis il se concentre à nouveau sur ses objectifs européens. Il continue à battre des records du monde et, aux Jeux d’Amsterdam en 1928, il remporte trois nouvelles médailles d’or, dont le 10.000m, ainsi que deux médailles d’argent.

Radié à vie puis héros finlandais

En 1930, Nurmi perçoit une somme d’argent lors du meeting d’Helsinki afin de battre le record du monde des 2 miles. Il enfreint ainsi les règles de l’amateurisme en vigueur depuis 1912 et la création de la fédération internationale d’athlétisme. On découvre ensuite que Nurmi a reçu des primes pour d’autres meetings. La menace de radiation est réelle. Le Français Jules Ladoumègue vient d’ailleurs de connaître la même mésaventure. Malgré un puissant lobbying finlandais mené par Urho Kekkonen (membre de la fédération nationale et futur président de la république finlandaise), il est radié à vie par l’IAAF. Quelques jours plus tard, c’est en spectateur qu’il doit assister aux Jeux de Los Angeles en 1932. A 35 ans, il s’était préparé spécifiquement  pour y courir le marathon. Dans le village olympique, certaines stars hollywoodiennes, dont Douglas Fairbanks, viennent lui apporter leur soutien…

Reconverti en agent immobilier, Paavo Nurmi devient aussi entraîneur de jeunes. Dans son pays, il est désormais une personnalité iconique. Pendant le deuxième conflit mondial, la Finlande, en guerre avec les Soviétiques, le mandate pour une mission officielle aux Etats-Unis, afin de recueillir des fonds pour son pays.

En 1952, lors des Jeux olympiques d’Helsinki, il est le dernier porteur-surprise de la flamme. Allumant ensuite la vasque devant 70.000 spectateurs enthousiastes. Il décède à Helsinki le 2 octobre  1973 et sa dépouille mortelle est rapatriée dans sa ville natale de Turku, où il repose pour l’éternité. Tout comme dans le panthéon du sport…

 

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