Footballeur et attaché parlementaire : la double vie d'Ignazio Cocchiere

Ignazio Cocchiere
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Ignazio Cocchiere - ©

10eme épisode de notre série "Trajectoires" consacrée à ces joueurs au parcours atypique. Aujourd’hui, Pascal Scimè nous présente Ignazio Cocchiere. Un attaquant italien de 27ans qui résume à lui seul l’expression « la tête et les jambes ». Cet universitaire a côtoyé Balotelli à l’Inter avant de tomber amoureux de l’Union Saint-Gilloise un peu par hasard. Quand le football rend intelligent. Entretien.

Bio express :
Ignazio Cocchiere né à Varese le 19/09/1987
Poste : ailier
Signes distinctifs : Adore les expressions bruxelloises
Particularités : A assisté à l’éclosion de Super Mario

Comment débute votre histoire avec le football ?
De manière très banale… Comme des millions d’autres passionnés, j’adore ce sport depuis tout petit. Ça ne s’explique pas. Encore aujourd’hui à 27 ans… Après une journée de travail chargée, j’ai la même envie de m’entraîner, de jouer que quand j’avais 4 ou 5 ans. Tant que j’aurai cette passion, cette flamme je continuerai le football !

A quand remonte votre première affiliation ?
Dans un petit club de village, j’avais 5 ans et c’était sans doute la plus grande erreur de mes parents !

Erreur ? Expliquez-vous ?
(Il rit). Ce jour-là, je suis tombé amoureux de ce sport et j’en ai fait mon métier. Peut-être que le jour où j’arrêterai, mes parents seront enfin soulagés… Ce sera peut-être le plus beau jour de leur vie (rires)

Ils n’aiment pas le foot ?
Si mais ils auraient peut-être préféré que j’accorde plus de temps à mes études mais au final on a réussi à trouver un compromis. J’ai réussi à combiner les deux.

On parlera un peu plus tard sur votre parcours universitaire et votre fonction au Parlement Européen… Revenons à vos débuts… Quand on est originaire de Varese, le foot n’est pas le sport roi, je me trompe ?
Varese, c’est une ville de basket. Le club a gagné 10 fois le championnat d’Italie, 5 fois d’affilée la Coupe d’Europe dans les années soixante et septante. J’aime bien le basket mais le foot c’est autre chose !

Comment arrivez-vous à l’Inter ?
Adolescent, je jouais à Legnano (un club de 3eme division). L’Inter m’a repéré et j’ai été invité à participer à un tournoi en Suisse. Tout s’est bien passé et à 17 ans, j’ai signé à l’Inter pour intégrer l’équipe des moins de 21 ans, la fameuse Primavera. L’Inter avait de grosses ambitions pour cette équipe, les dirigeants voulaient absolument remporter le Scudetto.

En Italie, le championnat Primavera, c’est une institution… Un niveau très relevé où les joueurs évoluent comme des pros…
Oui, c’est tout à fait ça. Rien avoir avec les équipes réserves ou espoirs. De grands joueurs sont passés par la Primavera.

C’était un rêve de gosse de rejoindre l’Inter ?
Je ne devrais peut-être pas le dire mais enfant, j’étais supporter de l’AC Milan (il sourit). Mais pas un fanatique, hein ! Après… C’est sûr que j’ai été fier de porter les couleurs de l’Inter. Aujourd’hui, mon club fétiche c’est l’Union Saint-Gilloise.

C’était comment la vie à l’Inter ?
Pas trop contraignant pour moi car Varese est située à une heure de route de la Pinetina (le centre d’entraînement de l’Inter, NDLR) donc je ne dormais pas sur place. Je faisais l’aller-retour. Il y avait une à deux séances d’entrainement par jour. Et puis j’ai eu la chance d’avoir un entraineur qui venait aussi de la 3eme division.

Expliquez-vous…
Tu sais… Quand tu arrives sur le parking de la Pinetina et que tu te gares à côté d’une Lamborghini ou de la Ferrari de Zlatan (Ibrahimovic, ndlr), il y a de quoi être songeur… Mais le coach nous a toujours fait garder les pieds sur terre. Il répétait sans cesse: " Les gars, le foot ce n’est pas ça ! L’Inter, les Stars, c’est un autre monde ! Vous devez rester humbles et travailler… Parce que le foot, c’est aussi la Série B ou la Série C ".

Il y avait qui dans cette équipe ?
Oh la-la, je crois que c’est l’une des plus belles équipes de ces dernières années… Il y avait Bonucci, Biabiany, Bolzoni, Ribas ou encore Mario Balotelli ! En moyenne, il n’y a qu’un joueur de la Primavera qui arrive à jouer en Série A… Ici, on a 4 ou 5 joueurs de très haut niveau et les autres sont aussi professionnels. Mais à l’époque, je savais que le football c’était autre chose… Parce qu’en Italie dans 99% des cas, un jeune doit s’aguerrir dans les divisions inférieures.

A ce moment-là, vous pensiez devenir professionnel ?
Oui, j’avais cette ambition mais je savais que ça allait être dur. A un certain niveau, les élus sont peu nombreux. J’avais les pieds sur terre, j’y pensais mais step by step.

Vous parliez de Balotelli…
A l’époque, il avait 16 ans, soit 3 ans de moins que nous. Il était timide et réservé mais très gentil. Et je crois qu’aujourd’hui encore, il l’est !

Et sur le terrain ?
Sa force c’était son absence de stress et sa confiance en lui ! La première fois qu’il est entré dans le vestiaire, il a dit " moi, je suis le joueur de 1990, le plus fort au monde ! " Tu imagines nos têtes ? Dans l’équipe, on avait déjà des internationaux espoirs… On s’est demandé mais c’est qui ce gamin ? Au final, il avait raison.

Cette insouciance, c’était sa force ?
Oui. A côté de cela, il y a les qualités techniques et physiques exceptionnelles… Mais, moi, j’ai beaucoup de respect pour ça : la confiance ! Parce qu’un joueur de foot doit avoir confiance en lui. Après ça ne fait pas tout, hein ! Cette force est peut-être aussi sa faiblesse mais qui suis-je pour parler d’un si grand champion ?

Vous êtes sans doute la personne en Belgique qui l’a le plus côtoyé…
Je sais que vous aimez les anecdotes… Le 17 mai 2007, finale du championnat Primavera ... Match assez tendu et fermé contre la Sampdoria, c’est 0-0 à la 89e ET là… Mario se fait faucher dans le rectangle… A 16 ans, il est le plus jeune sur la pelouse… Il s’empare du ballon et nous dit " C’est bon, je vais marquer " Et il prend le gardien à contrepied : 1-0. Champions d’Italie ! (voir la vidéo ici)

A ce niveau et avec ce degré d’exigence, on pense à soi ou on forme un groupe ?
Il y a de l’individualisme et de la jalousie comme partout… Au final, on avait une bonne ambiance parce qu’on a vécu de très bons moments. C’est un super souvenir.

Atteint par la limite d’âge, vous devez quitter la Primavera et vous plongez dans le grand bain en Série C.
Oui à Pizzighettone, une village de 7000 habitants au milieu de la Pianura Padana, la plus grande plaine d’Italie… Tu te doutes qu’il n’y avait pas grand-chose à faire dans cette commune situé au milieu de nulle part… (Rires)

En parallèle au foot, vous vous inscrivez à l’Université ?
Oui, lors de ma dernière année à l’Inter mais je n’avais pas été très assidu. Par contre, à Pizzighetone avec un entrainement par jour au milieu de la verdure… J’ai rattrapé tout mon retard et j’ai enchainé et réussi 13 ou 14 examens en un an !

A 20 ans, vous misez sur les études parce que vous sentez qu’arriver en Série A sera dur ?
En Italie, il y a beaucoup d’exemples de joueurs qui à 20 ans jouent en Série C et ont maintenant 200 ou 300 matches en Série A. Donc, moi j’étais entre les deux. Je dois remercier mes parents parce qu’ils m’ont toujours fait confiance… Mais ils m’ont toujours conseillé de ne pas lâcher mes études. J’ai fait 3 ans en Série C avant de signer à Nyon en 2eme division suisse.

Nyon, la ville du siège de l’UEFA ?
Oui, exactement. Nos installations étaient situées en face de l’UEFA. Tu savais qu’on servait de cobayes pour les stages des arbitres ? On participait à des simulations pour tester les arbitres internationaux des petits pays comme Saint Marin… Il fallait tomber, être hors-jeu, simuler… Et, nous on prenait notre pied… Mettre en difficulté les arbitres, c’était notre petite vengeance… (il rit)

Vous continuez vos études en Suisse ?
Oui à l’Université de Genève où il y a une faculté de sciences politiques.

Après 2 saisons vous rentrez en Italie terminer vos études ?
Il me restait un an pour être diplômé et j’ai refusé des offres en Suisse afin de rentrer en Italie et terminer mes études. Ensuite, je suis arrivé en Belgique parce qu’il fallait que j’écrive mon mémoire de fin d‘études.

Quel était le sujet ?
"La protection civile au niveau européen". J’avais des rendez-vous fixés à la Commission européenne et donc je suis venu à Bruxelles. A la base, je devais y rester 2 ou 3 mois.

Vous n’aviez pas de club à ce moment-là ?
Non, volontairement car je voulais finir mon mémoire sans pression !

Et l’Union Saint-Gilloise ?
C’est peut-être la plus belle page de ma carrière… Avec des connaissances, j’assiste à Union – BX Brussels et là…de fil en aiguille, des supporters me mettent en contact avec la direction… Je fais un test et une semaine plus tard, j’y signe mon contrat ! A ce moment-là, je retrouve Ibrahim Maaroufi que j’avais connu à l’Inter. La fin de saison se passe bien, je marque 6 buts en 6 mois dont le but du maintien en D3 à la 94eme minute du dernier match contre Leopoldsburg.

Un moment magique…
Bien sûr, tu imagines… Un Italien arrivé de nulle part qui sauve l’Union de la Promotion à la dernière minute ?!?

La saison dernière se passe bien, vous terminez meilleur buteur du club. Cette saison l’objectif, c’est la montée en Division 2 ?
Oui. On veut monter en D2 mais pas à cause ou grâce aux problèmes de licence des autres !!! Nous voulons être champions afin que personne ne puisse nous trouver d’excuses. Mon objectif personnel c’est de monter avec l’Union parce que ce club et ses supporters le méritent !

Qu’est-ce qu’il a de spécial ce club ?
Moi, je ne suis ici que depuis 2 ans mais je sens que ce maillot a un poids, une histoire (sic). J’ai marqué 25 buts depuis que je suis ici et ces chiffres me donnent la force de continuer à me donner à fond. Je veux marquer l’histoire de ce club que les gens gardent un bon souvenir de moi. J’ai une dette vis-à-vis de ce club et de ses supporters…

Joueur de foot et attaché parlementaire, c’est rare! On vous chambre quand vous arrivez à l’entraînement ?
C’est clair qu’on rigole de moi quand je rentre dans le vestiaire en costume cravate… Mais mes coéquipiers commencent à avoir l’habitude. Au Parlement, on me parle beaucoup de l’Union surtout le lundi (rires) !

Vous êtes le porte-parole du club en quelque sorte ?
Oui, c’est un peu ça. En plus, l’ambiance à l’Union est vraiment géniale car c’est un club sympathique.

Quelle est votre fonction au Parlement européen ?
Je travaille pour l’instant pour un parlementaire européen. Pour l’instant, je collabore à la création d’un intergroupe parlementaire sur le sport ! C’est très intéressant.

Pas trop dur de retrouver un vestiaire après une journée chargée de réunions ?
Non, c’est le contraire ! Dès que j’arrive à l’entraînement, je ne pense qu’à courir et à sprinter.

Question volontairement provocante : Il faut un cerveau pour jouer au foot ?
Oui. Le cerveau c’est très important dans le foot. Pour atteindre un certain niveau, l’intelligence est primordiale.

Vous êtes en fin de contrat, votre avenir est en Belgique ?
Moi je signerais à vie à l’Union si ça ne dépendait que de moi ! Après, c’est clair que j’aimerais prolonger ici et continuer à vivre pendant quelques années encore à Bruxelles. J’aimerais continuer à cumuler travail et football ! Mais si une offre qu’on ne refuse pas arrive sur la table… Qui sait ?

Vous avez un passé commun à l’Inter avec votre Drazen Brncic. Votre coach a même joué à l’Inter et à l’AC Milan… Il vous arrive d’évoquer vos souvenirs d’Italie ?
De temps en temps. Vous savez… Je ne devrais pas le dire mais lui et moi, on possède la même mentalité, on vient de la même école. On n’a pas besoin de beaucoup se parler. On partage les mêmes valeurs, ce degré d’exigence élevé et cette rigueur tactique. Footballistiquement, on a grandi comme ça… Drazen, si tout se passe bien… Sa place, son destin ne sont pas en Division 3. Il entrainera plus haut, c’est une évidence.
Il arrive qu’on râle parce qu’il insiste beaucoup sur la tactique mais il arrive aussi que les matches se gagnent sur de tels détails !

Vous êtes nostalgique de l’Italie ?
J’adore mon pays mais pour l’instant, on est un peu froid lui et moi ! L’Italie est magnifique mais il y a trop de problèmes pour l’instant. La situation économique et politique n’est pas bonne… Quand je vois ça, je suis triste, j’ai la rage. Je me sens italien à 100% mais aussi un peu Belge maintenant !

Vous allez apprendre le Néerlandais ?
Pourquoi pas, ça me plairait. Tu sais qu’à l’Union avec certains coéquipiers comme les frères Cabeke ou Anthony Sadin, je parle en bruxellois ! (amusé)

Ah bon ?
Je dis tout le temps " dikkenek " ou " klasbak " ! J’adore ces expressions.

Pâtes ou steak frites ?
La pasta sans hésitation ! En Italie, on a peut-être beaucoup de défauts mais la gastronomie ça nous connait…

On va terminer par un petit quizz. L’Union 60, ça vous évoque quelque chose ?
J’en ai déjà entendu parler. La fameuse histoire des 60 matches sans défaite. Pour nous, c’est une référence ! Chaque fois qu’on enchaine quelques victoires, on pense à égaler le record (il rit). On est à 5 victoires d’affiliée pour l’instant, c’est un peu notre Union 60, non ?

Le 1er joueur belge à jouer en Série A ?
Je sais qu’il y a eu un unioniste qui a joué à l’AC Milan dans les années 30, c’est ça ?

Pas mal ! En fait, il s’agit de Louis Van Hege, attaquant de l’Union qui a joué à l’AC Milan entre 1910 et 1915. Il a inscrit 97 buts en 88 matches dont un quintuplé contre la Juventus en 1912. La Coupe d’Italie a même été créée en son honneur.

En parlant d’anecdotes… Vous connaissez les Righeira ?

Oui, le célèbre duo italien des années 80 auteur de " Vamos a la playa ".
Exact. Vous saviez que ces deux frères turinois sont des fans de l’Union Saint-gilloise ? Ce n’est pas une blague. Ils étaient à Bruxelles pour un show, il y a quelques semaines et à leur arrivée à l’aéroport, ils portaient une écharpe de l’Union. Ils ont même assisté à notre match contre Hasselt (victoire 1-0, ndlr) et je ne le savais même pas !

Si vous montez en D2, vous chanterez " Vamos a la playa " plutôt que "C’est l’Union qui sourit " ?
(Rires !) Nous sommes proches de notre hymne, c’est notre identité ! Mais si les Righeira veulent dédier une chanson à l’Union, pourquoi pas ?

P.Scimè @lescal11

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