"Etre le plus petit joueur en Europe est une fierté"

Pascal Scimè avec Saliu Sodiq Popoola
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Pascal Scimè avec Saliu Sodiq Popoola - © RTBF.be

11eme épisode de notre série "Trajectoires" consacrée à ces joueurs au parcours atypique. Aujourd’hui, Pascal Scimè nous présente Saliu Sodiq Popoola, un milieu de terrain dont la qualité technique est supérieure à la moyenne mais ce qui marque avant tous les esprits, c’est la taille du joueur de Seraing United : 1m57 ! Seul 2 joueurs professionnels dans le monde sont plus petits que lui ! Quand la petite taille est un atout… Rencontre.

Bio express
Saliu Sodiq Popoola né le 7 août 1994.

Poste : milieu de terrain axial
Signes distinctifs : 3eme plus petit joueur pro au monde !
Particularités : on le surnomme " Popo "

Sodiq, tu es le plus petit joueur professionnel en Europe, tu le savais ?
Oui et franchement, je suis très heureux avec ça. C’est une grande fierté pour moi… Avec ma taille, mon gabarit, il était tout sauf évident de faire carrière dans le football ! C’est pourquoi je remercie les personnes qui sont venues me chercher au Nigéria qui m’ont donné la possibilité de venir en Europe et de signer à Metz (il appartient au FC Metz qui l’a prêté à Seraing United, ndlr). Je me dis que si des gens croient en moi alors je peux y arriver et faire carrière !

Enfant tu étais déjà le plus petit ?
Oui, j’ai toujours été le plus petit de la bande surtout que mes amis étaient très grands (rires…). Mes parents sont plus grands que moi aussi. Mon père, légèrement plus grand que moi… Ma mère, par contre, elle est plus grande que mon père !

Ton prénom a-t-il une signification particulière ?
Oui au Nigéria, Sodiq signifie "être sincère". Et ça me correspond assez bien !

Tu mesures 1m57. Ta taille, c’est un avantage ou un inconvénient pour jouer au football à un certain niveau ?
Grâce à ma qualité technique et à ma vivacité, ma taille est clairement un atout surtout dans le jeu au sol.

En plus, la technique et la vitesse ne sont pas tes seules qualités ?
Non bien sûr. Je suis fort dans ma tête mais aussi dans les duels. Je n’ai pas peur d’aller au contact. A Metz aux entrainements, les coaches (dont Albert Cartier) insistaient beaucoup là-dessus… Ils m’ont appris à me battre, à être agressif malgré mon gabarit… J’ai dû apprendre à faire de ma vitesse une arme défensive. Ils m’ont inculqué cette mentalité ! J’utilise cela sur un terrain et je suis content que les gens s’en rendent compte…

Malgré ton gabarit, tu es le joueur de l’équipe qui a reçu le plus grand nombre de cartons jaunes… C’est fou comme statistique ?
(Il rit) Ça fait partie de mon jeu. Je suis un joueur technique mais je ne me laisse pas faire !

Quel regard tes adversaires portent sur toi ?
Au début on me regardait comme une sorte d’attraction… Après tout, c’est normal mais je pense que maintenant mes prestations parlent pour moi (rires).

"Mon rêve était de jouer au Standard avec Ezekiel"

Quel était le regard des autres quand tu as commencé à jouer au football ? As-tu fait l’objet de railleries, de moqueries ?
Non pas spécialement, on me chambrait c’est clair mais sans plus… Par contre, tout le monde me dissuadait de jouer au football parce que j’étais petit de taille (sic) ! Mes parents, mon entourage me disait d’aller à l’école et de penser à un être un bon élève… Mais moi, j’adore ce jeu et donc je brossais les cours pour jouer au foot. D’ailleurs, j’ai économisé et je me suis acheté mon premier ballon ! Personne ne m’a encouragé, supporté… Mes amis, ma famille… nul ne croyait que je pouvais percer dans le football… Mais…(il rit) je n’ai écouté personne et j’ai persévéré. Aujourd’hui, grâce à Dieu, je fais ce que j’aime.

Comment était la vie au Nigéria ?
C’était chouette, j’étais un gamin heureux même s’il y a beaucoup de pauvreté et que la vie est y est plutôt dure.

Tu n’as que 20 ans mais déjà une belle petite carte de visite au niveau des sélections nationales chez les jeunes ?
Oui, j’ai débuté en U17 en 2009. On a joué beaucoup de tournois ou des matches amicaux et ça m’a permis de voyager, de voir le Qatar, Dubai, la Gambie…

Au Nigéria, tu as joué avec le Standardman Imoh Ezekiel, vous avez fréquenté la même académie… C’est un ami ?
Un ami ? Non. C’est bien plus que ça ! Imoh c’est mon sang, je le considère comme mon frère ! On a débuté ensemble à l’académie… On mangeait ensemble, on partageait la même chambre, on a grandi ensemble. Ça créée des liens. Aujourd’hui, je suis vraiment heureux que l’on soit tous les deux joueurs en Europe. Tout près en plus…

Il y a 3 ans, tu as failli signer au Standard, c’est vrai ?
Oui, j’ai été invité pour des tests. J’ai d’ailleurs dormi chez Imoh à l’époque pendant une semaine. J’ai fait de mon mieux pour y décrocher un contrat mais je n’ai pas réussi à convaincre le directeur sportif de l’époque.

Pourquoi ?
Je ne sais pas… (Il réfléchit) Ce que je sais c’est que j’ai pleuré énormément parce que je ne voulais pas rentrer bredouille au Nigéria. Et là, j’ai eu la chance que Metz me propose un test. Je l’ai réussi et cela a marqué le début de mon aventure européenne. Mais mon rêve, c’était de jouer au Standard avec Imoh !

Il parait qu’à l’époque de ton test au Standard on t’avait snobbé, jamais pris au sérieux… Tu avais d’ailleurs joué avec un équipement beaucoup trop grand pour toi. On n’a pas tenu compte des tes bonnes performances sur le terrain ?
C’est du passé, je ne désire plus m’y attarder. Je regarde vers l’avant.

Quelle sera la prochaine étape dans ta carrière ?
Je veux juste jouer, je ne me projette pas plus loin. On verra en fin de saison si je reste à Seraing ou si je rentre à Metz.

Et à Seraing ça se passe comment ?
Ici tout le monde est super avec moi. La direction, le staff, les joueurs, les supporters. On est une famille.

Le défenseur Petar Bojovic (plus grand joueur de champ du noyau avec 1m92) m’a dit que la première fois qu’il t’avais vu il avait été surpris par ton format U12… Tes coéquipiers te chambrent à l’entrainement ?
Oui au début ça arrivait mais c’était toujours dans un bon esprit. Moi je m’en fiche, je suis blindé mentalement, ce qui compte à mes yeux c’est de jouer au football et de réussir.

Tu vis seul en Belgique ?
Oui, ma famille et ma petite amie vivent au Nigéria. J’aimerais que ma copine puisse me rejoindre mais pour l’instant, il vaut mieux que je reste seul pour me concentrer sur le foot.

En dehors du foot quels sont tes centres d’intérêt ?
Durant mon temps libre, j’écoute de la musique… Du hip hop ou de la chanson nigériane… Je joue à la console… Je mange et je dors beaucoup, je suis un grand dormeur. Bien dormir me permet d’être en forme pour exercer mon métier du mieux possible.

A la console, tu choisis quelle équipe ? Seraing, Metz, Barcelone ?
Je choisis toujours le Standard et mon joueur préféré c’est Imoh… (rires).

Comment juges-tu le niveau de la Division 2 belge ?
Franchement, il n’est pas mauvais. Pour un jeune joueur, c’est une étape indispensable. Un tremplin pour pouvoir s’aguerrir, apprendre son métier et évoluer plus tard en Division 1.

Comment es-tu perçu au Nigéria ?
Je suis synonyme d’espoir pour les joueurs restés au pays. Avant que je signe à Metz, certains ne me croyaient pas quand je leur disais que jouais au football… Aujourd’hui, leur regard sur moi a changé. Grâce à Dieu, je suis devenu un exemple pour eux. La preuve vivante que tout est possible si tu crois en toi.

As-tu une devise ?
Rien n’est impossible !

P.Scimè @lescal11

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