What the foot ? (7/8) Jordanie, footballeuse, avec ou sans voile

Tous les matins, dans le camp de réfugiés syriens de Zaatari, des dizaines de fillettes foulent le terrain à l’abri des regards et de la pression de la communauté. Avec ceci de supplémentaire qu’ici, le football casse le rythme du camp et éloigne autant que faire se peut de la réalité de la vie en exil. « Quand on monte sur le terrain, c’est une autre vie qui commence”, explique Sahar, originaire de Deraa. Les entraînements de foot sont une opportunité de « vivre une vie normale », analyse Amal Al Hichan. C’est elle qui les a initié et qui les coordonne alors que depuis 2013 déjà, l’UEFA et la coopération allemande forment les coaches qui encadrent les filles. Dans une société chamboulée par les arrivées de réfugiés, le football fait office de liant. « Il participe à cette essentielle mixité sociale, parfois problématique dans le pays », analyse Soleen Al Zoubi.
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Tous les matins, dans le camp de réfugiés syriens de Zaatari, des dizaines de fillettes foulent le terrain à l’abri des regards et de la pression de la communauté. Avec ceci de supplémentaire qu’ici, le football casse le rythme du camp et éloigne autant que faire se peut de la réalité de la vie en exil. « Quand on monte sur le terrain, c’est une autre vie qui commence”, explique Sahar, originaire de Deraa. Les entraînements de foot sont une opportunité de « vivre une vie normale », analyse Amal Al Hichan. C’est elle qui les a initié et qui les coordonne alors que depuis 2013 déjà, l’UEFA et la coopération allemande forment les coaches qui encadrent les filles. Dans une société chamboulée par les arrivées de réfugiés, le football fait office de liant. « Il participe à cette essentielle mixité sociale, parfois problématique dans le pays », analyse Soleen Al Zoubi. - © JOHANNA DE TESSIERES/Collectif HUMA

Les classes encerclent la cour de récréation, fermée sur son dernier côté par un haut mur. Par-dessus apparaissent régulièrement les regards médusés de jeunes garçons sur la soixantaine de fillettes qui foulent un sol de bitume. Elles accourent vers la porte de fer lorsqu’apparaît Haneen Al Khateeb. La jeune femme de 23 ans porte en baluchon des filets de ballons. L’ambiance est électrique, dans cette école d’Agraba, à quelques kilomètres de la Syrie. Coordinatrice de l’association " Madrasati " (ndla " Mon École "), Haneen Al Khateeb parcourt le pays dans le but de faciliter l’accès au sport pour les filles. "C’est la première fois que je shoote dans un ballon", réagit Iman, 10 ans.
 

L’espace manque et le revêtement n’est pas idéal pour une pratique correcte du football. Mais l’essentiel est ailleurs. " Les cours de sport n’existent pratiquement plus et il est totalement interdit pour les filles de le pratiquer en parascolaire. Il existe un terrain de football dans le village, mais elles ne peuvent pas se mêler aux garçons qui l’occupent", raconte Ansaf Hamedna, la directrice de l’établissement. Là comme à Amman, la capitale, "il existe des opportunités de jeu mais pas suffisamment et certainement pas dans les zones rurales, où les mentalités sont plus conservatrices ", remarque Haneen Al Khateeb. C’est pour infléchir cette tendance et faciliter l’accès au sport pour les filles que la jeune femme sillonne le pays.

 

Certaines joueuses doivent arrêter par manque de soutien familial

Ce genre de programme attire les fillettes vers les terrains verts, si bien qu’elles sont de plus en plus nombreuses à intégrer la quinzaine de centres de formation mis en place dans le pays par la Fédération jordanienne de football. Celle-ci espère qu’elles viendront, dans quelques années, garnir les rangs de l’équipe nationale. Si l’équipe fanion du Royaume hachémite ne pointe qu’au 58e rang mondial, "ses bons résultats ont donné une image positive du sport féminin", soulève Soleen Al Zoubi, ancienne joueuse et actuelle directrice technique des équipes nationales jeunes. "Nous avons dû nous faire notre place malgré les vents contraires ", se souvient Stéphanie Al Nader, la capitaine. De nombreuses filles ont en effet été contraintes d’arrêter par manque de soutien, logistique ou moral, de leur famille.

Le développement du football en Jordanie, dont certains dans la région saluent l’exemplarité, n’aurait probablement pas été le même si la FIFA n’était pas revenue sur sa décision d’interdire le port du voile lors des rencontres internationales. " Cela aurait été dramatique pour les joueuses portant le hijab, qui n’auraient pas transigé sur leur foi et auraient arrêté de jouer ", pense Haneen Al Khateeb. Pour sa collègue Yasmeen Shabsough, il est essentiel que les filles qu’elle entraîne " se rendent compte que ce voile ne les définit pas, qu’elles ne se résument pas à lui".

Former des leaders dans le sport qui le deviendront dans la société

Ces pionnières pavent le chemin des générations à venir. "Les filles ont besoin de modèles qui leur montrent qu’elles peuvent réussir, pense Haneen Al Khateeb. La pratique du foot, c’est la clé de l’émancipation et de l’indépendance." Yasmeen Shabsough y voit un levier de développement personnel et sociétal. "Nous voulons former des leaders dans le sport et qui le deviendront dans leur communauté. C’est alors qu’elles changeront les choses."


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