What the foot ? (5/8) FC Gullegem : 100% féminine, 100% autonome !

Inge, de l'équipe organisatrice des Special Olympics, masse Tine pendant un shooting photo avec Tessa Wullaert pour la marque "Topwijf" en partenariat avec les Special Olympics dans un parc de Manchester City. Dans le cadre d'un partenariat entre les Special Olympics et la marque de vêtements Topwijf, Tine accompagnée de Tessa Wullaert, soulier d'or féminin en Belgique et joueuse du club de Manchester City, posent pour une campagne de publicité. Le 1er février 2019.
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Inge, de l'équipe organisatrice des Special Olympics, masse Tine pendant un shooting photo avec Tessa Wullaert pour la marque "Topwijf" en partenariat avec les Special Olympics dans un parc de Manchester City. Dans le cadre d'un partenariat entre les Special Olympics et la marque de vêtements Topwijf, Tine accompagnée de Tessa Wullaert, soulier d'or féminin en Belgique et joueuse du club de Manchester City, posent pour une campagne de publicité. Le 1er février 2019. - © VIRGINIE NGUYEN HOANG/ HUMA

En Flandre occidentale (Belgique), le FC Gullegem accueille l’une des seules équipes non mixtes de femmes en " incapacité ". " On a déjà essayé de créer d’autres équipes dans d’autres clubs mais ça n’a pas fonctionné. Les responsables s’imaginent que ça va nécessiter des aménagements spécifiques et des accompagnements hors de prix. Ils ne comprennent pas notre projet ", explique Martine, entraîneuse chez Recreas. La fédération multisport revendique en effet le " sport pour tous " : valides et non valides, jeunes et moins jeunes.

Âgées de 14 à 40 ans (avec des " déficiences " mentales, visuelles ou motrices légères à modérées), les treize joueuses du FC Gullegem se sont déjà rendues en Pologne, en Chine, en France, en Espagne, en Grèce. Elles ont remporté plusieurs récompenses, dont la médaille d’or des jeux européens d’été en Hongrie en 2007.

Ce n’est déjà pas facile d’être une femme ici, je ne vais pas ajouter le handicap à l’âge

Depuis, sept joueuses ont déchaussé leurs crampons. " C’est difficile pour les femmes valides ou non valides de maintenir des activités sportives à un niveau professionnel quand elles fondent une famille car elles assument souvent toute la charge mentale, reprend Martine. On a donc recruté de nouveaux membres mais on débute seulement les entraînements. Regarde les équipes contre lesquelles nous jouons : ce sont toujours des équipes mixtes. Ils sont capables de dribbler, contrairement à nos filles, car les garçons non valides peuvent intégrer des équipes valides où ils apprennent vite et bien. "

Tine Debaets, milieu solide de 40 ans, évoque rarement son " incapacité ", dit-elle. " C’est déjà pas facile d’être une femme ici, je ne vais pas ajouter le handicap à l’âge. " La sœur de Tine nommera seulement " les crises d’épilepsie ".

Quand j’ai commencé le foot, il y a 10 ans, j’ai pris mon indépendance

Le long du terrain, au cours des entraînements, des amoureux soutiennent leur numéro préféré. " C’est mon ex, montre Debaets du doigt. Avant, je voulais vivre en couple. J’ai eu plusieurs petits copains parce que je pensais qu’il fallait être deux pour être normale. Mais maintenant, je n’ai plus de place pour ça dans ma vie : j’ai trop de hobbies. Je vis seule et je suis tranquille. Avant ma mère décidait de tout, même de mes vêtements mais quand j’ai commencé le foot, il y a 10 ans, j’ai pris mon indépendance. Ça n’a pas été facile pour ma mère mais ça a été une délivrance pour moi. "

Sous la délicatesse des mots employés, Tine nomme l’angoisse des violences conjugales et sexuelles dont les femmes handicapées sont victimes dans une proportion 50 à 90% plus élevée que les femmes sans incapacités. En France, selon la délégation aux droits des femmes, quatre femmes en situation de handicap sur cinq seraient victimes de violences physiques, psychiques, sexuelles mais aussi économiques.

Debaets et ses coéquipières, pourtant, sont autonomes. Etudiantes en langues, employées de bureau, ouvrières manutentionnaires… Elles participent pleinement à la vie sociale, culturelle, économique, politique de leur commune et de leur communauté.

Trilingue hyperactive – elle parle néerlandais, anglais et " un petit peu le français " -, Tine a une obsession : le temps qui passe. " J’ai peur de vieillir. Je veux écrire l’histoire de ma famille. Je veux qu’on se souvienne de moi comme étant quelqu’un de bien, qui a accompli de grandes choses, mais je me rends compte que le temps file plus vite qu’une mi-temps. "


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