What the foot ? (4/8) À Molenbeek, les filles mènent la danse et le foot

Inass a commencé le foot à l’âge de 10 ans. 4 ans plus tard, elle est toujours aussi passionnée et passe sa vie sur les terrains (3 entraînements par semaine) ou au pied des immeubles du quartier. Habitant la commune voisine de Laeken, elle aime passer son temps avec sa soeur, Samia, et leurs amis à Molenbeek : « Ici, les gens sont vraiment soudés. Quand on a besoin de quelqu’un, ils sont là. Et il y a toujours quelqu’un pour venir jouer avec nous ».
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Inass a commencé le foot à l’âge de 10 ans. 4 ans plus tard, elle est toujours aussi passionnée et passe sa vie sur les terrains (3 entraînements par semaine) ou au pied des immeubles du quartier. Habitant la commune voisine de Laeken, elle aime passer son temps avec sa soeur, Samia, et leurs amis à Molenbeek : « Ici, les gens sont vraiment soudés. Quand on a besoin de quelqu’un, ils sont là. Et il y a toujours quelqu’un pour venir jouer avec nous ». - © JOHANNA DE TESSIERES /COLLECTIF HUMA

On connaissait déjà Jeny Bonsenge, la danseuse sacrée “étoile de Molenbeek” qui met le feu jusqu’aux plateaux américains d’Ellen DeGeneres. Voilà Imane El Rhifari, 19 ans, figure inspirante et engagée du club de foot RWDM Girls. La jeune femme fait partie des “Dalton”, les quatre joueuses aux maillots lignés vert et blanc, qui, dès 2010, ont joué un rôle de pionnières et d’ambassadrices du foot féminin à Molenbeek. Elle est aujourd’hui coach dans ce club qui compte actuellement 300 affiliées.

Un club " au niveau réputé technique, où tout le monde se connaît ", selon ses dires, et qui affiche fièrement sa richesse culturelle : les joueuses sont d’origine algérienne, argentine, belge, congolaise, italienne, japonaise, marocaine… Les inscriptions sont ouvertes dès l’âge de 6 ans, fait plutôt rare en Belgique, comme le souligne notre interlocutrice : " Les U9 n’ont pas assez d’adversaires avec lesquelles jouer en championnat." Le RWDM Girls offre des possibilités de jeu en compétition et en récréatif (notamment pour des “mamans” qui débutent), en salle et sur terrain extérieur.

Le foot féminin, c’est l’avenir

Samir Bouachmir est également coach et a rejoint le RWDM Girls en 2018 : " Le foot féminin, c’est l’avenir. J’aimerais vraiment que ça évolue plus vite parce qu’il y a des joueuses très talentueuses et motivées. On voit qu’elles viennent avec beaucoup de plaisir mais il leur faut plus d’opportunités ". À la base comme au sommet.

À la base d’abord, dans les écoles et dans les clubs : " Il faut qu’on propose davantage de foot aux filles, que plus personne ne pense que c’est un sport de garçons ", plaide M. Bouachmir. Mme Liteka est venue assister à l’entraînement de sa fille, 9 ans. Elle confesse : " Maurine a commencé à aimer le foot à 5 ans. Ça me dérangeait énormément. À chaque fois qu’on sortait, elle me demandait un ballon. Ça m’énervait ! On s’est retrouvé avec 7 ballons à la maison. Quand elle m’a demandé de s’inscrire ici, j’ai refusé catégoriquement. Jusqu’à ce que je comprenne que c’était vraiment sa vie et que je ne pouvais pas la priver de ce qu’elle aime. "

Si j’avais été un garçon, je suis sûre que mon père m’aurait emmenée à chaque match

Au sommet ensuite. Yasmine, joueuse au RWDM Girls regrette que le football soit considéré comme un loisir pour les filles et une vraie voie professionnelle pour les garçons. Conséquence : il n’est pas rare que des familles décident de consacrer leur budget aux cotisations sportives à leurs fils plutôt qu’à leurs filles. Yasmine a quant à elle pu s’inscrire mais relate : " Côté masculin, les recruteurs sont souvent là. Si j’avais été un garçon, je suis sûre que mon père m’aurait emmenée à chaque match, qu’il m’aurait plus soutenue. À 17 ans, c’est l’âge où les joueurs sont les plus actifs, ils peuvent vraiment évoluer, alors que mon père me dit que j’ai passé l’âge, genre : t’as grandi, il est temps d’arrêter. "

Jonas Devits, coordinateur pédagogique du RWDM Girls, est bien conscient des freins psychosociaux et financiers auxquels sont confrontées les filles et de l’importance de nourrir le dialogue avec les familles. Pour le club, l’enjeu consiste notamment à former et maintenir des profils de coachs-éducateurs (-rices), comme celui d’Imane El Rhifari, qui peuvent encourager l’évolution des joueuses en tenant compte d’autres dimensions que celle purement sportive.

Si le club rencontre déjà la reconnaissance du monde politique, il aimerait pouvoir compter sur davantage d’investissements financiers. Une gageure dans un paysage institutionnel belge, aux compétences fragmentées, où une simple demande de subsides ne rentre déjà pas toujours dans les bonnes cases : " On est une organisation ou sportive ou sociale ", précise M. Devits alors même que c’est dans l’alliance des deux aspects que réside toute la spécificité du club.

Aller loin sur le plan sportif mais ne perdre personne en cours de route, rester accessible financièrement, donner des opportunités d’évolution et des responsabilités à celles qui le souhaitent. Le “monde d’après” permettra-t-il au RWDM Girls de porter ses ambitions ? En attendant, ses joueuses ont maintenu leur forme pendant le confinement, non sans un clin d’œil espiègle à la razzia sur les stocks de papier toilette :

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