What the foot ? (3/8) Tijuana, des balles de la drogue aux ballons de foot

- L’ancien terrain vague abandonné au trafic de drogue a laissé place au foot, qui est devenu vecteur de lien entre les habitants du quartier de Cumbres, marqué par la précarité économique. « Cela a changé le quartier. On a construit quelque chose de bien », confie Rodolfo Terrasaz, l’homme à l’initiative du championnat local pour femmes.
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- L’ancien terrain vague abandonné au trafic de drogue a laissé place au foot, qui est devenu vecteur de lien entre les habitants du quartier de Cumbres, marqué par la précarité économique. « Cela a changé le quartier. On a construit quelque chose de bien », confie Rodolfo Terrasaz, l’homme à l’initiative du championnat local pour femmes. - © OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA

Des maisons de briques de béton colorées s’enchevêtrent sur les flancs des collines de Cumbres. Sorti de terre il y a une vingtaine d’années, ce quartier de la banlieue ouest de Tijuana s’étend désormais sur deux coteaux, grâce aux efforts du cartel de Tijuana pour améliorer le quotidien des habitants.

La voie escarpée mène droit au terrain de football. Sol en béton, quatre murs, un grillage et deux cages de but aux filets déchirés. Des gradins rouges tiennent vaille que vaille sur la butte de terre jouxtant le terrain. Comme pour les routes, le cartel de Tijuana a financé la construction du terrain, agissant " auprès des laissés pour compte, des oubliés du gouvernement ", explique un observateur avisé.

Il y a encore de gros problèmes de violence et de trafic en tout genre

Le dimanche, c’est le jour de la " ligue ", où s’affrontent sept équipes de femmes de tous âges. Rodolfo Terrasaz en est à l’initiative. En 2016, l’ancien terrain vague abandonné au trafic de drogue a laissé la place au terrain de foot. Mais cette métamorphose ne signifie pas la fin de la criminalité.

Là comme à l’autre bout de la ville, dans le quartier de Camino Verde, " on entend des coups de feu presque toutes les nuits ", commente Cynthia, mère de famille et joueuse à Camino Verde. Dans cette banlieue immense de 48.000 habitants, " il y a encore de gros problèmes de violence et de trafic en tout genre", abonde Teresa Carrillo, coordinatrice de la ligue féminine. Le gouvernement fédéral y a financé six terrains. " Des cocons dans lesquels les enfants sont en sécurité ", commente Anna Olivera, la mère de Brenda et Michelle, deux ados mordues de foot.

Funeste record de 2018, 2518 homicides à Tijuana

La guerre "sanglante " que se sont livrée le cartel de Tijuana et celui de Jalisco Nueva Generacion pour le contrôle de la ville (2005-2013) s’est muée en " guerre silencieuse, une lutte de gangs ", analyse Daniel Salinas, journaliste à Tijuana. " On ne parle plus d’un business organisé qui brasse des millions de dollars, mais d’opposition de bandes pour le contrôle d’une rue, d’une discothèque, d’un bar. "

En 2018, Tijuana a d’ailleurs battu un funeste record, atteignant 2518 homicides, selon les chiffres communiqués par le procureur général, soit trois fois plus qu’en 2008. " Les confrontations se sont déplacées vers la périphérie, ce qui les rend moins visibles ", poursuit le journaliste. Près de 80% de ces décès seraient ceux de jeunes qui travaillent comme petites mains en échange de quelques pesos. " Les pères sont absents, les mères travaillent, les enfants sont livrés à eux-mêmes et tombent facilement sous la coupe des narcotrafiquants ou font ce qu’ils peuvent pour survivre grâce à la criminalité", résume Teresa Carrillo.

En chassant la drogue, le foot a changé notre vie

" On connaît des problèmes d’alcoolisme et de drogue ", explique Rodolfo Terrasaz. "Le foot permet de remplir le vide autrement, éloigne de la criminalité et de la consommation de stupéfiants. " " En chassant la drogue, le foot a changé notre vie ", résume Cynthia. Mais, conclut Daniel Salinas, " Tijuana reste Tijuana, ville condamnée par sa situation géographique – frontalière des États-Unis – et la corruption de ses élites ".


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