What the foot ? (2/8) En Egypte, le football permet aux femmes d'exister dans l'espace public

Une jeune joueuse de la One Football Academy regarde un selfie prit juste avant l'entraînement sous les regards curieux de ses coéquipières. « Le football a changé ma vie. J’étais plutôt déprimée et introvertie. Ici, je trouve du sens et une famille », raconte Aya.
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Une jeune joueuse de la One Football Academy regarde un selfie prit juste avant l'entraînement sous les regards curieux de ses coéquipières. « Le football a changé ma vie. J’étais plutôt déprimée et introvertie. Ici, je trouve du sens et une famille », raconte Aya. - © Virginie NGUYEN HOANG/HUMA

Le football est roi dans le pays le plus peuplé du monde arabe. Les terrasses des cafés se remplissent à chacun des matchs de Mohammed Salah. Mais là comme sur les terrains, les filles et les femmes se font rares.

" Il y a six ans, je n’avais encore jamais vu de filles jouer au foot au Caire ", se souvient Mohammed, gérant du club de Zeinhom, quartier populaire de la capitale. Lorsqu’il s’agit d’y exercer un sport, les femmes sont en effet relativement absentes de l’espace public. Se l’approprier constitue donc un enjeu essentiel.

 

Il y a six ans, Mohammed a vu arriver sur son terrain synthétique l’équipe des Zeinhom Monsters, composée de joueuses égyptiennes et étrangères. " Nous avons essayé de rendre notre présence aussi normale que possible. Mais, au début, nous étions au centre de l’attention ", commente Malaka Ashour, joueuse des Zeinhom Monsters. " Ce n’était pas interdit mais c’était considéré comme quelque chose d’étrange et cela a suscité des questions ", explique Mohammed. Le sujet était compliqué, sensible. Non seulement pour le voisinage, mais aussi pour certaines joueuses. " Elles voulaient être certaines qu’elles seraient en sécurité. "

Jouer au football, c’est un moyen de faire changer les mentalités

Les habitants de Zeinhom se sont progressivement habitués à la présence de filles. "Quand on est visibles dans le quotidien des gens, ils sont plus enclins à accepter cette réalité, qui devient la norme ", analyse Nader Elleithy, le coach, selon qui, " dans une société fortement patriarcale, c’est aussi la responsabilité des hommes de participer à l’empowerment des femmes".

Jouer au football, pour une fille, c’est dès lors également un moyen de faire changer les mentalités par l’exemple. Dans un contexte de mixité sociale et religieuse, " le football modifie le regard sur l’autre et va au-delà des différences. Cette ouverture et cette solidarité sont essentielles ", estime Rama Gewili, coach à la One Academy, qu’elle a fondée.

Aujourd’hui, au Caire, il existe plusieurs académies pour filles. Un état de fait que Rama Gewili juge " positif puisqu’elles participent à l’ouverture d’esprit de la population ". Elle estime que " plus l’opportunité de jouer arrivera tôt, mieux cela sera accepté. Dès l’enfance, l’idée qu’une fille puisse jouer au football doit s’ancrer dans les mentalités ". Elle nourrit le rêve que filles et garçons se côtoient sur le gazon.

Se rendre visible pour casser les murs, l’un après l’autre

À Zeinhom, l’idée a essaimé auprès des fillettes du quartier. Pour autant, Mohammed n’est pas optimiste : " Si c’est accepté pour celles qui viennent d’autres parties de la ville, les filles d’ici sont tenues à l’écart du terrain. Dans ce quartier, la pression qui s’exerce sur elles est trop forte. Le changement de mentalité ne viendra malheureusement pas avec cette génération-ci. Il adviendra lorsque notre génération encouragera ses filles à jouer. "

Rama Gewili insiste, elle, pour que les femmes prennent leur destin en main : " Rendons-nous visibles et nous casserons les murs, l’un après l’autre. "

 


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