Retro: Gella Vandecaveye, la gloire, les larmes, l'accident

Gella Vandecaveye
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Gella Vandecaveye - © IVAN ARTIMEZ - BELGAIMAGE

La carrière de Gella Vandecaveye est jalonnée de succès glorieux, de défaites retentissantes, et d’un grave accident aux cervicales.

L’Europe lui tourne le dos, le Monde lui tend les bras

Lorsqu’elle arrive aux Mondiaux d’Hamilton (Canada), la jeune coutraisienne a 20 ans à peine. Nous sommes en octobre 1993, quelques mois plus tôt, lors de son premier Championnat d’Europe, elle s’est inclinée en finale des -61 kg. Contre l’Israélienne Arad.


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Philippe Vande Weyer, journaliste au Soir et présent à Hamilton souligne : " la pression était grande sur la délégation belge et son mentor Jean-Marie Dedecker, après la déception des Jeux de Barcelone un an plus tôt (une seule médaille, de Bronze, pour Heidi Rakels). Gella arrivait un peu en outsider, et c’est elle qui va offrir à la Belgique la seule médaille de ces Mondiaux ".

En finale, notre compatriote prend sa revanche sur l’Israélienne Arad, vice-championne olympique en titre, et qui l’avait battue au dernier Euro.

" A posteriori cette médaille d’or, c’est tout un symbole, parce que la page " Barcelone 92 ", cruelle, était tournée, et celle de l’âge d’or du judo belge s’ouvrait, grande et belle ".

Un palmarès vertigineux

En Belgique, seul celui d’Ingrid Berghmans (*) dans les années 80 est supérieur à celui de Vandecaveye :

-2 médailles olympiques (Argent à Atlanta 96 + Bronze à Sydney 2000).

-5 médailles mondiales, dont 2 Or.

-11 médailles européennes dont 7 Or.

Et cela, dans une catégorie de poids (-61 puis -63) centrale, donc plus dense et plus difficile que la plupart des autres.

Dans les distinctions individuelles, on soulignera deux titres de " Sportive belge de l’année ", mais surtout le Hall of " Fame " du judo, où seuls deux autres belges sont honorés (Robert Van de Walle et Ingrid Berghmans).

(*) Ingrid Berghmans : 1 titre olympique, 6 titres mondiaux, 9 titres européens.

Un judo…" de Mec "

C’est Cédric Taymans qui le dit, et c’est un compliment " A l’époque, le judo féminin était moins évolué qu’aujourd’hui, explique le Directeur technique francophone, notamment vice-champion de Monde 2001. La plupart des championnes possédaient peu de techniques différentes mais excellaient dans ce qu’on appelait un " spécial ", par exemple le célèbre " Uchimata " d’Ulla Werbrouck. Mais Gella, elle, elle présentait une panoplie quasi complète, elle savait tout faire, debout ou au sol. Elle a été un exemple, un idéal pour de très nombreuses filles ".

Des revers cruels

Les trois revers douloureux de la Championne sont, fatalement, ses trois médailles d’argent. Surtout à cause de la manière :

En 1996, aux Jeux d’Atlanta, elle est rapidement battue par la Japonaise Emoto.

En 1997, au Mondial à Paris, par la Française Vandenhende.

En 1999, au Mondial de Birmingham, par la Japonaise Maeda

Incroyable : les trois fois, elle perd sur Ippon (projection parfaite, arrêt du combat), les trois fois c’est en étant contrée sur une attaque, et en 97 et 99 c’est alors qu’elle menait au score ! " Gella gagne sur Ippon ou perd sur Ippon " avait-on coutume de dire à l’époque.

La revanche d’une grande Championne

Quarante secondes, c’est le temps qu’il aura fallu à la Championne du Monde de 1993 pour devenir aussi celle de 2001. En Finale (-63 kg) contre la jeune espagnole Sara Alvarez, Vandecaveye a retenu les leçons cuisantes de certaines déconvenues. Elle laisse son adversaire placer une attaque pour la plaquer au sol : Ippon !

Huit ans après Hamilton, trois ans après son grave accident (voir plus bas), ce 2e titre mondial clôture d’éclatante manière la prestigieuse moisson de médailles de la Courtraisienne (elle arrêtera en 2004).

Du tatami à la chaise roulante, ou presque !

La plus grande victoire de Gella Vandecaveye est peut-être son retour (réussi) à la compétition après le grave accident aux championnats d’Europe par équipe de 1998 à Villach (Autriche). En lutte avec l’Allemande Von Rekowski, elle chute lourdement sur la tête. Vertèbres cervicales fracturées, menace de paraplégie, opération en urgence à Gand, doutes sérieux sur la suite de sa carrière. Puis les mois de rééducation, qui apportent la preuve des propos de Cédric Taymans " Gella, c’est surtout un tempérament incroyable de battante, qui n’abdique jamais et y croit toujours ".

Un an après ce qui aurait pu être le début de sa vie en chaise roulante, la protégée d’Eddy Vinckier décroche le 5e de ses 7 titres européens, le public de Bratislava est debout, pour une ovation aussi émouvante que méritée.

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