La Chine tombe sous le charme d'une unijambiste devenue star du culturisme

Gui Yuna a perdu sa jambe suite à un accident à l'âge de 7 ans. Aujourd'hui elle est devenue une icône du culturisme en Chine.
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Gui Yuna a perdu sa jambe suite à un accident à l'âge de 7 ans. Aujourd'hui elle est devenue une icône du culturisme en Chine. - © NOEL CELIS - AFP

Giu Yuna a perdu sa jambe droite il y a quasi 30 ans. Aujourd’hui la jeune femme de 36 ans, qui travaille dans une entreprise de décoration intérieure, est devenue une icône du culturisme en Chine.

Tragique accident à l’âge de 7 ans

A l’évocation de l’accident de la route qui l’a privée d’une jambe à l’âge de sept ans et du souvenir de ses camarades lui prenant sa béquille pour provoquer sa chute, Gui Yuna ne peut réprimer ses larmes.

Près de trois décennies plus tard, les images de cette culturiste unijambiste évoluant en maillot et en talons aiguilles sur une scène à l’aide d’une béquille, ont fait le tour des réseaux sociaux chinois.

Sa détermination et sa personnalité résolument optimistes sont un modèle dans un pays où les personnes souffrant d’un handicap demeurent bien souvent marginalisées.
 

Victime d’insultes et de violences physiques à l’école

"Il est possible que j’ai remporté la première place non pas en raison de mon professionnalisme ou de mes muscles, mais parce que j’ai confiance en moi et que j’ai le courage d’aller sur scène et de me montrer devant tout le monde", explique à l’AFP Mme Gui, à l’issue d’un intense entraînement dans une salle de Shanghai.

Si elle n’a presque aucun souvenir du jour où elle a été renversée par un poids lourd en rentrant de l’école, elle n’a pas oublié les brimades dont elle a par la suite fait l’objet.

A l’école, ses camarades n’hésitaient pas à donner des coups de pied pour faire tomber la béquille qu’elle utilisait pour marcher avec sa jambe gauche. Sa jambe droite ayant été amputée au niveau du haut de la cuisse.

"Ils me traitaient d’infirme ou de "chat à trois pattes", se souvient Mme Gui, tout en pleurant à l’évocation de ce mauvais souvenir.

"La plupart du temps, je subissais des insultes et parfois même des violences physiques".

"La première fois qu’ils m’ont fait tomber, j’ai pleuré, mais ensuite je m’y suis habituée et je me suis dit : "tu peux me maltraiter comme tu veux, mais ça ira parce que je suis courageuse".

Présente aux Jeux Paralympiques d’Athènes et de Pékin

Originaire de la ville de Nanning, dans le sud de la Chine, la bodybuildeuse a été élevée par sa mère, son père étant décédé avant sa naissance.

Peu gâtée par les circonstances de la vie mais faisant preuve d’une indéfectible détermination, elle a réussi à se qualifier dans l’équipe chinoise lors des Jeux Paralympiques d’Athènes en 2004, terminant septième de sa catégorie en saut en longueur.

Elle a également fait du saut en hauteur, puis du tir à l’arc, et a participé au relais de flamme Olympique lors des Jeux paralympiques de Pékin en 2008.

 

Son handicap est devenu une force

Après avoir quitté la compétition en 2017, cette femme aux traits délicats a fait l’objet de nouvelles discriminations sur le plan professionnel, les employeurs lui reprochant de ne pas correspondre à leur "image".

"(Ils étaient) en train de sous-entendre que j’allais nuire à leur image", affirme la trentenaire qui dit avoir postulé auprès d’une vingtaine d’entreprises qui toutes lui ont fait la même réponse.

De nombreux internautes l’ont félicitée à ses débuts dans le culturisme où elle a fait particulièrement sensation dans une robe traditionnelle à col haut, appelée qipao, et lors de sa victoire face à des rivales valides. Des personnes malveillantes l’ont cependant invitée à rester chez elle.

Parfois, il arrive que des gens croisés dans la rue lui demandent ce qui est arrivé à sa jambe droite et cette question arrive même à la surprendre, tant elle a réussi à oublier son handicap.

Sa béquille toujours à portée de main, elle semble rencontrer peu de difficultés dans sa vie quotidienne.

"Beaucoup de gens pensent que le destin n’a pas été tendre avec moi, mais je ne le pense pas", estime la culturiste qui, après avoir essuyé de nombreux refus de la part d’employeurs, travaille désormais pour une entreprise de décoration intérieure.

"Je suis reconnaissante du fait d’avoir connu ces difficultés car c’est grâce à cela que j’ai grandi, que je suis devenue plus forte et ce que je suis aujourd’hui".

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