Au Pays basque espagnol, le foot féminin a un coup d'avance

Au Pays basque espagnol, le foot féminin a un coup d'avance
Au Pays basque espagnol, le foot féminin a un coup d'avance - © LUIS ROBAYO - AFP

Le Pays basque, terre pionnière: Bilbao et Saint-Sébastien, hôtes du "Final 8" de la Ligue des champions dames (21-30 août), ont été précurseurs dans le développement du foot féminin et rayonnent désormais dans toute l'Espagne.

"L'autre jour, je suis allée prendre un café dans un parc en ville. Les seuls enfants qui jouaient au ballon étaient des filles. Il y a quinze ans, ça ne serait pas arrivé. Mais aujourd'hui oui, parce que nous sommes des référentes".

Mariasun Quiñones (23 ans), gardienne de but de la Real Sociedad et de la sélection espagnole (3 sélections), peut témoigner de l'envol réussi du foot féminin au Pays basque. Née à Hondarribia, entre Bayonne et Saint-Sébastien, la portière basque incarne les progrès effectués dans la région depuis le début des années 2000, bien avant le boom des années 2010 en France.

 

'Pourquoi les empêcher de jouer ?'

 

"Moi, on ne m'a jamais regardée de travers au collège, quand je jouais au foot avec les garçons. Mes parents sont toujours venus me voir jouer. La mentalité du Pays basque a fait que la société s'est dit : +Si les filles sont heureuses ainsi, pourquoi les empêcher de jouer ?+", explique Quiñones à l'AFP.

L'Athletic Bilbao et la Real Sociedad, clubs phares de la région, se sont structurés très tôt pour offrir un "contexte qui pouvait amener les joueuses à s'imaginer pouvoir faire une carrière professionnelle", selon les mots de la gardienne.

D'après LaLiga, l'organe qui gère le foot pro en Espagne, la Real Sociedad a été "l'un des premiers clubs a offrir des contrats de travail à ses joueuses (janvier 2012) et un statut de professionnelles (saison 2012-2013)".

Sa section féminine s'est aussi distinguée en ayant un sponsor spécifique, différent de celui des messieurs : la conserverie la Gula del Norte entre 2010 et 2014, puis la société de cybersécurité S21SEC (2014-2018), avant l'opérateur téléphonique Euskaltel, sponsor historique du cyclisme basque.

Et les efforts ont payé, avec une Coupe d'Espagne pour la Real Sociedad et, surtout, cinq titres en championnat d'Espagne (2003, 2004, 2005, 2007, 2016) pour l'Athletic Bilbao, trois fois vice-champion de Liga et deux fois finaliste de la Coupe de la Reine par ailleurs.

"A Bilbao, ça fait très longtemps qu'ils ont une équipe féminine, c'était un pari. Mais c'est compliqué parce qu'il n'y a que des joueuses basques qui peuvent jouer là-bas", relève la capitaine parisienne Irene Paredes, passée par les deux clubs. "Il n'y a pas forcément beaucoup de joueuses tous les ans mais ils travaillent très bien avec les petites aussi et, chaque année, il y a des joueuses qui sortent et jouent très bien", dit-elle à l'AFP.

 

Affluence record

 

Grâce à un réseau de détection tissé très tôt (les clubs de chaque province sont affiliés à une des deux formations, qui disposent maintenant d'équipes réserves), les deux clubs forment et exportent de précieux talents partout en Europe. Comme récemment la jeune Nahikari Garcia, meilleure buteuse de l'histoire de la Real Sociedad avec déjà 106 buts à seulement 23 ans, et convoitée par de grands clubs.

"Nous, on a toujours eu un terrain à notre disponibilité, un horaire pour faire nos entraînements, des entraîneurs qualifiés. Maintenant, on a même des kinés, des préparateurs sportifs... On n'a jamais eu besoin de faire 20 km de plus pour trouver un club avec une catégorie de filles de notre âge. Dans le pire des cas, on allait dans le village d'à côté, à trois kilomètres", détaille Quiñones.

Et les deux vaisseaux amiraux du foot féminin basque ont toujours attiré des foules record : le 27 avril 2003, 35.000 personnes étaient venues assister au premier sacre national de l'Athletic contre l'Hispalis de Séville à San Mamés.

Et le 30 janvier 2019, le stade refait à neuf a affiché complet, avec 48.121 supporters des "Lionnes" contre l'Atlético Madrid en quart de Coupe d'Espagne; la meilleure affluence de Bilbao cette saison-là, derrière les 46.884 personnes réunies pour le derby contre la Real Sociedad. Et une vitrine sans prix pour des milliers de filles du Pays basque.

"Aujourd'hui quand des filles peuvent se dire : + Qu'est-ce qu'on fait ? Ramène ton ballon et on va jouer toute l'après-midi !+, On a tout gagné", résume Quiñones.

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