"Le Footgate est une chance pour le football belge"

Sébastien Ledure
Sébastien Ledure - © FB - Cresta

Après le séisme ayant frappé le football belge la semaine passée, et avant le passage ce mardi des inculpés devant la Chambre du Conseil, certains estiment que le grand nettoyage en cours pourrait être salutaire pour le football belge. C’est le cas de CRESTA, un cabinet bruxellois d’avocats du sport.

Sébastien Ledure est avocat du sport, il a dans son portefeuille quatre Diables Rouges, dont il gère les intérêts juridiques, administratifs et fiscaux. Membre du cabinet CRESTA, il défend aussi les intérêts de la Pro-Ligue et du Comité Olympique et Interfédéral Belge. Enfin, il travaille avec des agents, notamment Patrick De Koster, le manager de Kevin de Bruyne. En négociation, Ledure a aussi côtoyé des agents adeptes de l’entourloupe.

"Lors de certains transferts, il y a des montants disproportionnés qui partent vers l’agent " explique Sébastien Ledure. " Le montant officiel de transfert est bien plus bas que celui délivré par le club acheteur. Et donc le club vendeur peut être grugé car il aurait pu recevoir plus, et le joueur aussi l’est car il aurait pu négocier une compensation supérieure pour lui. On a aussi des clients qui nous relatent des faits de menaces physiques, même si c’est plutôt rare. Les menaces sont surtout commerciales : ‘si tu ne m’associes pas à ce deal, je vais faire en sorte de faire capoter telle autre transaction’. Certains se vantent même de pouvoir influencer le résultat d’un match ou le maintien d’un club en fin de saison."

Ces pratiques ont trouvé en Belgique un terrain idéal d’expression : les conditions étaient réunies pour un Footgate. "On ne peut pas dire qu’on ait chez nous en Belgique une culture très respectueuse des règlements. Le cadre juridique n’est pas des plus contraignants. Ajoutez-y le fait que la FIFA ait assoupli ses règlements en 2015, notamment en supprimant le statut d’agent. On a ainsi dérégulé le secteur et ouvert la porte aux gens mal intentionnés."

Pour lui, ce scandale est d’abord une chance, un mal pour un bien : le grand nettoyage pourrait faire de la Belgique maffieuse un pays de foot enfin exemplaire. "Le moment de non-retour est atteint, il y aura un avant- et un après-10 octobre. Les premiers signaux sont là. D’abord, la FIFA a entamé début 2018 une refonte de ses règlements, en durcissant notamment les conditions pour devenir agent. Dans le même temps, en Belgique, on a vu l’arrivée à la tête de certains grands clubs de personnalités soucieuses du respect des règles, de leur image, de transparence et de propreté : ce phénomène ne va faire que s’accentuer car les enjeux financiers vont sans cesse augmenter. Enfin, l’ampleur médiatique du scandale actuel va faire réfléchir certaines personnes. Il est temps de recourir à une bonne gouvernance dans le foot. On ne pourra plus revenir en arrière."

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