Louis Toussaint, la force tranquille

Ancien cycliste prometteur, Louis Toussaint est aujourd’hui en chaise roulante. Mais plus que jamais un sportif de haut niveau

La poignée de main est franche. Les épaules que laisse apparaître un tee-shirt près du corps, puissantes. Le sourire franc.

Louis rentre des Etats-Unis. Quelques jours en Floride pour prendre part à ses premiers championnats du monde d'aviron, catégorie handisport. Une 13ème place, assez loin de ce qu'il espérait. "Je suis tout de même déçu de mes deux premières courses, confesse t-il. J'ai été un peu perturbé par toute une série d'éléments environnementaux que je ne maîtrisais pas vu qu'il s'agissait de mes premiers grands championnats. Je me suis mis une pression de dingue et je suis un peu passé à côté de mon sujet. Même si lors de la finale C, je réalise un meilleur chrono que plusieurs participants de la finale B. Mais bon, c'est ça aussi l'apprentissage."

'C'est le métier qui rentre' diront les anciens. C'est que le jeune homme de 22 ans, récemment diplômé d'un école supérieure en communication ("j'aimerais être journaliste sportif") n'est monté pour la première fois dans un bateau qu'en novembre dernier. "Avant ça, je faisais du handi-bike mais j'ai eu besoin d'un nouveau défi."

Louis est en chaise depuis 5 ans. Conséquence d'une grosse chute à vélo. "Je faisais un entraînement en mode chrono et à la sortie d'un virage masqué, j'ai percuté une camionnette en stationnement et qui était mal signalée. Les experts ont estimé ma vitesse au moment de l'impact à près de 55 km/h. J'ai perdu l'usage de mes jambes. En dessous du sternum, je ne sens plus rien. Mais une semaine et demi après mon accident, alors que j'étais encore à l'hôpital, j'avais déjà acheté un handi-bike."

Le sport comme raison de vivre. Louis était un espoir du cyclisme belge. Un vrai mordu comme son frère aîné et son père qui lui ont transmis le goût de la sueur et des muscles qui brûlent. Louis est un novice de la discipline. "Je n'ai que 22 ans. Le concurrent le plus jeune dans ma catégorie en a 35. J'ai donc quelque part presque 10 ans d'avance. Et surtout une grosse marge de progression puisque je suis capable de m'améliorer dans tous les domaines: physique, technique et du point de vue du matériel."

L'autre atout du jeune Yvoirien, c'est sa taille : 1 mètre 98 et des bras interminables qui donnent aux pelles une amplitude très intéressante. "A l'analyse, nous nous sommes rendus compte que je donnais plus de coups que mes concurrents, que j'ai donc une meilleure fréquence mais eux réussissent à ramer avec plus de puissance. C'est là dessus que nous devons travailler."

Louis navigue dans un bateau ayant appartenu à un concurrent brésilien aux récents jeux paralympiques de Rio en 2016. Tout un symbole pour le sportif namurois qui rêve des jeux de Tokyo. "2020, c'est déjà dans trois ans. Mais c'est toujours délicat de dire que l'objectif est d'aller aux jeux, parce que ça peut paraître prétentieux. J'espère qu'il y aura moyen de réaliser ce rêve parce que ça reste un aboutissement pour tout sportif."

Louis porte un tee-shirt frappé d'un vélo stylisé. "Ce n'est pas de la nostalgie. Ni un clin d’œil. Le vélo restera toujours le sport que je vais suivre le plus à la télé. J'adore l'aviron mais le vélo, c'est mon premier amour."

Et on n'oublie jamais son premier amour.

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