Les Yeux de sa sœur

Chloé et Eléonor Sana
Chloé et Eléonor Sana - © SIMON BRUTY - AFP

Depuis 4 ans, Chloé Sana accompagne sa sœur Eléonor sur les compétitions de ski alpin pour athlètes malvoyants. Eléonor a été touchée par un cancer des rétines à la naissance et depuis sa vue est fortement limitée.

"Je vois comme à travers un paquet de céréales vide. On peut donc dire que je vois la première porte du parcours."

Pour franchir les portes, la skieuse brabançonne a donc besoin d'une guide qui la précède de quelques mètres. Vêtue d’un gilet fluorescent, sa sœur Chloé assume ce rôle grâce à des écouteurs installés dans leurs casques et un micro relié par Bluetooth.

"Cela ne signifie sans doute rien du tout pour vous", souligne Chloé Sana, "mais moi à chaque piquet lorsque je prends mon appui je dis HOP. Et alors elle sait qu’elle doit faire la même chose pour prendre son virage. En course c’est donc vraiment une succession de Hop, Hop, Hop, Hop tout le temps."

Des cris courts et rapides qui nécessitent une analyse accrue du parcours, du relief et de la luminosité. Sans oublier le rythme, car deux portes d'écart entraînent la disqualification immédiate.

"En fait le guide c’est les yeux de l’athlète", précise Marine Antoine, guide réserve d’Eléonor Sana. "Nous avons même des yeux dans le dos. On parle beaucoup pendant la course, je lui demande souvent si tout va bien. On regarde devant nous afin de pouvoir tout anticiper correctement. Mais en même temps on regarde derrière nous pour savoir si tout se passe bien. Il faut donc être à l’aise sur ses skis pour pouvoir faire tout dans un sens ou dans l’autre."

Athlète et guide forment donc une véritable équipe sur la piste. Et si Chloé n’est pas reconnue en tant qu’athlète par le Comité International Paralympique, elle en partage certains privilèges.

"On monte sur le podium ensemble. On reçoit les mêmes récompenses, les mêmes médailles. C’est nous deux en fait. C’est Eléonor l’athlète mais je fais aussi partie de l’équipe et je fais partie du binôme d’Eléonor."

Etre guide pour malvoyant, c'est donc bien plus qu'un rôle de l'ombre. Eléonor Sana est même la première à vouloir mettre sa sœur dans la lumière.

"Chloé, elle doit s’occuper d’elle, de ce qui arrive devant elle, de moi qui suis derrière. Et en plus de m’annoncer ce qui se passe. Donc moi je pense que celle qui a le plus de mérite entre nous deux c’est elle."

Après 3 épreuves (sur 5 au programme) les sœurs Sana ont déjà réussi leurs premiers Jeux Paralympiques. Dès leur première épreuve, la descente, elles ont remporté une très belle médaille de bronze, la deuxième médaille belge dans des jeux paralympiques et la première pour une athlète féminine. Eléonor et Chloé ont aussi pris la 4ème place du Super G et la sixième place du Super Combiné.

Elles disputeront encore le slalom jeudi et le slalom géant dimanche. Deux épreuves techniques qui leur conviennent moins bien que les épreuves de vitesse mais deux occasions encore pour Eléonor de skier... dans les Yeux de sa sœur.

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